Le 28 Septembre 2009, les leaders des « Forces Vives », (partis politiques et société civile réunis), ont appelé les populations de la capitale Conakry à un rassemblement pacifique de protestation, contre la candidature à l’élection présidentielle prochaine du Capitaine Moussa Dadis Camara, Président du Comité Militaire pour la Démocratie et le Développement (C.N.D.D.), la Junte au pouvoir. Celles-ci répondirent en masse. Dès dix heures, le stade déjà archicomble attendait l’arrivée des leaders. A peine ceux-ci arrive sur les lieux, les militaires bloquent toutes les issues et tirent avec des armes de guerre sauvagement sur la foule. Ce fut un carnage d’une bestialité et d’une horreur dépassant tout ce qui est imaginable. Avec en prime, des viols publics de femmes en plein jour.

Du jamais vu dans les annales de l’Histoire. « L’état Sauvage » comme l’avait si bien dit l’hebdomadaire Jeune Afrique en son temps. Bilan, cent cinquante-sept (157) morts, près d’une centaine de disparus, des centaines de blessés, une centaine de femmes violées, selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies. Bilan, on s’en doute bien plus lourd ; puisque des rescapés racontent que des véhicules de l’armée ainsi que des véhicules civils réquisitionnés pour les besoins de la cause ont transporté et jeté des dizaines de cadavres à la mer et dans des fosses communes non encore identifiées. Il s’en suivit un tollé unanime de réprobations, de protestations et de condamnations, aussi bien en Guinée que dans le reste du monde. L’Organisation des Nations Unies (O.N.U.) n’hésita pas à qualifier ces actes de “crime contre l’humanité”. Et exigea une enquête et la comparution des commanditaires et des auteurs devant un procès à l’issue duquel les coupables seront condamnés à la hauteur de leur forfaiture. Par la justice guinéenne, et en cas de défaillance de celle-ci, par la une justice Internationale. Mais voilà que, huit années, huit longues et interminables années après, ces douloureux, barbares tragiques et horribles évènements, aucun jugement n’est fait. Les morts et les disparus n’ont encore pas eu une sépulture.

Huit longues et interminables années que les blessés et les femmes violées n’ont pas eu droit à la vérité, à la justice et à la réhabilitation. Huit longues et interminables années que tout le peuple de Guinée qui est “partie prenante” à la douleur et au drame de ces évènements attend la vérité et la justice exemplaire pour “QUE PLUS JAMAIS CA”. Cette lenteur inexplicable, pour ne pas dire, a tout le moins, cette volonté d’éluder le procès, “pose problème”. Et devrait interpeller tous les guinéens épris de JUSTICE. En tout cas, personnellement cette lenteur m’interpelle et m’amène à me poser intérieurement, pas une, mais des questions. Questions que vous me permettrez de ne plus garder pour moi-seul et que par conséquent, je livre au public. En voici un échantillon:

1. Y’aurait-il au sein du pouvoir en place une ou des personnes que ces évènements dérangent ou inquiètent. Dérangent ou inquiètent au point qu’elle ou elles n’aient pas intérêt à voir la manifestation de la vérité?
2. Pourquoi dans cette enquête assiste-t-on à la politique de “deux poids deux mesures? C’est-à-dire pourquoi, de tous les inculpés, seul Aboubacar Sidiki Diakité dit “Toumba” est en détention? Alors que les autres, TOUS les autres sont en liberté et vaquent tranquillement à leurs affaires?
3. Mieux ou plus grave, c’est selon, pourquoi certains des inculpes occupent de hautes fonctions au sein de l’Etat, jusques et y compris dans le Gouvernement? Je veux parler des Colonels Tieboro Camara et Claude Pivi pour ne citer que de ces deux cas les plus en vue?
4. Pourquoi les leaders des “Forces Vives ”à la demande desquels le rassemblement a eu lieu font-ils profil-bas dans la lutte en vue d’obtenir le procès?
5. Serait-ce parce que trois parmi les principaux leaders des “Forces Vives”, à savoir feu Jean Marie Doré, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, ont reçu, en catimini chacun deux milliards de francs guinéens en guise de dédommagement personnel? Sans le moindre centime pour ne serait-ce qu’un seul des parents des morts ou des disparus. Sans le moindre centime pour un des blessés ou une des femmes violées qui vont vivre le restant de leurs jours avec les séquelles indélébiles de leurs traumatismes.
6. Est-ce à dire que pour les leaders seuls, leurs intérêts personnels comptent? Et que par conséquent les militants ne sont que de la chaire à canons à sacrifier à l’autel de leurs ambitions? Auquel triste cas ce serait une catastrophe déplorable, voire une réelle malédiction pour la Guinée toute entière d’avoir de tels dirigeants.
7. Une dernière question, mais certainement pas la moindre. Pourquoi Mr. Alpha Condé, le Président de la République depuis 2010 qui se trouve en même temps être l’un des leaders majeurs des “Forces Vives” ayant appelé à manifester le 28 Septembre 2009, lui dont c’est de notoriété publique qu’il s’est mis toutes les institutions sous sa “Botte”, n’a jusqu’à présent pas levé ne serait-ce que le petit doigt pour que ce procès ait lieu?
8. Mieux ou pire c’est encore selon, pourquoi a-t-il dit que certains des inculpés étaient innocents? Alors que seule la justice est habilitée à dire qui est innocent, qui est coupable.

Toutes ces questions et bien d’autres ne doivent cesser de tarauder les esprits des Guinéens épris de justice et de les interpeller pour qu’ils se lèvent et prennent enfin en main leur destin. A mon sens, elles posent en fait le vrai problème du devenir de la Guinée. Elles le posent dans sa plénitude et son essence. Elles posent ce problème justement dans sa face tragique, sa face hideuse que beaucoup de Guinéens répugnent à regarder courageusement en face afin de la combattre et de la juguler. Dans la réalité de faits, le procès du 28 Septembre 2009 est laissé à la seule charge des rescapés, des parents des morts et disparus et de quelques organisations des droits de l’homme. Tout comme du reste les pendaisons du 25 Janvier 1971. Alors que ces deux évènements et ces des deux dates devraient être l’affaire personnelle de tous les guinéens. L’affaire personnelle de chaque Guinéen en particulier, sans aucune exception. Et ces deux dates, quoique sombres et horribles devraient être plus que toutes les autres marquantes et symboliques. Et de ce fait requérir de notre part plus d’attention pour ne pas tomber lentement, mais inexorablement dans l’indifférence générale et dans l’oubli.

C’est pourquoi, il est nécessaire, il est urgent et même vital que nous guinéens ayons face à ces deux évènement un sursaut collectif exigeant solennellement et impérativement des autorités guinéennes: 1. La tenue dans les plus brefs délais du procès des tragiques évènements du 28 Septembre 2009. 2. La commémoration nationale du 25 Janvier 1971 comme journée de mémoire et deuil avec la même solennité et le même éclat que le 2 Octobre 1958, date de l’Indépendance nationale. Alors, et seulement alors la Guinée cessera d’être le cas excentrique, la bizarrerie, la “planète à part”, telle qu’elle est perçue à ce jour, pour retrouver respect et crédibilité au sein de la communauté internationale. C’est à dire redevenir une nation normale, au même titre que ses homologues du reste de la terre.

El Hadj Mamadou Kolon Diallo, Instituteur à la retraite

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