Apparemment, la majorité de nos compatriotes a un grave problème pour comprendre comment le choix des hommes et des femmes pour accompagner l’implémentation d’un programme présidentiel, s’opère dans la trajectoire des procédures et des résultats. Depuis la publication des décrets présidentiels de mini remaniement ministériel, les critiques pleuvent de partout sur les réseaux sociaux soit pour remettre en cause les compétences des promus, soit pour se plaindre du limogeage de certains Ministres, à telles enseignes que certains compatriotes sont en train de tomber dans des épisodes dépressives sans s’en rendre compte ! On crie à la fin du haricot pour le pays ; à la trahison ; à la médiocrité ; à la crainte d’un vague danger qui guette le soleil et la lune de briller en Guinée; on tombe dans la nostalgie du passé; on présente les Ministres sortants comme des messies irremplaçables envoyés par les génies pour libérer le pays de son pêché du sous-développement, et qui sont malheureusement crucifiés sur l’autel du saut dans l’inconnu !

Ces hystéries, mélangées aux préjugés personnels, aux prises de positions subjectives, posent sérieusement la question s’il ne faut pas rapidement envisager une thérapie nationale à base d’antidépresseurs, ou mettre en route un programme d’accompagnement psychosocial, financé par un donateur de bonnes volontés, préoccupé à mettre fin à l’épidémie de la dépression collective, liée à la perte d’un poste de responsabilité dans l’administration publique sous les tropiques.

En effet, un président de la République, quel que soit le pays qu’il administre, surtout s’il administre une République sous les tropiques sortie de plusieurs décennies de dictatures où la disponibilité de l’air pur à respirer est un défi majeur pour le citoyen moyen, a été élu sur la promesse de l’implémentation d’un programme ou d’un ensemble de projets de développement, qu’il a chèrement défendu devant ses compatriotes pour avoir leurs confiances. A ce titre,  il est le seul et unique responsable, devant ceux-ci  et les lois du pays, de la réussite ou de l’échec de son programme dont il est censé avoir la maitrise totale de la mécanique. Pour être prêt à la fin ou à mi- mandant au rendez-vous de cette rédevabilité, ou en d’autres termes à rendre compte de ce qui a oui ou non marché, il est libre d’opérer des choix pour s’entourer de celles et ceux qu’il jugera comme de futurs meilleurs collaborateurs, même s’ils ne correspondent pas aux désidérata collectifs ! Les lois du pays lui en donnent l’autorité et le plein loisir ! Dans cet exercice de choix de meilleurs collaborateurs auquel tous les gestionnaires d’une parcelle de responsabilité dans le secteur public ou privé, ont été confrontés à un moment donné de leurs carrières, la sélection parait plus difficile et compliquée, que ne l’imagine la sagesse populaire. La personnalité, l’intérêt collectif ou personnel, les susceptibilités sociales, les mesquineries, les agendas cachés, les contingences extérieures, sont autant d’éléments qui s’embrigadent dans cette bouillabaisse.

Dans le domaine de la politique, le choix est à opérer au sein de trois groupes :

(i) Le premier est constitué de personnes qui savent établir une vision à long terme sous forme de programmes/projets, amarrer l’équipe à cette vision, l’inspirer et coordonner ses actions. Ce groupe est appelé les Ministres. On ne leur demande pas, contrairement à ce que pensent beaucoup de guinéens, de présenter les diplômes d’Harvard, MIT, Cambridge ou Columbia. On leur demande tout simplement de savoir établir une vision et s’entourer des collaborateurs efficaces pour la traduire en des actions concrètes qui améliorent la vie des gens et de la cité. Ce Leadership qu’on exige du Ministre, est beaucoup plus lié à sa personnalité qu’à son diplôme. Le Ministre peut provenir même des bancs du Lycée et ce n’est nullement un problème s’il sait établir une vision et la piloter. Pour preuve, l’ancien président Sénégalais, Léopold Sédar Senghor, obtint très tôt son agrégation en grammaire Française. Pourtant, son homologue Guinèen Ahmed Sékou Touré, qui n’a même pas achevé l’enseignement primaire pour avoir été renvoyé de l’école, avait un leadership fort reconnu sur l’échiquier international notamment dans le monde Arabe, où il fut à maintes reprises sollicité médiateur dans la résolution de plusieurs conflits. Sa personnalité pour adresser les problèmes du Congo, Mozambique, Guinée Bissau, Iran-Irak, le Polisario, des Non-alignés, n’a jamais été égalée à celle de Senghor l’agrégé^, et de Mungabé avec ses 7 diplômes.

(ii)- Le deuxième groupe est constitué de ceux qui sont chargés de traduire la vision établie par le Ministre, en des activités opérationnelles productrices de résultats qui améliorent la vie du citoyen et la cité. Ce sont des cadres qui occupent des postes dits techniques dans l’administration. Pour eux, on a le droit de se plaindre s’ils n’ont pas été choisis sur les critères de technicités, ou s’ils ne proviennent pas d’Harvard, MIT, Cambridge, Columbia,… ou d’ailleurs, car la réussite de la vision établie par le Ministre, dépend du niveau technique et de l’intégrité dont ils sont dépositaires. Dans la ligne de réflexion d’André Siegfried, si quelqu’un doit créer la polémique à propos du choix d’un cadre à un poste de responsabilité dans l’administration publique, c’est à ce niveau qu’il faut en créer.

(iii)- Le troisième groupe dans lequel le choix peut porter, est constitué de types plutôt lourdauds, prêts à exécuter les instructions avec un minimum de réflexions. On ne leur demande pas de présenter un diplôme d’Harvard ou MIT. On leurs demande tout simplement de travailler selon les procédures, et faire à temps ce qu’on leurs dit pour que les résultats soient atteints !

En conclusion, le guinéen doit se départir du culte de personnalité lié au départ de certains Ministres et aller de l’avant avec celles et ceux qui viennent d’être promus. Les sortants ont été auparavant appelés au gouvernement par le Président de la République, sans aucune pression, sur les critères qui sont à sa seule discrétion. Après deux  à cinq ans de collaboration, lui seul peut évaluer leurs contributions à l’atteinte des objectifs de son programme de développement.

A propos des critères de choix d’un cadre à un poste technique et de Ministre, André Siegfried qui fût élu à l’académie des sciences morales et politiques en France, Premier président de la Fondation française des sciences politiques, Professeur de hautes écoles de sociologie, après avoir longtemps réfléchi sur la question, a conclu en celle-ci : ˂ L’administration est affaire de Technique, le Gouvernement est affaire de personnalité !>

Dr Kissi Keita. Médecin Diplômé en Politique et le Management Stratégique des Systèmes de Santé. Tel : 622434671

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