Commémoration des massacres d’août 1977 par le PDG (Association des victimes du camp Boiro)

Il y a 41 ans, durant le mois d’Août de 1977, plusieurs villes de la Guinée furent le théâtre de manifestions spontanées contre la vie chère et la misère économique imposées par le PDG. Ces manifestations entraînèrent une répression féroce qui se solda par la mort de plusieurs centaines de guinéens innocents, avec leurs cortèges d’arrestations arbitraires et de tortures.

En 1977, le régime de Sékou Touré avait régné pendant 20 ans par la répression et la misère. L’économie s’était délabrée. Les années 1975 avaient vu l’étatisation du commerce de détails. Ceci avait entraîné une famine généralisée. Au lieu de changer de cap face à cet échec, le régime de Sékou avait fait recours à la répression préventive, fabriquant des complots en chaîne pour neutraliser toute forme de résistance. Il érigea une police économique pour veiller à l’interdiction de toutes transactions commerciales en dehors des organes du parti. Cette police n’était rien d’autre qu’une armée de spoliation et d’exactions. La mainmise totale du parti sur l’économie offrit aux dirigeants des moyens d’enrichissement illicite. Les rares biens importés étaient détournés vers des marchés parallèles et dans d’un commerce illégal sans compétition. La misère régna sur les populations.

Face à une telle situation, le pays s’embrasa. Le mouvement de révolte commença à Nzérékoré en Juin, suite à des altercations entre la police économique et des marchandes. Deux mois plus tard, il gagna Conakry, Kindia, Fria, Boké.

A Conakry, les foules assiégèrent le palais présidentiel suite aux mêmes altercations avec des agents de la police économique.  Sékou Touré calma la situation temporairement en abolissant la police économique sur le champ. La foule dirigea sa colère sur les postes de police qui furent saccagés dans tout le pays. Les magasins d’état furent vidés par les populations affamées.

Le lendemain de la journée du 27 Août, Sékou organisa une conférence au palais du Peuple.  Il voulut faire porter la responsabilité de la misère qu’il avait créée à ses ennemis fictifs de la « cinquième colonne » avec ses slogans favoris. La foule ne suivit pas la manœuvre. Sékou Touré fut hué et poursuivi par des femmes en colère. Certaines furent abattues sur le champ. D’autres furent arrêtées. Malgré cela, certaines femmes attendirent aux alentours du palais du peuple avec l’espoir de le happer.

Dans la journée du 29 Août, les femmes organisèrent des manifestations. Elles portaient ostensiblement des foulards rouges au lieu des tenues blanches obligatoires des manifestations du parti. A l’approche du palais présidentiel, elles refusèrent d’obtempérer à l’ordre de rebrousser chemin. Général Toya exécuta l’ordre de faire tirer par l’armée à bout portant. Les estimations font état de 60 morts et de plus de 350 blessés. Suite aux échauffourées dans différentes villes de l’intérieur : Forécariah, Coyah, Dubréka, Kindia, Fria, des tirs de l’armée sur les foules firent selon certains témoins une cinquantaine de victimes.

Après ces épisodes sanglants, un Sékou Touré se terra dans le silence et en cachette pendant plusieurs semaines. Il donna l’ordre à ses fidèles d’organiser une riposte graduelle.

Les militaires qui avaient refusé de tirer sur les foules au début de l’insurrection à Nzérékoré, furent passés aux armes. Il en fut de même des femmes qui l’avaient poursuivi au Palais du peuple. Ceux qui avaient suggéré au Général Toya de s’emparer du pouvoir pour sauver la nation, furent exécutés.

Faute d’une force organisée, le mouvement populaire s’essouffla. Au mois d’octobre, Sékou sortit de sa réserve. Un nouveau « complot » appelé « queue de la cinquième colonne » venait d’être inventé avec des arrestations massives et sans discrimination ; des petits commerçants, transporteurs furent accusés d’avoir trempé dans le complot en connivence avec le Regroupement des Guinéens de l’extérieur. Des femmes nourrices et leurs enfants dont les uns étaient âgés de moins de 7 ans seront arrêtés, torturées et violées.  Sur 447 petits commerçants, et de petits étalagistes du marché, 27 furent libérés.

L’Association des victimes du camp Boiro détient une liste de 627 noms dont elle livre une partie. Elle continuera à localiser d’autres victimes.

En ce jour anniversaire du 27 août 1977, l’AVCB invite les populations à participer aux débats qui seront organisés à l’occasion de cet autre triste anniversaire. Nous saisissons la présente occasion pour rendre hommage aux nombreuses victimes de cet autre épisode  mal connu de la violence politique dans notre pays.

PLUS.JAMAIS CA

L AVCB.

27 aout 2018

 

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