Le président de Goha a exprimé son mécontentement lors d’un entretien accordé à notre reporter sur les accords du 12 octobre 2016. Cherif Abdal a averti les hommes politiques,  en leur disant de mettre les intérêts des opérateurs économiques devant, lors des négociations tripartites. Sinon aucun opérateur économique ne soutiendra ni ne votera pour eux. Lisez.     

On sait que dans les accords du 12 octobre 2016, il était prévu deux fonds: un premier fonds  pour ceux qui sont décédés et un autre, pour  ceux qui ont perdu des biens.  Quelle lecture faites-vous de l’application de cet accord issu dialogue inter-guinéen. Est-ce que vous êtes satisfait?

J’avoue que je suis très déçu par rapport à ce qui se passe. Nous ne pouvons pas imaginer que des responsables peuvent s’assoir et discuter sur quelque chose, après beaucoup de problèmes, des manifestions et de tiraillement, après beaucoup de frustrations, que des responsables de ce pays s’assoient, s’entendent sur quelque chose, on met sur papier avec des engagements devant l’opinion nationale et internationale sans associer le GOHA.

Je peux dire dans quelques jours, ça va faire un an. Rien n’est fait parce que les commerçants victimes de pillages ne sont pas dédommagés. Moi, en tant qu’acteur, défenseur de ces opérateurs économiques, nous avons identifié toutes les victimes de pillages et qui ont revendiqué à ce que les victimes soient dédommagées. Nous ne sommes pas associés dans cette négociation, ou si vous voulez,  leurs plateformes de dialogue, leurs rencontres. Donc pour nous, il n’y a pas la transparence dans ce qu’ils font.

Il y a une liste d’indemnisation des victimes qui a été faite. Est-ce que vous avez été associé à l’élaboration de cette liste ?

Je vous garantis que personne ne peut le faire en Guinée à part le GOHA parce que c’est le GOHA qui a fait le travail. On ne peut pas recenser les victimes deux ans ou trois ans après. Vous-mêmes vous avez constaté que les victimes de pillage et même le collectif des commerçants victimes de pillage, ont adressé une lettre que le ministre lui-même agrée en fin 2016 début 2017,  aux administrateurs du marché. Donc, on ne peut pas recenser les victimes de 2013 parce que c’est précis dans sa lettre en 2017 quand même si on veut faire les choses de façon transparente, clair et net.

Le GOHA a identifié toutes les victimes de pillages et ce n’est pas une première fois. Depuis 2007, tous ceux qui ont été victimes lorsque le syndicat avait déclenché leur mouvement de grève, c’est le GOHA qui avait recensé tout le monde. Nous avions à l’époque 418 victimes de violences avec près 25 milliards de pertes. Après, il y a eu les victimes de 2009. Là, nous avons 162 cas de victimes de pillages après les évènements au stade de 28 septembre, il n’y a pas seulement eu de tueries et de viols qui  se sont passés au stade. Il y a eu de pillages ce jour-là.

Très malheureusement, toutes les victimes étaient victimes des bérets rouges et les 100% des victimes étaient des commerçants. Les gens qui devaient nous protéger, nous donner la sécurité, garantir tout ce qui s’en suit, viennent piller nos biens, et violer nos droits. Je crois que c’est très grave. Ensuite,  il y a eu les victimes de 2012. Il y a même une radio qui faisait partie, c’est la radio Sabari.fm. Ça c’est fin 2012 et début 2013, c’est pourquoi  la liste de 2012 et 2013, nous avons cumulé ça ensemble parce que les victimes de 2016 étaient aux nombres de 21 cas.

Nous, lors du recensement des victimes, on ne se focalise pas seulement sur les commerçants. C’est tous ceux qui sont dans la situation économique sans exception. C’est tout le monde qu’il soit militant de l’UFDG ou RPG, ou militant d’autres partis politiques. Il y a eu un moment où des gens  ont dit que nous avons seulement recensé des victimes d’une communauté, cela est faux, allez-y vérifier.

Un autre exemple, c’est le cas de 2007. Il y avait des militaires et des policiers qui étaient victimes de pillages. Donc toux ceux-ci se retrouvent dans la liste de 2007. Et puis en 2012, il y avait une dame policière qui faisait partie des victimes de pillages et la radio Sabari.fm. La radio Sabari parce nous considérons que les médias peuvent être membres de notre organisation, en tant qu’organisation de promotion et de défense de droits des opérateurs économiques. Les médias aussi, c’est des entreprises lucratives. Les médias font des activités et gagnent de l’argent, payent des impôts et tout ce qui s’en suit. Donc, par conséquent, les médias doivent être membre de notre organisation.

On n’adhère pas en tant que membre, mais si on est victime de quoi que ce soit, l’organisation est là pour ça. Donc en 2012 et en 2013, nous avons 442 victimes de pillages près de 50 milliards de pertes, parce qu’il y a un commerçant victime de pillage qui n’a pas fini de faire son compte.

Au mois de juillet dernier, nous avons vu au petit écran de la RTG une délégation composée des ministères du Commerce et de l’Administration du territoire  était venue pour  rencontrer  le GOHA pour recenser les victimes. Est-ce que cela a été fait?

Non pas du tout ! Si cela est passé à la télé avec des commentaires, je dirais que c’est du montage, je suis le président du GOHA, par conséquent, je suis le premier responsable de cette organisation. Je n’ai jamais reçu une délégation du ministère du Commerce ou de l’Administration du territoire en ce qui concerne les pillages.

Vous n’avez pas de contact avec le comité de suivi de l’accord de 12 Octobre ?

Non ! Je peux vous garantir qu’ils ne peuvent pas évoluer si ce n’est pas avec le GOHA. C’est clair. Heureusement, tous ceux que nous avons recensés, nous avons travaillé avec  la presse. Pendant ce mouvement,  nous faisions deux points de presse par semaine.  Vous savez notre pays regorge de démagogues. En ce moment, beaucoup de personnes disaient que nous sommes en train de défendre les opérateurs économiques et par conséquent, nous sommes opposés au pouvoir. Mais à travers les messages, on leur disait que nous sommes simplement opposés à l’injustice et à l’arbitraire.

Et je dis qu’on ne peut pas parler d’accord sans parler des victimes de pillages sinon c’est un faux problème. Tous les commerçants qui ont été victimes de pillage suite à des évènements politiques, seront remboursés. On ne peut pas s’assoir là-bas et parler d’élection comme si ce sont les élections que les commerçants mettent dans leurs marmites. Finalement, on s’en fout des élections. On veut que les commerçants soient dédommagés. Et celui qui nous parle des élections seulement, il nous verra en face.

Le fait que le dédommagement des commerçants n’est pas pris au sérieux. Cela ne risque-t-il pas de créer un sentiment de déception chez les commerçants vis-à-vis de l’UFDG?

C’est pourquoi, nous avons dit qu’on ne peut pas dissocier justement ce pillage avec ces évènements  ou les revendications que les politiques font. C’est pourquoi, nous avons dit et nous avons exigé à l’ensemble de la classe politique de mettre le dossier là en première position.

Et puisque cela n’est pas fait ?

Cela est fait parce que j’ai remarqué même le discours des leaders lors de leur dernier mouvement puisque nous avons exigé cela. Tous les leaders sont en train d’en parler. Je demande à tous les commerçants de suivre tous les leaders. Celui qui ne parle pas de vos dédommagements,  ne votez pas pour lui, ne le soutenez pas. Celui qui vous défend, défendez-le.

Est-ce qu’en évoluant comme ça en solo sans contact avec l’Etat, ce n’est pas peine perdue ?

Ça ne sera jamais peine perdue.

Que comptez-vous faire ?

Nous sommes électeurs et ils sont élus ou soit disant élus. Nous sommes en démocratie. D’un moment à l’autre, on aura quelqu’un de sérieux qui aura besoin de nous et que nous allons soutenir, même s’il faut politiquement. J’ai dit que les commerçants seront dédommagés que ce soit avec ce gouvernement ou un autre, ils seront dédommagés.

Par rapport à ce que nous voulons faire, je vais vous dire, tous les commerçants sont prêts pour fermer tous les marchés pendant un minimum d’un mois. Tous les marchés du pays y compris les marchés hebdomadaires et personne ne peut les obliger d’ouvrir. En ce moment les commerçants seront entendus. Je vais vous garantir ceci, tous ceux qui tournent auprès des autorités pour dire qu’ils sont capables de faire ceci et cela, c’est de la démagogie. Ils n’ont absolument rien sur le terrain. Les commerçants ne les écoutent mêmes pas. Nous avons organisé ici devant vous, une journée nationale sans commerce et l’ensemble des marchés du pays étaient nettement verrouillés.

Mais le lendemain, on a entendu une déclaration d’un autre groupe d’hommes d’affaires qui ne vous reconnait pas

Qu’on nous reconnait pas mais c’est trop facile, dire ça et la réalité du terrain c’est toute une autre chose. Il y a toujours de démagogues qui essayent de contredire ceci et cela. Quand ils ont l’argent, pour nous, c’est un non évènement. Nous, nous avons travaillé pour l’intérêt des opérateurs économiques. Depuis 14 ans,  le GOHA est sur le terrain. Demandez aux opérateurs économiques si une fois le président de GOHA ou un membre du bureau exécutif a demandé à un opérateur économique quoique ce soit pour fonctionner. Jamais, je le dis devant les médias, et je défie tous les opérateurs économiques du pays. Il y a personne pour me contredire. Donc nous ne sommes pas dans la démagogie. Nous faisons un travail sincère pour l’intérêt des opérateurs économiques, nationaux et étrangers.

C’est pourquoi notre organisation est crédible, c’est pourquoi toutes les ambassades respectent notre organisation. Toutes les institutions internationales respectent notre organisation. C’est pourquoi, nous sommes respectés dans le monde entier, c’est pourquoi les ambassades qui ne sont pas en Guinée qui sont accréditées dans les pays africains contactent le GOHA, m’invitent un peu partout en Afrique pour me mettre en rapport avec les opérateurs économiques de leurs pays. La crédibilité là, on l’a méritée, on ne peut pas l’acheter. Il faut que cela soit clair pour les autorités de notre pays, pour l’ensemble des autorités de notre pays.

Aujourd’hui, nous écoutons le chef de file de l’opposition qui parle des accords politiques, qui parle de l’indemnisation. Est-ce que vous n’avez pas peur d’être taxé de l’opposition ?

Moi, je m’en fous qu’on me taxe de l’opposition ou pas, nous sommes en démocratie. Si je devais être candidat pour être président de la république, je vais le faire. Trump est un homme d’affaires. Le président de la Gambie est un homme d’affaires, le président de l’Ukraine est un homme d’affaires, le président de la Guinée Bissau est un homme d’affaires. En Guinée, il faut être un chômeur et s’assoir sous le manguier pour boire du thé ou du café pour être politicien ? Il faut avoir des activités économiques et des initiatives pour faire de la politique. Si je veux m’engager, je m’engage. Je n’ai pas peur qu’on me dise que je suis le jeune frère de Cellou Dalein Diallo ou son grand frère ou je le soutiens. Je m’en fous si je veux soutenir Cellou Dalein, je le soutiendrai jusqu’au bout. Si je veux soutenir Alpha Condé, je le soutiendrai jusqu’au bout. Personne ne peut m’influencer ou m’intimider en République de Guinée. Je demande à tous les opérateurs économiques de soutenir qui, ils veulent, de ne pas avoir peur et de ne pas reculer. Nous sommes en démocratie et on l’exerce.

Vous avez dit lors d’une interview que les commerçants sont victimes d’arnaque au niveau de nos frontières. Vous-mêmes, vous avez été  victimes, est-ce que cela continue jusqu’à présent ?

Cela continue jusqu’à présent. Nous déplorons. Quand vous allez au niveau de nos frontières, vous voyez des citoyens guinéens arrivés avec les cartes d’identité nationale, on leur dit de payer cinq mille, ou dix mille, sinon tu ne rentres pas chez toi. C’est extraordinaire. C’est comme si tu trouvais quelqu’un devant ta maison. Il te dit carte d’identité, si tu ne présentes pas, il te dit bon !  Tu ne rentres pas dans ta maison si tu ne payes pas. Qui va accepter ça? Tu ne rentres pas chez toi si tu ne payes pas de l’argent ? Cela est vérifiable dans toutes les frontières de la Guinée.

Lorsqu’il y a eu le problème d’Ebola, nous sommes allés pour déposer des kits sanitaires. Toutes frontières du pays étaient fermées. Partout où tu dis que tu es Guinéen, on ne veut pas te sentir, on te fuit, même dans un avion quand tu dis à quelqu’un que tu es Guinéen pendant la période d’Ebola, tout de suite, il regrette d’avoir emprunté le même avion que toi. Les gens mourraient de gauche à droite. Les étrangers ne venaient pas. Il fallait que notre organisation se lève pour faire un travail sérieux.

Nous avons contribué nous-mêmes. Nous avons déposé des kits sanitaires dans beaucoup d’endroits, dans les  marchés et des mosquées et nous avons lancé un appel aux institutions internationales et nationales. L’UNICEF  a répondu favorablement en nous donnant des matériels. C’est dans ce cadre-là que nous avons décidé de déposer des kits sanitaires au long de nos frontières. Lorsque nous sommes arrivés à Koundara, un des responsables de la douane dit que nous ne déposerons pas les kits. J’ai dit non ! Non ! Ce n’est pas vrai, on va faire notre travail, personne ne va nous empêcher. Nous sommes revenus à Conakry. J’ai rencontré l’ambassadeur du Sénégal, je lui ai dit qu’il y a beaucoup de camions sur les deux côtés de la frontière.

Vous savez quand la Frontière du Sénégal est fermée, c’est la Gambie qui est fermée, même si les gens ne rentraient pas au Sénégal mais il faut traverser le Sénégal pour arriver en Gambie. Il y avait une centaine de camions qui étaient garés aux côtés de la Gambie, des centaines aux côté de la Guinée. Je lui ai dit que je voudrais écrire au Président Macky Sall pour demander une doléance parce qu’il y a un transbordement au niveau de la frontière. Même si les personnes ne passent pas mais qu’on laisse les marchandises passer. Parce qu’entre commerçants, on peut communiquer, pour trouver la solution économique en attendant qu’Ebola finisse.

J’ai écrit les lettres. Lorsque les lettres sont arrivées au Président Macky Sall, il a libéré la frontière. Nous le félicitons et nous le remercions pour ce respect et pour cette considération. On ne va jamais oublier ça. Ainsi 45 camions remorques sont rentrés, et nous avons déclaré officiellement, la douane a voulu démentir. Mais puisqu’on ne peut pas mettre 12 Camions dans la poche, on ne pouvait pas nier.

Entretien réalisé par Alpha Amadou Diallo       

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