La semaine écoulée n’a été du repos pour la presse privée guinéenne. en Effet, la semaine dernière n’a pas été facile pour les médias guinéens. D’abord, la garde à vue d’un patron de presse pour diffusion de fausses nouvelles ( folle rumeur sur la mort du chef de l’Etat), ensuite l’agression physique d’une dizaine de journalistes dans les locaux de la gendarmerie PM3 de Matam par des forces de l’ordre, le « dernier avertissement » adressé à la chaîne Evasion pour outrage à la pudeur et puis, bien sûr, la suspension d’Espace FM dans la décision numéro 10 de la HAC.

Faut-il alors s’inquiéter de la liberté de la presse après cette semaine cauchemardesque pour la presse privée ?

Le contexte politique actuel de notre pays où ( des élections communales plusieurs fois reportées, s’approchent enfin, et surtout le fait qu’on prête à tort ou à raison au président de la république de vouloir briguer un nouveau mandat à la tête du pays n’arrangent pas les choses et laisse un climat de suspicision général au sein de l’opinion quant aux agissements concernant la presse, surtout privée.

Ainsi, Ces décisions concernant la presse peuvent être interprétée comme une tentative de musellement, de faire taire les médias rebelles en vue de la préparation et de l’exécution d’un plan encore inavoué. Il faut d’ailleurs condamner à ce propos, les violences dont les journalistes ont fait l’objet au PM3. Ces comportements, ces bavures policières mettent à mal les acquis récents de notre pays en terme d’efforts des médias guinéens pour une presse libre et indépendante, des efforts qui font de la presse guinéenne aujourd’hui l’une des plus respectées de la sous regions.

Si l’absence de censure ne veut pas dire liberté de la presse, la liberté de presse n’existe pas dès que les journalistes peuvent être exposés à des poursuites arbitraires.

Au tertme de la loi Organique L02 du 22 juin 2010 portant liberté de la pressse en Guinée, dans son article 1er, elle stipule que « la presse est libre », ce qui veut clairement dire que les médias ne doivent faire l’objet ni de contrainte, ni de censure dans l’exicercice de leur métier d’information de la population, et que toute restriction ne doit se faire que dans le cadre de la « loi pour la sauvegarde de l’ordre public et des exigences de l’unité nationale » indique le dernier aliéna de cet article.

Ceci étant, la même loi donne autorité à la HAC pour encadrer et de veiller au » respect de l’éthique et de la déontologie » en cas de manquement à ces règles, l’article 40 prévoit des mesures pouvant être décidées par l’organe regulateur qui vont de l’avertissement au retrait définitif. C’est ça que dit la loi, qu’en est -il alors des agissements de la HAC?

Une présidente contestée

La relation entre la haute autorité de la communication et la presse privée n’ont jamais été cordiales, en cause, la gestion de cette institution par sa présidente qui, aux yeux de certains, caporalise l’institution et qui supporte mal les critiques à l’encontre du pouvoir dont elle est par ailleurs issue. Cette situation a contribué à déteriorer de plus en plus les relations entre ces deux entités. Mais il faut tout de même souligner que les décisions sont collégiales au sein de l’institution qui plus est, les proféssionels des médias sont représentés au sein de l’institution.

Une presse qui doit accepter de faire son auto-critique

S’il faut saluer le travail, le courage des médias privés guinéens qui sont confrontés, l’on sait, à d’énormes difficultés d’ordre matériel, humain et financier, les moments de doute comme celui-ci doivent être l’occasion pour la profession de faire son autocritque, de se questionner sur sa méthode et de son rapport avec le travail, de s’interroger sur son logiciel de communication. Ces remises en question permettront de lever le voile sur certains manquement,certains dérapages qui peuvent non seulement nuire à la proféssion mais aussi à l’unité du pays.

Si la presse privée guinéenne est dynamique, elle est aussi perfectible. Si elle est plurielle aujourd’hui, elle peut être source de dérapage, si elle a en son sein des groupes sérieux dans le traitement de l’information, elle en a aussi certains qui sur le coup de l’immediatété ne cherchent pas à vérifier et recouper les informations. Elle doit tenir compte des enjeux du moments pour s’adapter et s’améliorer, cela passe également par la réfinition de son rapport avec son organe regulateur.

une relation avec la HAC à construire

La presse et la HAC sont comme le policier routier et l’usager. Le police veille pour qu’il n’y ait pas de comportements nuisible à la circulation qui peut impacter tous les usagers, et l’usager est libre de son mouvement mais doit avoir un comportement adéquat pour éviter les amendes de la police.

Le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de créer les bases d’une relation de confiance basée sur le respect des principes qui fondent l’existence de chacun. La HAC doit savoir que sans la presse, elle n’existe pas. Elle doit agir par la pédagogie et non par les ménaces, par le dialogue et non l’intimidation. La presse aussi doit savoir que la HAC existe pour elle et non contre elle, elle doit comprendre que si elle agit parfois, elle la protège contre certains éléments qui peuvent saper la profession. Sans cette compréhension et cette démarche, c’est la liberté de la presse qui prendra un coup.

Il faut à ce propos saluer la réaction très digne du groupe Hadafo média qui, au lieu de la surenchère, à préferer choisir la voie légale, celle de saisir les autorités compétentes pour contester la décision de leur suspension. Ils sont parfaitement dans les clous de l’article 41 de la loi sur la liberté de la presse.

C’est pour dire que des moments comme celui-ci, on en aura, c’est le propre de la démocratie, et il en faut plusieurs pour juger de la vitalité démocratique d’un pays.

Par Naïny BERETE, étudiant guinéen à l’université de Nantes

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