L’Euro de football fait des révélations : Les plus grands et riches championnats du monde, l’Angleterre, l’Espagne, la Turquie, ont été sortis en phases de poule et en quarts de finale. Sans les professionnels d’autres nationalités, les trois sélections ont été réduites, et leurs dénuements intrinsèques n’ont pas fait le poids, contrairement à la France, qui, avec son bouillon de cultures, tire tant bien que mal son épingle du jeu. Il faut le dire ainsi, puisque jusqu’aux quarts de finale de la compétition, Didier Deschamps était toujours dans le doute, tout en mettant ses joueurs-clés en doute. Ce n’était pas les joueurs qui lui manquaient, mais il lui était difficile de consigner chacun à un poste de son schéma de jeu. Contrairement à cet « iceberg islandais », sur lequel étaient venus se fracasser les grands paquebots.

Le Brésil aussi ne gagne plus depuis 2002. Le pays de Pelé a deux problèmes principaux : les équipes de génies ne poussent pas à chaque décennie, ensuite les talents s’expatrient trop jeunes, perdant tout repère avec la base. On a vu Messi, qui n’arrive pas à se fondre et à se confondre dans le jeu l’équipe d’Argentine, et ses individuels sont étudiés par toutes les défenses. Les résultats de ces deux équipes laissent à redire.

En Afrique, les pays les plus en vue lors des compétitions continentales sont les pays qui ont le moins de professionnels opérant ailleurs. Les pays du Maghreb et du nord, la RDC, la Zambie et tous les pays qui montent et qui ont mis la Guinée hors circuit de la prochaine CAN (Zimbabwe, Botswana, Malawi) ne se prévalent pas de beaucoup de professionnels, mais ils ont un jeu de fond et un fond de jeu solides. Le Cameroun et la Côte d’Ivoire ont de grands joueurs, mais au niveau national, le tableau est moins reluisant …

Le problème du football guinéen est le snobisme de ses responsables. Une chose est claire, un schéma tactique, quel qu’il soit (4-2-4 ; 3-2-5 ; 5-3-2 ; 4-5-1…) n’est mis en application que si et seulement si l’on a les hommes nécessaires, ou les hommes qui acceptent d’être « délocalisés » pour les besoins de la cause, or les professionnels guinéens n’aiment pas ça, par égo. Les coaches n’arrivent pas souvent à les soumettre à leur schéma de jeu, et les responsables politiques se plient allègrement à leurs fantasmes et fantaisies.

Dans les années 60-70, le Hongrois Laslo Budai avait donné une âme au Syli National. Les grands exploits du Hafia FC et du Syli National sont de sa marque. Maître N aby et Aboubacar Fofana « Garrincha » marcheront sur ses traces pour conduire au triplé, en 77, en passant par deux autres finales manquées en janvier à la CAN d’Addis-Abeba, contre la Maroc et en décembre, à Alger, face au Mouloudia, en 1976, par arrogance et par excès de confiance, le péché mortel des Guinéens.

Dans les années 80-90, Chérif Souleymane, un des poulains de Budai, avait pris la relève pour conduire les cadets guinéens à un niveau très remarquable, en Chine et en Ecosse. La génération des Titi, Salam Sow, Mohamed Sylla « Oféi » et Mohamed Sylla « Socrates », Fodé Camara « Careca », Souleymane Oularé et autres Pascal Feindouno , pour ne citer qu’eux, avait de l’allant, mais mal gérée par les autorité politiques. Chérif et Papa Camara furent démis par une contestation populaire dirigée par des cliques et claques de clans. Motif : sa rigueur et sa discipline de fer. Le général Lansana Conté avait demandé à la ministre des sports, Koumba Diackité, de tirer séance tenante les conséquences de cette contestation publique, au Stade du 28 Septembre, lors de la remise du drapeau. Changer ainsi les entraineurs la veille du départ en compétition est une première. L’expédition de Ouagadougou devait être plus que le fiasco connu.

Actuellement, certains professionnels refusent de répondre à la sélection nationale. Il faut mettre fin à cet état de chose. Pour résoudre cette crise, il faut une structure locale pour assurer la relève. Le noyau existe déjà pour se lancer dans la conquête du CHAN, il ne reste qu’à le maintenir bien en place. Pour la CAN et la Coupe du monde, un renfort de quelques « pros » est nécessaire, mais pas une équipe composée uniquement de «pros». Cela est trop coûteux et est improductif

Les tournois interscolaires est la seule façon de détecter et de développer le football à la base. Cela coûterait beaucoup moins, en cette période de vaches maigres. On a vu beaucoup de départs pour l’Europe, les résultats probants ne suivent pas. Le cas de « Yali-Yali » est édifiant.

Ce qu’il faudrait faire comprendre aux jeunes sans expérience que évoluer et s’affirmer au pays a plus de garantie et d’assurance que s’ils se précipitaient de signer des contrats furtifs et fictifs, au rabais et sans lendemain. Une carrière de footballeur n’a pas de brouillon. Combien ont raté leurs carrières prometteuses et qui ne peuvent revenir au bercail par orgueil, comme ces immigrants, qui préfèrent mourir dans des naufrages que de revenir bredouilles ?

Bref, une formation locale de base est indispensable pour redonner une âme au football guinéen. Il n’y a pas que des entraineurs étrangers qui remportent des grandes victoires africaines. Parfois des locaux en sont bien capables. Des exemples ne manquent pas.

La Guinée a besoin d’un technicien à long terme, qui puisse former et habituer les joueurs à un schéma de jeu. Contrairement à cela, elle se limite à signer des contrats d’objectif de deux ans, parce que les techniciens expatriés coûtent cher, mais ce qui est à souligner, c’est que pendant ces deux années, ils n’ont certainement pas la moitié de ce temps pour regrouper les joueurs venant de tous les horizons pour définir leurs plans de jeu. Pendant les éliminatoires, ils n’ont même pas un mois de regroupement ; pendant les phases finales, ils n’ont pas deux mois francs pour régler les automatismes. On a vu Didier Deschamps avec les Bleus..

L’Allemagne, la grande favorite sur papier, a aussi perdu son âme de bombardier et de canonnier. On croyait qu’elle avait caché son jeu et on s’attendait à voir la Manschaft tirer des boulets de canon contre les Français dès l’entame de cette demi-finale, que nenni, elle a perdu pied.Le système barcelonais de transpercer les défenses par les petits paquets de une-deux n’est pas concluant à tous les niveaux. Barcelone est en déclin. L’élimination de l’Espagne est la conséquence logique d’un schéma de jeu trop éventé, alors que les frappes à distance sont imparables. Les Andreas Breme, Lothar Mathäus, Gerd Müller sont en train de se ronger le frein…

Le Comité de normalisation de la FEGUIFOOT vient de retenir 5 postulants pour chapeauter le football guinéen. Parmi eux, il y a un local…

Avait-il besoin de lancer un appel d’offre, en cette période de vaches faméliques ?

Moïse Sidibé  

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