Me Barry

Le saxophoniste Mamadou Aliou Barry, connu sous le nom de Me Barry, aborde dans cet entretien accordé à notre reporter,  le fonctionnement du monde de la culture guinéenne, qui fait figure de parent pauvre au sein du gouvernement.  Notre interlocuteur espère que le nouveau ministre de la Culture, des sports et du patrimoine historique, Siaka Barry pourra apporter du renouveau à la Culture guinéenne.

Comment se porte le groupe African groove ?

Mamadou Aliou Barry : African groove se porte comme le soleil au mois de mars au pays. Il se porte très bien, en ce sens que nous avons des opportunités pour 2016, et nous avons réalisé un album à Paris (France) qui va sortir cette année-là même. Nous avons signé un contrat de trois ans avec le festival de musique de nuit à Bordeaux (France). Nous avons fait un petit tour à Angoulême et notre album de 11 titres va sortir au mois de juin. Nous avons postulé pour le Marché des arts, du spectacle africain (Masa) qui se tient en Côte D’Ivoire. Nous avons été retenus parmi tant d’autres postulants. Dans les conditions normales, nous devrions partir du 5 au 12 mars prochain.

Ensuite, nous avons initié la musique sans frontière (M.s.f). Nous avons tenté de voir avec les expatriés de la place, qu’est-ce qu’on  pouvait faire pour se divertir un peu. Et quand nous avons fait un sondage, on a trouvé qu’il y avait des musiciens parmi eux. Ainsi, le mois d’avril de chaque année, on va se retrouver. Le directeur du centre culturel franco-guinéen, lui-même est musicien.

Pour ceux qui ne connaissent pas, African groove qu’est-ce que c’est ?

African groove c’est la force africaine, sinon au départ, j’avais un premier orchestre qui s’appelait le Gombo Jazz. Mais quand il ya  incompatibilité d’humeur avec d’autres musiciens, il faut savoir prendre la distance, et puis voir ce que tu peux faire autrement. Parce que moi, j’ai toujours dit que la tête, ce n’est pas pour les bagages, c’est pour réfléchir. Donc, je suis allé créer de l’autre côté un groupe qui s’appelle désormais ‘’African groove’’, la force africaine. Et je crois, il fait son petit chemin, qui va être plus grand plus tard. Il regroupe beaucoup de grands musiciens.

Comment vous voyez l’avenir de la culture guinéenne ?

Un avenir radieux, si l’on met les moyens à la disposition de la culture. Parce qu’en fait, on estime que la culture demande beaucoup de moyens, mais ce n’est pas ça. Si on pense que la culture demande  des moyens, il est certain qu’on n’y mettra pas les moyens. Quand on pense à l’avenir, on pense à tout ce qu’on a dans ce pays là. Je crois qu’il faut mettre les fonds dans la culture. Parce que d’autres l’on fait, et ça a marché. Il n’y a pas de raison qu’on ne continue pas à le faire. Moi je suis à cheval entre les générations. J’ai fait le temps du président Ahmed Sékou Touré, la culture et le sport. On fait connaître la Guinée sur le plan mondial. Quand je prends Bembeya Jazz, les Amazones de Guinée, les Ballets africains, les Sofas de Camayenne, Kaloumstar, que sais-je encore. L’orchestre fédéral de Kebemdo Jazz, a été l’orchestre fédéral qui foulé le sol américain. Il a fait  le tour des Etats-Unis vers les années 1967-68, si mes souvenirs sont bons.

Mais pour beaucoup tel n’est plus le cas, la culture est reléguée au second plan ?

Peut être la question pourrait être posée au plus haut sommet de l’Etat.

Mais vous en tant que spécialiste de la culture, qu’est-ce que vous en dites?

En tant que spécialiste, si je me fiais à tout-ce qui se passe maintenant, il est certain que j’aurais abandonné de faire la musique. Parce que là, je me débrouille en tant que fonctionnaire retraité. Je vous apprends que j’ai enseigné pendant des années. Si on me dit maître ce n’est pas un monsieur de la robe noire. C’est un maître de la musique. Il m’arrive parfois de prendre ma pension de retraité et de payer des instruments. Parce que, c’est devenu une passion. Je n’ai plus la craie en main. C’est mon saxophone, donc qui me permet de joindre l’utile à l’agréable.

La culture vient d’être logée encore une fois dans la même enseigne que le sport. Comment avez-vous perçu cela ?

Excusez-moi du terme, ce n’est pas nouveau, depuis au temps de Sékou Touré c’était comme ça : ministère des arts, de la culture et des sports. Il faut absolument avoir à faire à des gens qui peuvent se comprendre et qui pensent au pays. Parce qu’un poste ministériel, c’est un poste d’honneur. Mais quand un ministre a un bon secrétaire général, ça peut marcher. D’ailleurs, on vient de nommer un homme de culture : Isto Kéra. En fait le poste de secrétariat général, c’est le poste d’un technicien. Je crois que s’ils se comprennent, ça pourra marcher pour le bien de la Guinée. Isto est un garçon très ouvert.

Justement qu’allez-vous suggérer à travers nos colonnes, au nouveau ministre de la Culture et des sports ?

Moi je conseillerai au nouveau ministre, qu’on fasse les états généraux de la culture, c’est très important. Il a fait une réunion tour dernièrement, j’étais absent du pays. J’avais représenté la Guinée à un atelier organisé par la Fédération internationale des musiciens à Dakar. Lors de cette réunion au musée national, les collègues m’ont fait parvenir les échos. Je pense qu’il faut espérer avec le nouveau ministre Siaka Barry. Dans la mesure où, il a dit qu’il faudrait faire un feedback. C’est-à-dire voir un peu tous ceux qui on fait la gloire de ce pays. Certains ne sont plus, et ceux qui sont là n’ont plus de force. Il a promis de les approcher, et voir comment ça peut se faire.

Justement à en croire certains, ailleurs, les hommes de l’art ce sont des petits princes. Alors qu’en Guinée c’est tout à fait le contraire. N’est-ce pas ?

Mais ne va pas loin, en Côte D’Ivoire, vous savez ce que Alhassane Ouattara a fait pour tous les anciens musiciens qui ont atteint un certain âge.

Non, qu’est-ce qu’il a fait ?

Il a donné de l’argent aux gens. Il a donné des villas à certains, il a ordonné de payer la pension à d’autres musiciens.

Ce n’est pas une fausse note ça?

Pas du tout, ce n’est pas une fausse note. En tant que musicien la fausse note n’est pas permise (rire : ndlr). Ces gens là sont là, ils sont  fatigués. Quand un fils voit son père, laissé pour compte. Vous croyez qu’il fera la culture. Un jour, j’ai posé  la question à un de mes enfants. Je lui ai dit mais, vous ne voulez pas danser à l’ombre de mon chapeau. Il m’a dit papa, on vous a vu à l’œuvre, vous vous êtes dépensé, vous avez tout fait mais aujourd’hui les retombées c’est quoi ? Alors quand on ne pense pas à ces hommes qui ont fait tout pour ce pays, il est évident que nos enfants ne vont pas suivre nos pas. A l’heure où je vous parle, aucun de mes enfants ne fait la musique. Je suis saxophoniste, j’apprends à certains enfants des expatriés à jouer.

A part les enfants des expatriés, est-ce que d’autres jeunes guinéens vous côtoient ?

Ils ne veulent pas. Ils me disent qu’est-ce que ça va leur servir.

Pour finir, qu’allez-vous dire aux jeunes qui viennent après vous ?

En tant qu’enseignant, il ne faut pas qu’ils prennent la solution de facilité. Qu’est-ce que cela veut dire. Tout simplement se fier à ces appareils de technologies. Ils n’ont qu’à faire travailler les méninges, apprendre à jouer avec un instrument. Dans ce sens, lors de l’atelier de Dakar dont je vous ai parlé, la Guinée a été à l’honneur. Les Amazones de Guinée, j’en ai pris comme mon cheval de bataille. Je leur ai dit que dans ce groupe, il ya des femmes et filles saxophonistes, trombonistes…. Il est vrai que beaucoup ont la chance de chanter, mais je souhaiterais qu’ils apprennent un instrument quand même. L’Institut supérieur des arts et de la culture de Dubréka, est un parent pauvre. Je veux bien aider, mais moi, je ne peux pas partager un instrument avec deux ou trois personnes. Il ya un problème de santé. Trois guitaristes peuvent jouer sur la même guitare, mais deux instrumentalistes ne doivent pas jouer sur un saxophone dans la mesure où on met dans la bouche. Donc, si on veut avancer, il faut voir ce qu’on peut mettre à l’Isac pour avancer. Moi, je suis prêt, mais il faut dire la vérité, on avance en âge. Aujourd’hui, on a plus d’énergie mais le courage est là et je suis toujours prêt.

Interview réalisée par Richard TAMONE in L’Indépendant, partenaire de guinee7.com

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