Il est regrettable de constater avec quelle posture méprisante, mesquine et négationniste certains intellectuels participent à alimenter avec passion la polémique sur cet épisode de ‘’Miss Guinée’’, en s’appuyant sur des allégations non vérifiables pour déplacer le débat.
La démarche d’un intellectuel est celle qui est réfléchie et non passionnée, elle est interrogative et non affirmative. L’intellectuel, c’est celui qui pousse à l’interrogation, c’est celui qui invite au débat sans passion ; c’est celui qui prend en compte le point de vue des uns et des autres sans discrimination, en les invitant à étayer leurs points de vue par des argumentaires objectifs ; c’est celui qui a une approche non clivant et beaucoup plus inclusive, tenant compte des facteurs sociologiques exogènes et endogènes qui ont jalonné la construction sociale et identitaire de notre pays.

Mais de là, à traiter tous les indignés d’objecteurs de conscience inféconds et de pervers d’arrière-cour, le pas a été franchi (Inacceptable et inadmissible !). Le rôle de l’intellectuel, c’est de poser le débat, donner la parole aux citoyens, donner la possibilité à chacun d’exprimer son point de vue pas de lui imposer la pensée unique avec une vision étriquée d’un modèle sociale qui lui est imposé de gré par un néocolonialisme politico-culturel étouffant.

Ils critiquent le fait que certains guinéens s’érigent en objecteurs de conscience alors qu’eux même font de manière flagrante dans l’objection de conscience. Allant jusqu’à faire des allégations non fondées et sans preuve, mettant dans la même balance tous ceux que s’indignent de la mise à nu de jeunes filles livrées en pâture au public dans un espace où l’on se croirait à un club de strip-tease.

Nous sommes dans un État laïc et démocratique, ces principes sont jalousement sauvegardés et admis par l’ensemble des guinéens. Mais de quelle laïcité et de quelle démocratie s’agit-il au juste ? Est-ce la démocratie de la transposition ou celle de l’assimilation idéologique et culturelle ? Même les démocraties les plus avancées (États-Unis, France, japon etc.) ont leurs modèles et spécificités démocratiques où certains courants comme le conservatisme, sont admis au nom du principe démocratique inclusif. Oui ! Partout dans le monde occidental, il y a ceux qu’on appelle les conservateurs, leurs voix et leurs prises de position sont régulées par le même principe directeur que tous les autres courants politiques et idéologiques.

En Guinée, la transposition des modèles occidentaux qui est devenue presque une norme est entrain de montrer ses limites et notre pays a plus que jamais besoin de réformes institutionnelles profondes.

Pour revenir à l’épisode Miss Guinée, la décision du ministère de la culture de suspendre le Comigui est logique et on ne peut plus claire, qui a été salué par beaucoup de Guinéens, faisant suite au tollé et à l’indignation générale suscitées par l’amateurisme et le concept avec lequel ce concours de beauté est organisé. Rappelant au passage que l’élection « Miss Guinée » constitue aux yeux du Ministère en charge de la Culture une opportunité de promotion de la beauté et de la culture guinéenne authentique sur la scène internationale et non pas un facteur d’atteinte à l’image sacrée de la femme guinéenne. Personne n’appelle à l’interdiction du concours de beauté Miss Guinée, mais encore faut-il que cela se fasse en accord avec une certaine éthique respectant l’environnement culturel et le point de vue social des guinéennes et des guinéens et non accéder aux caprices d’une certaines élites minoritaires, plongées dans les abysses de l’assimilation et de l’aliénation culturelle.

Pour les profanes qui semblent pris en étau dans une profonde crise d’identité et qui se jettent dans les bras du premier venu, il faut qu’ils sachent que ceux qui s’indignent ne sont pas des intégristes, ni des extrémistes, encore moins des Ayatollas iraniens, ce sont des guinéens, des vieux-sages, des jeunes hommes et femmes , des pères et mères de famille, qui malgré la dérive sociale et culturelle dans lequel notre pays est plongé (c’est un autre sujet de débat) restent encore attachés à leurs valeurs culturelles. Pour rafraîchir la mémoire à certains intellectuels sois disant qui pensent que ceux qui s’indignent sont des imposteurs, en milieu Peul, la femme est appelée Souddidho qui veut dire littéralement, enveloppée dans une couverture, ce qui dénote du caractère sacré du corps de la femme dans ce milieu; alors qu’ils arrêtent de propager leur complexe aux autres, s’ils ne sont pas fières de leurs cultures et de leurs identités.

Il est évident qu’une culture ne peut évoluer à vase clôt et a forcément besoin de s’enrichir des autres courants et modes de vie et de pensées, mais ouverture ne veut pas dire assimilation ou aliénation, les japonais en savent quelque chose. Nous ne sommes pas obligés de transposer le modèle organisationnel de Miss Guinée France ou Miss Guinée USA ou brésil en Guinée, nous ne sommes pas non plus obligés de dénuder nos femmes ou nos filles pour prouver qu’elles sont intelligentes et belles, faisons-le à notre manière.
Il est inquiétant que ceux qui disent défendre les principes démocratiques et laïques traitent les autres de néophytes ou d’hypocrites, juste par ce qu’ils ont donné un point de vue qui n’est pas en phase avec le leur, comme s’ils n’avaient pas le droit de s’indigner. Personne n’a le monopole de la vérité. Alors sachez raison garder et ouvrons le débat sans passion.

Mamadou Aliou Diallo
623 69 58 01

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1 commentaire

  1. Mr Mamadou Aliou Diallo. J’ai l’impression que vous vivez encore dans le 16 ème siècle. La Guinée n’est pas un pays des Ayatollahs et des mollahs. Nous ne sommes pas une République islamique.Nous ne sommes pas là pour imiter ou copier les pays du Golfe.

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