Le lundi 09 novembre 2015, je parts pour une course au centre ville de Conakry à Kaloum. Le taximan prévient les passagers qu’il n’ira pas au-delà de Coronthie, en fait il nous dépose au Gouvernorat sur la corniche. J’emprunte la rue qui mène droit à la maison centrale et c’est là que je tombe sur un attroupement d’hommes, de femmes et d’enfants tous parlant en même temps et se posant la question ‘’ Qu’est-ce qu’il y a ? ‘’ Je vois quelques hommes en treillis adossés à une pick-up et prenant des photos, tous les regards sont braqués sur eux et sur un trou fait dans le mur de la prison. Je ne tarde pas à comprendre qu’il s’agit d’une évasion de prisonniers.

Je contourne la maison centrale dont tous les accès sont interdits par les forces de l’ordre et continue ma course à travers la ville, l’événement est sur toutes les lèvres. Je rentre le soir à la maison et me précipite sur mon petit poste radio afin de suivre le reportage sur l’affaire du jour. Je ne suis vraiment satisfait que le lendemain soir par la rediffusion de l’interview accordée par Maître Ibrahima Béavogui, porte-parole du ministère de la justice, à la radio Lynx FM. Je suis à la fois épaté et ébahi par les propos de ce grand commis de l’Etat, épaté par le fait qu’il refuse systématiquement d’user de la langue de bois, ses propos sont assez virulents contre les turpitudes de l’Etat guinéen dans le domaine judicaire ; mais ébahi par les révélations qu’il fait des prisons de Guinée en général, de la maison centrale de Conakry en particulier.

Le premier constat porte sur le budget dérisoire (moins de 1% ) accordé par le gouvernement au département de la justice, ce qui explique l’état de vétusté des cours et tribunaux et des établissements pénitenciers. Ça explique aussi l’état de misère dans lequel végète le personnel judicaire, l’indépendance de la justice dans ce contexte s’avère un leurre. Les révélations sur les prisons de Guinée sont simplement ahurissantes : la plupart des cours et tribunaux sont logés dans des locaux loués à des particuliers, les gardes pénitenciers ne sont pas suffisants et manquent de formation, les prisonniers sont en surnombre dans des cellules étroites et vétustes, presque tout leur manque : eau, électricité, nourriture, toilettes, soins de santé. Maître Béavogui résume ses propos en disant que «  quiconque a l’occasion de visiter la maison centrale de Conakry n’accepterait pas d’y envoyer même son ennemi ».

Il faut donc se rendre à l’évidence pour nous Guinéens, que l’Etat de droit que nous ambitionnons restera longtemps encore du domaine des vœux pieux. Et c’est dommage !

                                                                                                                                               Walaoulou BILIVOGUI/Le Démocrate  

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