Membres du Collectif Syli; Benoit Kamano (1er de gauche à droite)

Benoit Kamano est du Collectif Syli, mis en place par la diaspora guinéenne de France pour soutenir les actions économiques de l’Europe vers la Guinée. Nous l’avons rencontré pour parler du Collectif, de ses actions…Entretien à bâtons rompus. 

Vous avez organisé un forum économique en Guinée, en octobre dernier,  c’est ça ?

Nous avons participé en tant que partenaires à l’organisation du Forum économique avec la Chambre Belgo-Luxembourgeoise Afrique Caraïbe Pacifique (CBL/ACP), côté Belgique et une ONG qui s’appelle Constellation, côté partenariat Europe, il y avait Afrique plus. Côté Guinée il y avait l’APIP. Donc, depuis un an et demi, on a travaillé sur l’organisation de cette mission pour que les entreprises puissent venir en Guinée, prospecter voire investir dans les domaines qui les intéressent. 

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Finalement, vous l’avez fait et quels résultats vous en tirez?

Alors, j’aimerais faire un focus. Dans la mission, il y a eu deux parties, une première partie que Constellation et Syli ont organisée, qui s’appelle « Visite communautaire », avec le soutien de l’ambassadeur de Guinée à Bruxelles, Monsieur Sylla. Visite communautaire, c’était quoi l’objectif ? C’est de dire aux investisseurs, vous voulez venir en Guinée, mais on veut vous mettre en contact avec la population à la base pour vous dire que la Guinée, ce n’est pas seulement la bauxite, l’or, le diamant… Il y a eu plusieurs chefs d’entreprises qui sont venus de l’Europe. Cette première partie de visite communautaire s’est passée dans la sous-préfecture de Mangata, dans Coyah, où ils sont venus avec nous en immersion totale dans les villages. Ils ont visité, discuté avec les villageois. Ensuite, on est revenus à Conakry. Il y a eu un premier volet de formation qui est organisé par le Pr Jean-Louis Lambory qui a créé Onusida, il y a 25 ans ; il a formé une trentaine de médecins sur la santé communautaire pendant trois jours. Il a également fait la promotion de son livre qui s’appelle Qu’est ce qui nous rend humain ?, il a été chez Harmattan Guinée.

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Ensuite, Lucile Vernet a fait la promotion d’Arthemisia (médicament contre le palu) et a également formé une quarantaine de médecins et des agronomes pour désormais cultiver cette plante ici. Cette première partie était axée sur la résilience communautaire, pour montrer la force de la communauté guinéenne qui peut travailler en autonomie, mais aussi en auto-dépendance. Tout ce beau monde est rentré à Conakry. Nous Syli, on a présenté deux projets au chef de l’Etat, au Premier Ministre et aux ministres concernés. Il s’agit d’un projet de zone économique spéciale et de zone numérique spéciale qui est en train de suivre son cours normalement, et ça aussi en partenariat avec le bureau diplomatique belge en Guinée.

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Nous, on a une approche, c’était de dire aux communautés : vous avez une force, ces gens qui viennent, vous n’allez pas leur demander de l’argent ni de cadeaux. Ils viennent pour apprendre vos forces, comment une femme peut se lever à 5h du matin, elle n’a pas de voiture, elle marche des kilomètres et travaille toute la journée, elle revient la soirée à la maison pour cuisiner, elle est toujours forte. On a également fait la promotion d’un groupe qui est Thiabala, qui est un petit groupe d’orphelins gérés par une ONG qu’on a cofinancée en collaboration avec Mamadou et Bineta, une ONG suisse. Donc, ils ont appris que ces enfants sont forts, ces femmes sont fortes, que les communautés sont fortes, parce que les gens vivent de la terre, vivent de l’élevage, en autonomie. Bien-sûr, il y a eu des besoins qui ont été remontés (l’électrification, la santé, l’eau), mais il n’y pas eu des besoins formulés par les communautés. Ce sont eux-mêmes qui ont apprécié les demandes, les besoins et à travers ça, ils ont dit qu’ils veulent faire des projets. Sur le coup, une société liégeoise qui s’appelle CILE qui avait cinq représentants, ils ont fait venir leur DG, le jeudi qui a suivi, ils ont demandé une audience à la présidence, ils veulent investir dans le secteur de l’eau et nous, ils nous proposent de retravailler avec nous, mais côté Bruxelles sur un projet qu’on pouvait coopter. Il y a eu de vrais enseignements qui sont sortis de là pour montrer que la Guinée n’est pas seulement la bauxite. 

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Ça s’est plutôt bien passé en campagne, maintenant le forum ?

Le forum, les 30 autres chefs d’entreprises sont venu s’ajouter sur les 10 qui étaient là. A partir du 17, les « B2B » et les conférences organisées avec l’APIP. Les partenaires avaient leurs rendez-vous. Ensuite, les délégations sont parties rencontrer le président de l’Assemblée Nationale, le Premier Ministre et le président de la République pour leur présenter les projets zone économique spéciale et zone numérique spéciale. La zone économique concerne les industries, l’agriculture et les services. La zone numérique spéciale, j’insiste là-dessus, parce que ça concerne les jeunes et le dossier a beaucoup avancé avec nos partenaires ; il y a trois volets dans la zone numérique à savoir la formation, l’incubation et l’espace service hub-sor. Nous visons en cinq ans 10 mille emplois créés grâce aux start-ups. 

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Quand vous parlez de zone économique, quelles sont les spécificités ?

C’est la question qui est souvent revenue. C’est une zone franche ; elle accorde des avantages fiscaux, de facilitations. A la différence d’une zone franche, la zone économique est en superficie plus large. En termes d’avantage fiscaux, c’est plus bénéfique. Il y a par exemple des soutiens à l’installation des terrains accordés à prix avantageux. En plus de ça, il faut faciliter les procédures douanières, les procédures administratives et on a proposé que l’on supprime ou diminue les taxes pour que les entreprises qui viennent bénéficient de 10% de taxe douanière. En plus, la zone économique permet de transformer les produits sur place et de les exporter directement. Le gouvernement en partenariat avec les Belges a déjà choisi l’axe Conakry Kindia Mamou. On va essayer de faire quelque chose sur cet axe. 

C’est un gros challenge, pensez-vous relever ce grand défi ?

En tous cas, on va essayer ; le gouvernement est sensible, les partenaires sont motivés, on sait que ça ne va pas se faire dans un an ou deux ans, pour la zone économique spéciale, contrairement à la zone numérique qu’on peut faire en début d’année prochaine. En plus des projets qui sont déjà avancés, par exemple le pool technique de Mamou où il y a des projets pour avancer sur des sujets numériques. Donc, là-dessus on a confiance. Le gouvernement a mis ça dans ses priorités. Nous, on sera un partenaire à part entière. 

Quelle est la différence entre votre démarche et celle des autres ? Quelle est votre particularité ?

La particularité, c’est la première fois qu’une mission économique en Guinée associe la diaspora. Généralement, ils viennent avec les chefs d’entreprise directement. 

Interview réalisée par guinee7.com

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