Antonio Souaré

De sa vidéo de Yorokoguiya où il affirme clairement qu’il avait la possibilité de faire écrire autrement le rapport d’audit,  les proches du grand manitou de la Fédération guinéenne de football, jouent indéniablement avec notre capacité de discernement.

Salifou Super V, Blasco et Morton sont, comme tout gestionnaire, soumis à la règle de reddition de comptes. C’est le principe et aucune entourloupe ne devrait les soustraire à cette exigence. Seulement, il n’est ni superflu, ni dénué de sens de se poser des questions sur le sens d’un « rapport d’audit » qui, aussi bien pour son commanditaire que pour ses ouailles, ouvre la porte à un autodafé en règle. Les failles de ce rapport sont légion ;  nous l’avons dit et démontré dans nos précédents articles mais rappelons-en quelques-unes.

1-L’auditeur très proche du président de la Féguifoot a été recruté sans appel d’offres ; sans tenir compte des statuts de la Féguifoot qui indiquent que c’est de la compétence de l’Assemblée générale de ‘‘désigner les auditeurs indépendants sur proposition du Comité Exécutif’’. Pire, l’auditeur lui-même dénonce dans son propre rapport la procédure de gré à gré… qui a prévalu pour son propre choix. L’arroseur arrosé.

2-Le président de la Féguifoot a payé de sa poche – et non des caisses de l’institution – les audits qui, in fine, incriminent un adversaire. Ceci expliquant en partie ses propos de Yorokoguiya : ‘‘j’aurais vu les auditeurs, ils auraient écrit autrement’’ (Sic).

3-Les audités n’ont pas été auditionnés, et pour cacher ce manquement à la règle, on colle obstinément au mot audit, le mot ‘‘opérationnel’’. Il semble que dans ce genre d’audit, obligation n’est pas faite aux auditeurs d’écouter les audités. C’est l’arbre qui veut cacher la forêt de la transparence et de l’impartialité. Qu’est-ce que ça coûtait à Monsieur Mory Cissé, du haut de sa grande compétence, d’entendre ceux qui sont mis en cause dans son rapport pour recouper les informations ?

En un mot ou en mille, ce rapport d’audit n’est pas plus utile qu’une serviette des vestiaires douteux du stade du 28 septembre. Raison pour laquelle nous sommes allés au-delà, en posant la question fondamentale sur l’utilisation des 834 800 euros de MTN.

Salifou Super V explique dans sa lettre qu’il dit avoir envoyée à Antonio Souaré, explique qu’ « après avoir déposé la lettre de garantie, du Premier ministre au siège de la CAF au Caire pour notre candidature à l’organisation de la CAN, un comité préparatoire de la candidature a été désigné par le Premier ministre Mohamed Saïd Fofana, avec à sa tête un Ministre d’Etat encore en fonction, le ministre en charge des Sports 1er vice-président et d’autres ministres et les représentants de tous les départements concernés ».

Nous savons aujourd’hui qu’outre l’ex PM Mohamed Saïd Fofana, les ministres en questions sont Ousmane Bah, à l’époque ministre d’Etat chargé des travaux publics, Oyé Guilavogui, à l’époque ministre des télécoms et Bantama Sow, à l’époque ministre des Sports, un poste qu’il vient d’ailleurs de récupérer.

Selon l’ancien président de la Féguifoot, « toutes les décisions se prenaient au niveau de ce comité élargi, dont le choix du cabinet spécialisé pour le montage des dossiers de candidature sur trois propositions reçues. Le département des Sports représentant l’Etat, qui avait la charge d’acquitter les honoraires n’ayant pas prévu ce chapitre sur sa ligne budgétaire a été autorisé en conseil interministériel de trouver des sponsors, épaulés par certains autres collègues du gouvernement. Ils sont encore tous en fonction. Ce sont eux qui se sont battus dans un délai record avec efficacité et patriotisme pour entreprendre plusieurs sociétés privées, jusqu’à obtenir l’accord formel de MTN. Le DG de l’entreprise a été introduit au Premier ministre par les ministres concernés, le 4 décembre 2013, qui a fait la demande de soutien au nom du gouvernement ».

Il précise que « la procédure retenue a été que le département de tutelle de MTN aussi fasse la demande écrite au bénéfice du département des Sports. L’entreprise ayant déclaré qu’elle ne pouvait pas officiellement sponsoriser l’Etat, la Fédération guinéenne a été utilisée pour recevoir les fonds et les reverser immédiatement au cabinet d’experts, naturellement, sous le contrôle du comité préparatoire à la candidature ».

SuperV conclut que le « dossier a été déposé dans un délai réduit de 3 mois au lieu de 6 à la CAF. Les experts ont présenté le dossier en septembre 2014, à Addis-Abeba et l’ont défendu avec professionnalisme devant le comité exécutif de la Confédération Africaine de Football en présence de 4 ministres guinéens. Ce qui nous a permis d’être retenu pour l’organisation de la CAN 2023 ».

Il est évident que dans cette lettre l’ancien président de la Fédération Guinéenne de Football ne montre aucune trace de paiement de l’argent aux ‘‘experts’’ ; n’indique pas leur(s) nom(s) ou le(s) nom(s) de leur(s) entreprise(s).

Nous n’avons non plus pas eu de réponses à ces questions quand nous les lui avons posées. La seule preuve de payement semble être ‘‘le travail fait’’ : La Guinée organise la CAN 2023.

A la recherche des réponses aux questions posées haut, nous sollicitons les membres du Comité préparatoire de la Candidature de la Guinée. L’ancien ministre, Bah Ousmane, ne veut ‘‘pas en parler’’. Bantama Sow, actuel ministre des Sports, de la Culture et du Patrimoine historique, ne décroche plus nos appels depuis que nous nous sommes présentés à lui. Le ministre Oyé Guilavogui ne réagit non plus à nos appels. Est-ce que cette fuite en avant de 3 hauts responsables signifie que de nos jours, il vaut mieux avoir Antonio avec soi que contre soi ? Certains esprits malins pourraient le penser…

Alors, de guerre lasse, nous nous tournons vers Mme Domani Doré, ministre des Sports au moment où la Guinée a présenté son projet à la CAF. « Lorsque nous nous associons (avec la Féguifoot, NDLR) pour travailler, c’est sur la base du respect des attributions. Je n’étais liée à une gestion quelconque de la fédération », nous dit-elle avant de lancer non sans énervement : « Demandez à Bantama (actuel ministre des Sports, NDLR) qui était en charge… au moment où MTN a donné le montant. Bantama était signataire. C’est le ministre Bantama qui était en charge de cette période où ils ont signé un contrat, je ne sais pas, ils ont fait des transferts de fonds, je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que vous aurez les bonnes réponses avec le ministre Bantama et le président de la Fédération de l’époque, M. Salifou. En ce qui me concerne, à la transmission du dossier à ma passation, le dossier qu’on m’a remis, concernait la documentation nécessaire à la présentation du dossier à la CAF. Je ne pourrais pas vous donner d’amples informations, concernant l’utilisation de ce montant. Il avait déjà été certainement viré. Ce qui m’inquiétait, ce n’était pas l’argent. C’était qu’est-ce que la Guinée devenait si on tenait l’organisation de cette compétition. Je ne peux pas m’étendre sur le sujet, c’est un peu difficile pour moi. »

Cette documentation qui vous a été remise, quelle était sa source, est-ce qu’elle a été faite par des personnes externes à la Fédération guinéenne de football ou c’est la Fédération elle-même qui l’avait signée ? La réponse : « La Fédération avait engagé une équipe pour travailler. Mais au nom de la Fédération, pas au nom de leur structure. A ma connaissance, si je ne me trompe pas… »

Elle se souvient que le jour de la présentation du dossier de la Guinée : « La Fédération avait une équipe, où j’avais vu des Blancs, au nom de la Fédération. Maintenant si c’est des prestataires, c’est eux qui peuvent l’attester… »

Une véritable nébuleuse, cette affaire !

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

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