Le directeur de publication de L’Indépendant-Le Démocrate, Mamadou Dian Baldé a consacré sa chronique de ce  dimanche, à la loi de finances 2018, une loi  de finances qui provoque quelques grincements de dents chez les partenaires sociaux, comme la Fesabag. Cette chronique est servie tous les dimanches sur City fm, en avant-première de l’émission « A vous de convaincre ».   

Talibé Barry (journaliste City FM) : Mamadou Dian, pourquoi trouvez-vous cette loi de finances explosive ? 

Mamadou Dian Baldé : La loi de finances initiale de 2018 est passée comme une lettre à la poste devant nos honorables députés, qui l’ont adoptée à l’unanimité. Durant cette session de loi de finances qui a pris fin mardi, ce qui a surtout frappé les esprits, c’est cette modification du barème de la retenue sur les traitements, les salaires et les rentes viagères.

Ainsi la hausse de la RTS, qui sera à partir de janvier prochain, de l’ordre de 5% pour les salaires compris entre un et trois millions de FG, de 15% pour les salaires compris dans la fourchette de 5 à 10 millions, et de 20% pour ceux des travailleurs dont le revenu mensuel surpasse les 10 millions de FG, commence à provoquer des grincements de dents chez les partenaires sociaux. Et c’est le lieu de dire que la Fédération syndicale autonome des banques, assurances et micro finances (Fesabag) a vu rouge suite à l’adoption de cette loi de finances, qu’on pourrait qualifier d’explosive.

Cette fédération qui dispose d’un levier de pression redouté du gouvernement, fera sans doute des émules, à l’allure où vont les choses. Car la Fesabag, qui s’est fendue aussitôt d’une déclaration, promet d’user de tous les moyens légaux qui lui sont conférés par la loi, pour défendre les acquis des travailleurs.

Il risque donc d’y avoir de l’électricité dans l’air, Talibé.

Et comme par prémonition, au regard déjà de l’émoi exprimé par la FESABAG, vous annoncez une épreuve de force qui selon vous se dessine à l’horizon

Loin de moi l’idée de vouloir jouer les cassandres, mais je crains que cette augmentation de la RTS ne soit une nouvelle source de conflit entre le monde du travail et les pouvoirs publics. Il faut reconnaître qu’en cette période de vache maigre, la pilule sera dure à avaler pour les travailleurs guinéens, auxquels on exige un énième sacrifice. Pendant ce temps, le budget de la présidence de la République vient de connaître un rajout de 40 milliards de FG.

Cela est hallucinant, quand on sait que la présidence, dispose dorénavant d’une allocation annuelle de près de 400 milliards de FG, soit 40 fois le montant alloué au département de l’Élevage.

Disons que ce coup de semonce de la FESABAG est à prendre au sérieux, d’autant qu’on vient à peine de sortir d’une grève des enseignants, qui a duré près d’un mois, et qui a fait plusieurs victimes. Un mouvement de grève qui n’est que suspendu d’ailleurs, au prix d’un accord obtenu au forceps.

C’est dire que l’épée de Damoclès, du SLECG, est au-dessus de nos têtes, pendant les deux mois que les chefs religieux, qui étaient les médiateurs, se sont donnés pour résorber cette crise.

De ce pas, vous trouvez qu’il y a  des parlementaires « hors sol » qui allument le brasier? 

Oui pour bien des citoyens, compter aujourd’hui sur nos députés, c’est comme compter sur des planches pourries. Car, l’adoption de cette loi de finances 2018, qui comporte en son sein une augmentation de la RTS, pourrait davantage creuser le fossé entre les élus et les citoyens.

Nos parlementaires qui bénéficient eux, d’une rente de situation,  n’en ont cure de la dure réalité du quotidien de vie des populations. Effet,  avec des salaires mirobolants, nos députés vivent comme coque en patte. Dans un pays où, tenez-vous bien, le salaire minimum est de l’équivalent de 44 euros, en dessous de celui appliqué en Mauritanie, qui constitue pourtant l’un des plus bas du continent.

Donc je poursuis, les observateurs avertis ne sont guère surpris par l’attitude de nos parlementaires, qui valident sans sourciller tous les projets émanant du gouvernement. C’est un peu à l’image des parlements godillots, où l’idée de séparation des pouvoirs établis par la constitution a peu de valeur.

On a plutôt vu au sortir de cette session, des députés se satisfaire du fait d’avoir pour une fois adopté une loi de finances, qui prend les citoyens à la gorge, à l’unanimité. Affichant ainsi du mépris pour leurs électeurs, et voilà une façon d’allumer le brasier dans un contexte de crise latente.

Justement, on a vu que l’un de ces députés, notamment Aboubacar Sylla a émis un coup de gueule, que c’est étonnant que pouvoir et opposition adoptent donc tous cette loi de finances, et Aboubacar Sylla a créé la surprise ce week-end… 

Oui, l’UFC de Aboubacar Sylla a fini par larguer les amarres. Donc on s’était aperçu ces derniers temps que la cohabitation entre l’Ufdg et le parti du porte-parole de l’opposition, ressemblait plus au mariage de la carpe et du lapin.

C’est comme si le président Cellou Dalein Diallo et son entourage avaient Aboubacar Sylla dans le nez. Disons que les répliques des lieutenants du chef de file de l’opposition, au discours qui avait l’allure d’une autoflagellation de M. Sylla, qui avait émis à cette occasion, des réserves sur l’efficacité du leadership de l’OR, avaient été il semble mal perçues à l’Ufc.

Toutefois, Aboubacar Sylla et les siens étaient parvenus à ronger leur frein, et c’est ce qui avait permis  aux deux camps, d’éviter des passe d’armes et des offenses, disons inutiles.

Mais le divorce était déjà consommé.

L’Ufc quitte donc aujourd’hui le navire de l’opposition républicaine, pendant que les élections communales s’annoncent à grand pas.

Une décision prise à l’issue d’un conclave qui a réuni les structures du parti, durant un mois. Pour Aboubacar Sylla bien évidemment, qui renonce dans la foulée aux fonctions de porte-parole de l’opposition, l’opposition républicaine se résumerait désormais au seul parti, qu’est l’Ufdg. Dans l’entourage de Cellou Dalein Diallo, certains perçoivent ce retrait de l’Ufc comme un non-événement.

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