Ahmadou Damaro Camara, président du groupe parlementaire de la Majorité, était, cette semaine, l’invité de l’émission Club de l’Actu de Espace FM. Parlant des récents problèmes qui ont éclaté dans la ville minière de Boké, le député tout en condamnant la ‘‘culture de la violence‘‘ de la population guinéenne croit néanmoins qu’‘‘il manque à la politique minière de tous les gouvernements guinéens, un aspect. C’est la participation des locaux à la répartition des revenues miniers. C’est ce chapitre qui manque. Je vais vous donner un exemple. C’est-à-dire qu’aujourd’hui les Guinéens participent en tant que chauffeurs, gardiens, services de sécurité, c’est tout. Il n’y a pas de société guinéenne, qui participe à la valeur ajoutée de l’exploitation minière. Je prends le cas du transport, si on avait la loi pour dire que transporter les mines jusqu’au port doit revenir à des sociétés bien structurées, mais guinéennes, cela serait une valeur ajoutée. Ça fait des milliards. Ce serait une façon de repartir ces revenus’’.

Il ajoute qu’‘‘il y’a une des sociétés, par exemple UMS (la société de l’un des actionnaires de la SMB-Société minière de Boké), qui s’est dite pour un début, je vais laisser ça aux Guinéens, il est même allé dire que je ne vais accepter plus de 20 camions à un seul Guinéen, pour en avoir plusieurs. Il a même promis d’acheter des camions, de les donner aux Guinéens, à rembourser dans le transport, il a fait venir des camions qui sont détaxés et au lieu de les donner aux Guinéens, il les a exploités lui-même. En débauchant des camionneurs qui se débrouillent sur le terrain. C’est un scandale’’ !

Pourquoi il n’en parle pas à l’Assemblée ? ‘‘J’ai d’abord demandé aux députés que ce soit de l’opposition ou de la mouvance originaire de Boké, d’adresser une lettre au bureau de l’Assemblée. Ça c’était au début du mois d’avril, et que le bureau convoque, invite le ministre des Mines et les sociétés minières, pour qu’on vienne discuter des complaintes de nos populations. Malheureusement, on était dans ce processus, quand j’étais à l’intérieur du pays, j’ai entendu que ça éclaté, mais n’empêche nous allons le faire’’, répond-il.

Il y aurait pire. ‘‘Je vais vous donner un exemple. La CBG a plus de 50 ans ici et beaucoup plus de 40 ans d’exploitation, il y a un article 9 de la convention de base de la CBG, qui dit que le Guinée a le droit d’exporter jusqu’à 50% de la production de bauxite. C’est à ce titre que GUINOMAR a été créée. Cette société a fonctionné pendant 30 ans ; ils (les majors, les partenaires, Rio Tinto, Alcoa, etc.) se sont débrouillé à la fermer. Ils se sont appropriés de ce transport au point que GUINOMAR a dès 2011, demandé à se retirer. Et c’est elle qui dit ‘je me retire, mais j’ai 30 millions de dollars dans mon compte, j’ai 15 millions, vous avez 15 millions et ont se sépare’. Et le professeur (Alpha Condé, NDLR) en 2011 déjà a voulu que cette activité soit reprise par un Guinéen. C’est ainsi que Mori Diané d’AMEX, des Etats-Unis, qui a quand même une trentaine d’années dans le transport ; qui transporte pour toute l’Afrique et l’Asie mineure, toute l’aide des Etats-Unis vers ces pays, qui a donc une réelle expérience en la matière parce que j’en ai été moi-même témoin. C’est pour vous dire que ces majors, ces compagnies ont une autre interprétation de cet article 9 de la convention de base de CBG. Ils refusent de l’appliquer’’, a-t-il expliqué.

Pour le député, ‘‘c’est un cumule de frustrations, Boké est le chef lieu de cette région minière. On prend la bauxite en amont, on passe dans la ville, on va vers Kamsar, Boké n’a avalé, depuis quarante ans, que la poussière rouge. Vous n’êtes pas capables de trouver même une bonne pharmacie à Boké. J’étais à Sangaradi, je n’ai pas pu trouver un restaurant à Boké où manger, ça c’est inacceptable dans une zone comme ça. Il y a un besoin de refonte de cette politique minière, de non seulement du gouvernement, mais aussi culturellement il faut que les compagnies comprennent que c’est une richesse qui doit être partagée. Les 0% qu’on donne aux populations, il ne s’agit pas de cela, il faut que nous soyons impliqués, en tant que Guinéen dans l’exploitation, c’est la seule façon de créer la richesse. Ce n’est pas les 0,2% de chiffres d’affaire qu’on ne contrôle même pas’’.
Il renchérit : ‘‘Le problème est que nous ne faisons jamais face à nos réalités, nous passons toujours par la politique pour les faire. Ça c’est un problème qui concerne tous les Guinéens, il ne s’agit ni de l’opposition ou de la mouvance. Je dénonce un manque de politique depuis le début, ce volet participation des locaux dans la répartition des revenus miniers. Le contenu local se base sur les 0% qu’on doit donner à la communauté, la sous-traitance c’est un problème. Quels sont les sous traitant guinéens qui sont là ? Je vais prendre la CBG, j’ai fais une émission sur RFI là-dessus, l’aluminium extrait de CBG jusqu’aujourd’hui, vendu sur le marché, même à la valeur actuelle, c’est 400 milliards de dollars, la Guinée n’a pas eu 5 milliards de dollars depuis que ça commencé. Mais ce qu’on considère c’est seulement les redevances payées à l’Etat ou les 2 et 3 milliards de Francs guinéens, 200 mille ou 300 mille dollars qu’on donne à la population, enfin à des élus locaux qui n’ont même pas encore, une idée de ce qu’on appelle une gestion des ressources. Il ne s’agit pas de cela. A un certain niveau, si c’était des compagnies guinéennes qui avaient le transport d’aller de Conakry en Chine. Ça, ce sont des revenus, parce que ce sont des millions de dollars.’’

Il révèle que ‘‘l’Indonésie à moins de bauxite et de fer que nous, ils ont commencé à un moment, et ils se sont dits, nous donnons aux partenaires qui transforment sur place. Est-ce que vous croyez que c’est pour des raisons d’énergie qu’on n’exploite que la bauxite, depuis 40 ans. Et qu’on a même pas une raffinerie, même pour quelques tonnes d’aluminium, et qu’on accuse le manque d’énergie, mais ce n’est pas vrai. Il faut être clair, et ferme sur le contenu local, qui doit consister à une meilleure répartition des revenus du pays. Nous allons inviter le ministre des Mines, les sociétés minières. Nous pouvons aller jusqu’à nous auto-saisir de ces conventions pour les amender’’.

Abdou Lory Sylla pour guinee7.com

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