Nous avons reçu le président de la GECI (Génération citoyenne), Fodé Mohamed Soumah au siège de Guinee7.com pour une interview. Il revient entre autres sur les raisons de son soutien au président Alpha Condé, sa contribution à la campagne, l’attitude de l’opposition avant, pendant et après la présidentielle, mais aussi sur la Guinée du futur.

Guinee7.com : Alpha Condé gagne les élections à près de 58 pour cent. Comme l’ont souhaité les concepteurs du coup KO. Quels commentaires en faites-vous?

Fodé Mohamed Soumah : J’ai toujours été contre cette terminologie « un coup KO » sans travail, c’est pourquoi j’ai pensé qu’il fallait un travail sur le terrain. Et au lieu de « coup KO », je préfère utiliser plébiscite. Parce qu’au-delà des voix du RPG et des voix des alliés pour que le président ait gagné dès le premier tour, ça veut dire que des Guinéens venant d’horizons différents ont porté leur confiance à la continuité d’une action qui a démarré. Et donc ce n’est pas la victoire d’un camp contre un autre, mais plutôt une dynamique nouvelle pour accompagner le président à terminer ce qu’il a entamé. Je suis vraiment satisfait d’avoir contribué à sa réélection.

‘‘Des pays qui paraissaient être des bastions imprenables sont tombés tel que la France’’

Concrètement comment vous y êtes arrivé puisque vous avez parlé d’un travail de terrain ?

Personnellement, je crois avoir été l’allié qui a été le plus présent à côté du président. A l’intérieur du pays, je l’ai accompagné, nous avons fait des banderoles, des affiches, des flyers  que nous avons distribués. Nous avons fait la campagne de porte à porte des deux côtés du littoral. De camayenne à Sonfonia, ensuite tout le long de la corniche nous avons appris aux gens comment voter, nous avons appelé au calme. Nous avons vraiment eu une attitude citoyenne pour amener les gens à aller voter. Il ne suffit pas de dire je soutiens ou un « coup KO » et s’assoir  du matin au soir au même endroit. Il fallait un travail de terrain que nous avons engagé et en tout cas la GECI à apporter sa pierre à l’édifice. Nous avons fait des tee-shirts avec l’effigie du président en plus de la dotation qui nous avait été faite, vraiment la GECI a donné de son temps, de son argent, de son énergie. Ce travail, nous l’avons poursuivi de l’intérieur et surtout à l’international. Parce que nous sommes très forts à l’international. Je suis heureux de voir que des pays qui paraissaient être des bastions imprenables sont tombés tel que la France. Je sais aujourd’hui sincèrement qu’il y a des gens qui ont porté leur confiance au président.

Qu’est ce qui motivé le soutien de la GECI au Pr Alpha Condé ?

La GECI est restée longtemps dans l’opposition. Il se trouve qu’au moment de l’élection, juste avant, il était question soit qu’on se porte candidat, soit qu’on soit en dehors ou qu’on soutienne quelqu’un. Nous avons décidé de soutenir le président tout simplement parce que nous estimons que la Guinée doit faire une césure avec ce qu’on a connu à savoir l’éternel recommencement. Je crois que le moment est venu où il faut savoir se poser. J’estime aujourd’hui que le Pr Alpha Condé est l’homme de la situation, qui peut rassembler les Guinéens, qui peut les rassurer et surtout que les deux dernières années de son mandat vont dans ce sens. Sinon les premières années ont vraiment suscité beaucoup de colère, beaucoup de découragement, beaucoup de sueur, beaucoup de sang. J’ose espérer que cette nouvelle mandature va être celle des résultats, celle du travail, celle de l’action et surtout celle qui va amener la Guinée vers l’émergence citoyenne et économique.

‘‘Organiser les communales, communautaires et les législatives anticipées maintenant’’

 

Selon vous, quelle est la prochaine étape pour le Président ?

Vous savez, on ne donne pas des consignes au président tant qu’il ne demande pas votre avis. Si je pouvais donner des indications, je dirai sincèrement cette mandature doit s’appuyer sur la jeunesse. Je crois que le maitre mot de ce que le président a fait aujourd’hui, c’est comment mettre la jeunesse au cœur  de l’action, au cœur de la cité. J’estime que s’il le fait, il aura tout gagné. J’estime aussi qu’il faut en finir avec les campagnes électorales éternelles, permanentes. Si je pouvais conseiller le président je lui dirais d’organiser les communales et les communautaires maintenant, en plus organiser les législatives anticipées maintenant. On peut encore faire six mois de politique et après quatre années de travail derrière. Parce que, si on ne le fait pas aujourd’hui, avec le décalage qu’on connait dans le cycle des élections, on va être en campagne l’année prochaine, ensuite deux ans après. Un pays ne peut pas avancer en étant dans  ce cycle. Je crois qu’aujourd’hui, le président de la République a la possibilité de recentrer tout ça afin qu’on retrouve les standards internationaux. Ce qui fait qu’il y a une période électorale dans tous les pays qui veulent avancer et après cette phase, une période de travail et de bilan.

Pourquoi vous pensez que c’est important de dissoudre l’Assemblée nationale, en parlant de législatives anticipées ?

Attention, l’Assemblée pour moi ce n’est pas l’opposition. L’Assemblée nationale ne reflète pas aujourd’hui ce que les Guinéens attendaient. J’estime aujourd’hui qu’en faisant des élections anticipées, çà apporterait beaucoup plus de coloration, beaucoup plus d’apaisement, beaucoup plus de compétence et moins de calculs et puis ça permettrait de profiter de la dynamique de la victoire pour non seulement être majoritaire au niveau des communales et des communautaires, mais avoir la majorité absolue pour pouvoir mener l’action pour laquelle les Guinéens l’ont élu. Le président Alpha Condé a été élu sur la base d’action, pas sur la base de coloration de jaune ou du RPG. On dit aujourd’hui qu’il a commencé quelque chose, on veut qu’il l’achève. Donc, tout ce qui peut constituer un frein s’il peut l’enlever maintenant, ça lui permettra d’aller plus de l’avant.

Il n’a certes pas la majorité absolue à l’Assemblée, mais il a une majorité qui lui permet de gouverner…

Non, je ne me place pas comme ça. Aujourd’hui, la plus- value que les Guinéens attendaient par rapport à tout ce qu’ont coûté les élections législatives, on ne le voit pas. On ne voit pas cette qualité de travail, on ne voit pas cette vision prospective et surtout on ne voit pas ce travail  de contre-pouvoir. Moi je suis contre ceux qui s’opposent aux opposés. Je souhaite que l’opposition se renforce, soit forte, se consolide parce qu’un pays a besoin de contre-pouvoir. Le contre-pouvoir, ce n’est pas empêcher le pouvoir de gouverner, c’est l’équilibre, la séparation. Donc, je souhaite qu’il y ait une assemblée nationale conséquente, renouvelée, avec des compétences pour qu’on puisse avancer. Ce n’est pas pour qu’on puisse empêcher le président de travailler ou que le président puisse avoir la main mise sur toutes les institutions. Mais qu’on puisse aller vers un cadre d’apaisement de travail et de résultat.

‘‘Pour certains postes, lorsqu’on ne détient pas la personne clé, on peut lancer un appel à candidatures’’

Aujourd’hui, l’actualité c’est autour de la nomination d’un premier ministre. Vous avez soutenu le président de la République dans le cadre d’une coalition avec la NGR de Abé Sylla qu’on cite avec un certain Kassory Fofana et d’autres comment prétendants à ce poste. Qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’on met la charrue avant les bœufs. Je crois que c’est à la discrétion du président. Beaucoup de bruits courent, beaucoup de noms circulent, une bonne vingtaine. Je crois que ce n’est pas sérieux. Je pense qu’il faut aller pas à pas. J’estime que le président a déjà intégré ce qu’il a à faire. J’espère qu’il a déjà une fixation sur sa structure gouvernementale, sur les hommes et les femmes dont il aura besoin, sur les appels qu’il lancera. Moi, je pense que pour certains postes, lorsqu’on ne détient pas la personne clé, on peut lancer un appel à candidatures pour qu’on ait le meilleur Guinéen à ce poste. Je pense que personne n’est dans son cœur, dans sa tête pour aujourd’hui savoir ce qu’il  va faire. Je pense qu’il est en train de travailler de son côté et que les affaires de premier ministre, de gouvernement ne sont vraiment pas d’actualité. Allons d’abord vers la reconnaissance des résultats, vers l’apaisement de la situation, vers la reconnaissance des résultats par les vaincus pour que le président enfin puisse tendre la main, puisse appeler les  compétences   nonobstant le sexe, la religion, la couleur politique, l’ethnie. Je crois que le président est ancré dans cette phase et je pense sincèrement que nous allons avoir les meilleurs fils et filles afin que la Guinée puisse avancer.

‘‘On a vu la limite des leaders qu’on avait et donc la culture politique qui leur a manqué, a plombé le pays’’

Vous parlez de main tendue, est-ce que vous pensez que le prochain gouvernement doit être fait avec l’opposition?

Non non, non, moi j’ai dépassé cela. C’est cette querelle politique politicienne qui nous fait retarder. On n’est pas aujourd’hui en train de parler d’opposition, d’opposants, non. On est en train de parler d’un président qui a été plébiscité par la majorité écrasante des Guinéens. Il doit maintenant choisir les meilleurs. Et quand on dit les meilleurs, il n’y a plus de coloration politique, il n’y a plus de partis, de sexe, de religion. Donc, j’espère qu’il le fera. Maintenant, que ces gens-là viennent de l’opposition ou pas, là n’est pas le  problème. C’est d’avoir les meilleurs d’entre nous. Parce qu’un gouvernement d’union nationale, c’est un gouvernement imposé le plus souvent au sortir d’une crise. On n’en est pas là.  Je crois que la Guinée a besoin de se recentrer, de se réconcilier avec elle-même et de se réconcilier avec elle-même, et surtout de poursuivre une œuvre qui a commencé. Tout le monde désespérait que la Guinée pouvait un jour avancer, obtenir l’électricité, la paix civile. On a amorcé le cap. Aujourd’hui, la plupart des Guinéens voient l’électricité la journée, ce que l’on ne connaissait pas. Moi, je leur dis qu’au-delà de l’électricité, il y aura des centaines de milliers d’emplois à la clé, il y aura des infrastructures, on fera en sorte que la Guinée soit un havre de paix ou le bon vivre  ensemble sera une réalité. Je crois que le président a tous les atouts. A côté de ça, je souhaite que l’opposition se refonde. Vraiment qu’on dépasse le clivage ethnique, qu’on aille vraiment vers l’essentiel. Un pays sans contre-pouvoir est voué aux gémonies. Je souhaite que cette opposition se renouvelle. Parce qu’on a vu la limite des leaders qu’on avait et donc la culture politique qui leur a manqué, a plombé le pays. Comment le pays devait avancer ? On n’est pas en train de dire qu’il faut aller prendre un opposant, il faut prendre les meilleurs, qu’il soit de l’opposition ou pas.

Vous avez remarqué qu’en Côte d’Ivoire le président a gagné dès le premier tour, son opposition l’a félicité…

Bravo !

Vous dites bravo, en Guinée ce n’est pas le cas…

C’est pathétique. J’estime que lorsque vous allez à une élection, vous avez analysez les tenants et les aboutissants. Si vous estimez que les conditions ne sont pas réunies pour aller à une élection crédible, vous n’y allez pas. On n’oblige personne. Mais vous ne pouvez pas payer une caution, passer votre visite médicale, battre campagne, voter, demander à vos militants de voter, installer vos délégués dans les bureaux de vote. C’est à dire faire tout ça, pour qu’au soir de la fermeture des bureaux de vote, déclarer qu’on ne va pas reconnaitre les résultats. Ce n’est pas sérieux. Le contrôle su scrutin, ce n’est pas pendant et après, parce que du moment que votre candidature a été validée par la Cour Constitutionnelle, c’est un mois maximum. Qu’est ce qui peut se faire pendant ce temps. Je pense que tout le travail se fait en amont. Est-ce que le fichier est bon,  vous vous posez des questions et  par rapport aux réponses vous décidez si vous allez ou pas. Vous ne pouvez pas y aller et sitôt  les élections terminées les contester. J’ai dit bravo à l’opposition ivoirienne et j’espère qu’au soir de la proclamation des résultats définitifs (l’interview a été réalisée avant l’arrêt de la Cour constitutionnelle, NDLR), il y en a qui vont encore se réveiller, se ressaisir pour féliciter le président de la République par téléphone, et pourquoi pas, que tous les candidats ensemble aillent au Palais féliciter le nouveau président. Je pense que ça va apaiser la situation et ça va donner des idées au président. Peut-être qu’il peut se dire que maintenant que les Guinéens nous ont vu ensemble, il faut qu’ils nous voient travailler ensemble. Je crois qu’il faut être politique et non pas être politicien.

Vous avez une dernière chose à ajouter ?

C’est de féliciter le peuple de Guinée qui vient de vivre une troisième élection majeure en cinq ans après une longue disette. On a battu le record du taux de participation, on a eu la paix, l’apaisement. Chacun a battu campagne dans l’adversité pour les huit protagonistes. Sitôt l’élection terminée, les Guinéens ont encore redoré les couleurs nationales du rouge jaune vert pour montrer qu’une fois la compétition terminée, on est tous Guinéens. En tout cas bravo à ce peuple. Et j’ose espérer que ce qui a commencé, il y a quelques jours après le 11 octobre se poursuivra jusqu’à la fin de la mandature pour que la Guinée puisse enfin enclencher le processus du décollage économique.

Interview réalisée par

El Hadj Mohamed Koula Diallo

et Ibrahima Sory Traoré

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