S’il est vrai que les syndicats guinéens ont par moments, joué le rôle de moteur dans l’histoire de la Guinée avec à la clé d’importants acquis engrangés par les travailleurs, il n’en demeure pas moins que leur action a été par moments quelque peu marquée du sceau de la suspicion, si tant est qu’elle a par moments débordé du cadre strict de la revendication corporatiste pour flirter avec la politique, ce qui a fait dire à d’aucuns que le «pêché originel» de janvier-février 2007, ne cessera jamais de hanter les esprits de nombre de dirigeants syndicaux, qui rêvent de rééditer «l’exploit», pour marquer profondément l’histoire sociopolitique du pays.

Car, oui, il faut le rappeler, si les syndicats ont paru à maints moments assis entre deux chaises, cette attitude ambiguë, doit beaucoup à cette date de 2007, au cours de laquelle leur action aura été déterminante dans le recul de Lansana Conté face aux pressions sociales. Cela peut et doit s’expliquer par les conditions historiques du moment, avec une classe politique «désarticulée» et traversée par des querelles d’egos exacerbées et une intelligentsia naissante qui entendait prendre toute sa part dans la conduite des affaires du pays, alors que la vieille classe des politiques pensait qu’elle n’avait pas épuisé son rôle historique ; ce qui rendait le dialogue sourd et tendu entre les deux camps. Le pourrissement de la situation profitera aux premiers qui, alliés aux syndicats dont ils étaient la plupart membres, et avec l’aide des élèves qu’ils avaient «embrigadés», arriveront à opérer le soulèvement qui a failli emporter le régime du président Conté. Depuis donc, le rêve de cette puissance et de cette gloire n’a jamais totalement disparu de l’esprit de nos leaders syndicaux, qui veulent rééditer leur performance avec des grèves qui paralysent tout le pays. On nous dira certainement que dans la lutte pour l’ancrage de la démocratie et la préservation des libertés, les syndicats sont bien dans leur rôle, mais force est de reconnaître que la lutte pour la conquête du pouvoir est du ressort d’autres forces, les partis politiques en l’occurrence.

Et, si les centrales syndicales ont pu par moments leur voler la vedette, cela s’explique par leur faiblesse structurelle et leur manque de base sociale, résultant là aussi de leurs pêchés originels qui sont les problèmes d’egos et surtout l’absence d’une vraie culture militante en leur sein, le chef du parti étant la plupart du temps, le «ciment» de celui-ci. On a vu par exemple ce qu’est devenu l’UPR après la mort de Siradiou Diallo, tout comme on est dubitatif sur le sort de tous ces «partillons» nés de scissions en raison du mal-être de leurs dirigeants dans leur formation politique d’origine. On peut en effet s’interroger sur l’avenir d’un parti dont le slogan est la conquête du pouvoir d’Etat en 2020, alors que d’autres partis occupent le terrain depuis belle lurette sans arriver à ébranler les tenants actuels du pouvoir qui eux-mêmes n’ont pas encore dit leur dernier mot, au regard de la résolution de leurs dirigeants à démontrer à la face du monde, que les soubresauts en leur sein ne sont qu’une péripétie dans la vie d’un parti qui en a connu des vertes et des pas mûres et qui n’entend pas se laisser déstabiliser par le départ de jeunes aux dents longues qui rêvent d’une gloire surréaliste.

La faillite des partis politiques

Pour en revenir à notre propos, disons que la «faillite» des partis politiques explique en grande partie cette montée en puissance des syndicats qui ne doit pas pour autant amené ceux-ci à perdre la raison. Que dire d’autre au moment où l’intransigeance de certains d’entre eux survient à un moment où le gouvernement est plus que jamais disposé au dialogue et où d’importantes avancées ont été faites sur le front social. Il ne faudrait donc pas que cette «génération» de leaders syndicaux soit celle qui, par sa gourmandise et aussi par opportunisme, contribuera à faire reculer le pas et les travailleurs avec, car, et là aussi il faut le dire, les activistes sont en «connexion» avec certains «appareils» dont le «mot d’ordre» de l’heure est la chute avant la lettre du régime Condé avec tout ce que cela signifiera en terme de recul démocratique. Mais, gageons que leur dessein funeste ne se réalisera pas, car, les patriotes et les républicains s’activent de leur côté, pour empêcher le pouvoir d’Etat de basculer dans le camp de ces tartufes opportunistes et leurs chapelles médiatico-sociales.
L’avenir proche nous édifiera sur la question.

Abou Maco, Journaliste

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