Naïny Bérété

Depuis les élections locales du 4 février dernier, la Guinée est en proie à des actes de violences liés aux contestations des résultats par l’opposition, conjugué à cela avec la crise sociale qui vient de trouver son épilogue la semaine dernière. Si Je m’en réjouis de la reprise des cours, la gestion actuelle de la crise politique par les différents acteurs impliqués met à mal la cohésion sociale et le climat qu’il laisse transparaître n’augure rien de bon pour l’unité du pays, vous l’auriez compris, sans jouer les mauvais Cassandre, l’avenir proche est peu reluisant.

Toute société qui se veut être progressive doit avoir une conscience politique. Cette conscience politique implique d’avoir une connaissance de la société dans laquelle l’on vit, la manière dont le pouvoir est organisé et exercé par ceux qui le détiennent. La conscience politique, c’est aussi une connaissance de ses propres valeurs et de ses capacités à s’investir dans une cause commune, qui doit être celle de la nation. Cette conscience politique dans le cas actuel de la Guinée est absente. Pas parce qu’il n’y a pas de pouvoir politique organisé, pas parce qu’il n’y a non plus de valeurs sociales que les guinéens ont en commun, mais parce que les guinéens au-delà de leur différence sociologique, refusent d’admettre qu’ils partagent un certain nombre de valeurs et qu’ils ont un avenir ensemble. Cette situation déplorable est aussi créée et entretenue par des hommes politiques en perdition et en manque complète de repères idéologiques et politiques.

Des guinéens malades de leurs dirigeants politiques

Un philosophe avait dit que « L’homme de conscience et d’honneur n’a pas besoin de lois pour suivre le sentier de la vertu ». Au-delà des principes juridiques qui gouvernent notre société, on est tous des être humains dotés d’intelligence et de rationalité qui nous permettent d’identifier le bien du mal. Je veux dire qu’avant même ces lois, on vivait bien en parfaite harmonie dans nos différentes familles et communautés, et ce dans le respect du droit d’ainesse et des personnes âgées. Alors pourquoi pas faire la même chose aujourd’hui dans notre société commune à tous ?

Mais hélas ! les hommes politiques profitant de l’état d’analphabétisme de la majorité de la population, construisent leur carrière à eux en tenant des discours haineux, en proférant des messages irresponsables et en préparant les esprits à la haine, à la violence les uns contre autres. Parce que tout simplement tant qu’il y a des esprits éclairés, tant que les gens sont capables de regarder ceux qui les unit et non ce qui les oppose, leur entreprise maléfique ne prospérera pas. La meilleure façon pour eux de réussir, c’est diviser et opposer les populations en tenant des discours belliqueux et en passant pour des gens vertueux qui veulent les amener à l’odyssée alors qu’ils souhaitent plutôt les conduire vers l’hécatombe.

Tous les hommes politiques guinéens aujourd’hui, je dis bien tous les hommes politiques actuels sont de ceux-là. Au lieu de conduire et de porter des projets mobilisateurs qui amèneraient les guinéens au progrès social et économique, au nom de leurs intérêts matériels égoïstes du moment, ils préfèrent mettre le tissu social en lambeau et s’ériger en suite en donneurs de leçons avec des discours dignes de l’apôtre saint Paul. Mais de qui se moque-t-on? Leur inconscience politique et les rivalités malhonnêtes qui les opposent, empêchent le peuple de regarder dans la même direction aujourd’hui.

Je vais franchement dire aux guinéens que nous sommes, ce n’est pas une ethnie qui est la cible de ces hommes, ce n’est pas une ethnie qui est prise en otage, mais c’est le peuple de Guinée dans son ensemble qui est l’otage de ces hommes en perte de vitesse, car pendant que nous nous querellons, les autres peuples sont doucement entrain d’avancer sans faire trop de bruits.

Le temps de la prise de conscience collective est arrivé. Cela passera par une introspection générale de tout le monde de la base au sommet de notre Etat.

Alpha Condé, un président qui n’a toujours pas conscience de son statut

La présidence du président Condé me rappelle à s’y méprendre à celle du président français François Hollande dans l’attitude. c’est-à-dire qu’ils sont présidents de la république mais qu’ils n’ont pas effectivement pris la mesure de la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils ont beaucoup de points en commun d’ailleurs notamment le socialisme, des chefs qui n’arrivent pas à prendre de la hauteur et se placer au dessus de la mêlée. Pour ce qui est du cas d’Alpha Condé, il n’arrive toujours pas à se défaire de son habit de militant, et ça, c’est un gros handicap qui l’empêche d’avoir toute appréciation objective des choses. Quand on est président de la république, on est le chef de tous même ceux qui ont voté contre vous et qui ne vous soutiennent pas. C’est la capacité du chef à guider tout le monde vers un destin commun qui fera de lui un homme respecté à défaut d’être aimé de tous.

Il y a certains gestes qui ne demandent pas d’en faire une tonne pour être efficace, juste, compris et assimilé de chacun. L’adresse à la nation qu’il a tenu le 5 mars dernier bien que tardive à montrer que s’il avait multiplier ce genre d’exercice, il allait canaliser les ardeurs et amené tous les guinéens à aller dans la même direction. Il a dit s’incliner pieusement devant la mémoire de toutes les victimes de violences dans le pays, non sans citer particulièrement Kalinko. Quand des citoyens sont dans la détresse, dans des situations de souffrance psychologique, il est de la responsabilité du chef, en bon père de famille d’être à leur chevet. A ce titre, Alpha Condé devrait accepter d’aller dans les familles endeuillées à Ratoma leur dire que l’Etat est à leurs côtés, et qu’une mort est une perte de trop non seulement pour sa famille mais pour toute la nation. Ses familles pour la plupart n’attendent pas de justice aujourd’hui car elles savent qu’elle ne sera probablement pas rendue, ce qu’elles demandent c’est la compassion, la sympathie et la solidarité de l’Etat. En se comportant ainsi, à défaut d’avoir la sympathie de toutes ces populations, il devrait gagné leur respect et cela ne peut être que bénéfique pour la paix et la cohésion sociale.

J’appelle le chef de l’Etat à faire un pas à toutes ces familles qui souffrent et qui ont perdu des proches, même si les responsabilités restent à définir et c’est à l’Etat de le faire.

Au RPG AEC, penser que les peuls seraient contre le régime Condé est une posture divisionniste qui n’aide pas le chef de l’Etat dans sa volonté de réconcilier les guinéens.

Une opposition politique qui doit chercher le pouvoir par l’union et non la division

Pas besoin de dire que la politique se fait par l’ethnie dans notre pays. S’il incombe à ceux qui sont au pouvoir de cultiver la paix, ceux qui sont dans l’opposition doivent en faire autant pour conquérir le pouvoir. La vérité aujourd’hui, est qu’aucune ethnie en Guinée ne peut à elle seule conquérir le pouvoir et l’exercer sans l’union de toute la nation entière.

A l’opposition « républicaine » particulièrement au parti de Cellou Dalein Diallo, dire que ce pouvoir est un pouvoir malinké et qu’il serait contre les peuls est une erreur. C’est déplacer le débat sur un terrain qui ne profitera à personne. Je ne dis pas que c’est ça qui est le discours des responsables de cette formation politique, mais c’est le sentiment que ce parti véhicule aujourd’hui dans l’opinion publique. Il faut que l’opposition et son chef de file admettent aujourd’hui que demain ils peuvent être aussi au pouvoir, et à ce titre, ils ne doivent poser aucun acte qui donnerait le sentiment qu’ils veulent empêcher ceux qui en ont déjà de gouverner.

Comme l’a dit un jour le premier imam de la grande mosquée Fayçal El Hadj Mamadou Saliou Camara, je le cite « le pouvoir, c’est comme un boubou blanc. Quand tu le salis pendant que ton prochain le porte, quand ce sera ton tour de le porter, tu le porteras sale ». A méditer..

Par Alexandre Naïny Bérété, Politologue à l’université de Nantes

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1 COMMENTAIRE

  1. S’il faut retenir une seule phrase de ce texte: « Au-delà des principes juridiques qui gouvernent notre société, on est tous des être humains dotés d’intelligence et de rationalité qui nous permettent d’identifier le bien du mal ».

    Merci Monsieur Berete

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