Le vice-président du parti GRUP de Papa Koly Kourouma s’est exprimé sur les questions d’actualité en Guinée, lors d’un entretien avec nos confrères de Lynx Fm. De la Ceni à l’opposition en passant par le fameux 3ème mandat, Ahmed Kourouma, sans langue de bois, met les points sur les I. Lisez…

Est-ce qu’un président d’une  CENI contestée peut organiser des élections incontestées ?

J’ai été le premier à l’écrire en disant le jour où la CENI sera incapable d’organiser  des élections crédibles, transparentes dans ce pays ça se saura. Cela étant le président encore une fois de la république est dans son rôle lorsqu’il essaye d’amadouer l’opposition. C’est à l’opposition républicaine de savoir ce qu’elle veut. Si nous voulons avoir le pouvoir dans ce pays, changer des choses et faire partie de ce système là; il va falloir que nous regardions Alpha Condé avec respect et avec toute l’intelligence politique qui est la sienne parce qu’on peut  lui reprocher beaucoup de choses mais il a une intelligence politique extraordinaire. Moi j’aime ce genre d’adversaire là parce que ce sont des gens qui pensent et réfléchissent et qui n’ont pas d’état d’âme.

Le président de la république et c’est ça aussi sa force, c’est un animal à sang froid. Il vous étrangle, il vous étouffe rapidement si vous n’êtes pas aussi fort ou malin que lui. Donc, c’est à l’opposition républicaine encore une fois de comprendre qu’elle a un adversaire qui est en face de lui qui est extrêmement  redoutable. C’est l’un des meilleurs hommes politiques de ce pays, moi j’en sais quelque chose. Donc nous devons être 10 fois plus vigilants quant à justement cette division qui semble pointer parce qu’on propose des postes par-ci, on essaye d’amener certains dans le camp présidentiel, on essaye de nous diviser. Mais on va voir qui est qui dans ce pays, on va voir qui est qui, qui est là pour justement pour sa propre poche et qui est là par conviction. Ça va permettre de faire le tri une fois qu’un arrivera en position de gouverner ce pays.

Est-ce que vous croyez à cette communication du président de la république qui invite la CENI  à donner aussi rapidement le chronogramme des élections. Est-ce que ce n’est pas une façon de détourner  l’opposition de son objectif d’organiser des manifestations ?

C’est une façon de noyer le poisson. La CENI encore une fois n’est pas crédible. Je vais vous expliquer quelque chose, c’est quand même incroyable cette histoire de la CENI, ça vient du sommet de la Baule où François Mitterrand a imposé  parce que c’était le grand manitou de l’Afrique avec Foccart, qu’on appelait France Afrique, a imposé aux pays africains une espèce d’institution de façade, ça nous ne ressemble pas, point final ! Il faut dans tout pays normal, démocratique, je prends encore une fois le bel exemple du Sénégal où il vient justement d’avoir lieu des élections législatives. C’est le ministère de l’intérieur qui organise les élections. Je ne comprends pas pourquoi nous nous soumettrions encore une fois à cette institution de façade qui n’est la résultante que  d’une politique néocolonialiste. Moi je la trouve illégitime point final.

Quand même parlant de la conférence de la Baule,  où Mitterrand avait sommé les Chefs d’Etat africains d’instaurer le multipartisme, mais la Guinée avait fait l’exception en refusant d’organiser la conférence nationale souveraine d’une part. D’autre part, vous les acteurs politiques,  vous vous battiez comme une lionne pour obtenir une CENI, indépendante. Le président Conté n’aimait pas le mot indépendance. Donc ils l’ont obtenu de haute lutte. Est-ce qu’il va falloir mettre en cause cet acquis pour que le ministère de l’administration et du territoire organise les élections en Guinée ?

Evidemment, il faut la remettre en cause, ce n’est pas parce qu’on a commis une erreur au 17 siècle que l’on doit commettre les mêmes erreurs au 21 siècle. A mes yeux en tant que panafricaniste en tant que patriote, la CENI n’est pas légitimité. C’est une émanation ou une pensée qui nous a été dictée par l’occident,  je n’ai rien pour l’occident mais je suis d’abord un Africain. Je veux que les institutions ressemblent à ma culture. C’est-à-dire qu’il faut à un moment donné en finir avec ces institutions qui ne sont que l’émanation d’une forme de néocolonialisme par la pensée unique

Mais ils sont tous des Guinéens ?

Vous pensez que les éléments de la CENI  tous ne sont pas affiliés aux différentes institutions au pouvoir ? Je ne suis pas naïf pour croire que derrière la CENI, qu’il n’y’ ait pas la main du pouvoir et quel que soit d’ailleurs ce pouvoir,  attention vous connaissez ce fameux dicton ‘’on n’organise pas les élections pour les perdre’’ là j’en sais quelque chose.  La CENI est une institution  bâtardisée, c’est biaiser la démocratie que de croire qu’un collège des vœux sages ou d’anciens fonctionnaires vont organiser des élections qu’ils n’ont jamais dans la transparence, on le sait. Pourquoi faire confiance à une institution qui nous a montré à mainte et mainte reprises qu’elle était incapable de garantir la pluralité démocratique, je dis non, point final.

Donc lorsque vous serez au pouvoir, vous allez dissoudre la CENI pour organiser les élections par votre département ?

C’est clair, pas par notre département, en y associant la société civile parce qu’elle est le garant parce qu’il faut qu’on comprenne mieux. Regarder on parlait tout à l’heure du  Mali, regardez ce qui s’est passé avec la velléité de la réforme constitutionnelle, c’est la société civile qui est montée au créneau.

Justement cette histoire de la société civile, mais celle de Mali est différente de celle de la Guinée. Nous dirons que la société civile guinéenne est absente surtout en cette période d’impasse.  La société civile ne joue pas son rôle surtout en ce moment.

Vous savez, il faut toujours partir du principe qu’on revient  de très, très loin, en termes de pluralité démocratique. La société civile, elle est malheureusement à l’image du pays, elle se reconstruit petit à petit, il faut quand même lui rendre grâce de certaines initiatives qui n’avaient pas eu lieu avant. Il se trouve qu’elle en train de refaire surface.

Est-ce que vous pouvez donner un exemple ?

C’est l’exemple  du CNOSC qui est monté au créneau en première ligne pour la fameuse loi. Et ça, ça m’a fait plaisir de les entendre. Vous avez  le  »balai citoyen » qui est une jeune structure très, très forte qui a quelqu’un à sa tête qui est très intelligent. Elle n’est pas contre nous, je voudrais que les politiques comprennent ça, elle est là pour nous dire attention là vous dépassez les bornes, là il y a quelque chose qui ne va pas, commencer à murir, commençons à réfléchir ensemble à ce qui devrait être bon pour le pays. Moi je suis pour le renforcement de cette structure-là. Je suis pour que les contribuables guinéens financent ces  institutions-là, il faut qu’on arrête des financements qui viennent de l’extérieur ; c’est lui qui donne de l’argent dicte les règles.

Nous nous devons, non pas à l’Etat, mais les citoyens guinéens par les impôts qu’ils payent doivent contribuer à renforcer ces institutions là ou plutôt ces ONG là parce qu’elles permettent d’avoir un contrepouvoir.  La presse est un contrepouvoir, les ONG de ce type-là sont qu’un contrepouvoir  dans ce pays ou devraient l’être.

Est-ce que vous pensez que cette société civile sera influente en allant en rangs dispersés?

Moi je suis un libéral convaincu. Je pense que la concurrence crée la force, en économie c’est quelque chose bien connu, ça amène le nivellement par le bas, donc celles qui seront plus crédibles et plus fortes sont celles qui demain auront le pouvoir de dire oui ou non, de défaire un gouvernement ou pas, de changer une société ou pas. C’est important d’avoir cette concurrence-là. Ce côté concurrentiel, il faut éviter de penser que, parce ce qu’elle parte divisée, donc il faut savoir qui a la force parce qu’un pays ça ne se change pas comme ça. Quand on est en politique, il faut avoir, on dit ça en Espagnole ‘’ rognes’’ pour faire la politique, parce que la politique c’est un combat, on monte sur un ring pour mettre chaos l’adversaire. Et ça vaut dans tous les plans de la société guinéenne. Il faut aller au combat pour changer ce pays. On ne va pas changer ce pays avec des bons sentiments.

Ce n’est pas la division de la société civile qui est préoccupante mais la division de l’opposition, vous avez dit que le troisième mandat ne vous intéresse pas parce que le principal concerné ne s’est pas exprimé là-dessus et que la constitution est claire. Est-ce qu’aujourd’hui une opposition divisée, on n’ouvre pas la voie à un troisième mandat ?

Divisée encore une fois, c’est vous qui le dites. Ce semblant de division, c’est plutôt une bonne chose pour le débat démocratique bref, ce qui m’intéresse dans votre question c’est vous dire ceci : partons de la genèse de cette histoire, qu’est-ce qui se passe ? Vous avez un président de la république qui à un moment donné, est acculé parce que son fils lors d’une conférence de presse est remise en cause : c’est-à-dire que la moralité de son fils est mise en cause. Il faut quoi ? Il fait la communication politique et surtout il fait de la diversion politique, souvent on ne réfléchit pas trop dans ce pays.

Il ouvre une voie sur un troisième mandat. Tout le monde s’est jeté dessus comme des crèves  la faim. Nous qui savons ce que c’est la communication politique, on sait qu’il a allumé un contrefeu. Vous savez dans  une forêt, comme s’il y a feu, on allume un contrefeu souvent pour éteindre l’incendie, c’est ce qu’il a fait. On s’est tous jeté dessus comme des morts à la faim en disant attention troisième mandat. Moi, j’ai réfléchi avec mon petit cerveau. Je sais que pour le moment malgré le fait que ses affidés se sont prononcés, certains mêmes ont été jusqu’à parler de présidence à vie, lui ne s’est pas exprimé. Donc  tant qu’il n’en aurait  pas fait preuve, je ne ferais pas de procès d’intention.

Le jour encore une fois où le président de la république s’exprimera dessus, il me dira je suis pour un troisième mandat en ce moment-là il aura des gens en face de lui ! Mais il aura des gens en face de lui qui contesteront ça.

Mais est-ce que aussi son silence n’est pas coupable?

Il n’est pas coupable, il est stratégique, il est  logique. Imaginez encore une seule seconde, le président de la république est en fin de mandat, prenons ce scénario-là. Il annonce demain, écouté, je ne me représente pas. Est-ce que vous imaginez la cacophonie que ça va être, la guerre de tranchées dans le gouvernement. Le pays sera ingouvernable.

Une synthèse d’Alpha Amadou Diallo (L’Indépendant)      

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