Le bras de fer entre pouvoir et opposition autour des résultats des dernières élections locales s’envenime. Le lundi 26 février dernier, l’opposition républicaine a organisé une journée « ville morte » pour protester contre ces résultats. Si les opposants du régime Condé exigent l’annulation de certains bureaux de vote et la réintégration d’autres bureaux annulés, du côté du parti au pouvoir, on estime que l’opposition est en perte de vitesse. Au moment où nous mettions sous presse, la Ceni a invité les parties prenantes au vote, se disant victimes de fraudes, à une rencontre pour ce jeudi. Pour sans doute un réexamen des recours.

Alhousseini Makanera, président du FND

« Il y a toujours des circonstances exceptionnelles »

« Ce que nous réclamons est légitime et aujourd’hui vous-même, vous vous rendez compte qu’il y a une faillite totale de toutes les institutions qui étaient chargées de ces élections. C’est pourquoi nous sommes obligés aujourd’hui de demander à nos militants et responsables de nos partis et tous les candidats indépendants de résister à cette forme d’esclavage qui voudrait qu’on transforme la voix des uns à zéro ou on donne aux autres.

Quand on parle de manifestation et de mort, je souhaiterais qu’on soit conséquent. Est-ce que dans un pays qui a opté pour la démocratie, on tue des gens parce qu’ils ont manifesté. La question ce n’est pas par rapport à la manifestation, la question qui se pose c’est pourquoi le gouvernement accepte certains Guinéens tuent d’autres Guinéens parce qu’ils ont simplement manifesté ou bien on va abandonner la démocratie parce que certains Guinéens tuent d’autres. Donc ce n’est pas parce qu’on a manifeste, il y a eu mort. C’est parce que quelque part le gouvernement est complice des assassins à qui, il accorde l’impunité totale. Si le premier qui est tombé sous les balles, l’affaire  avait été jugée, on n’allait pas voir la récidive.

J’ai entendu certains juristes qui sont plus militants que juristes, parler de légalité. La légalité dont ils parlent, c’est dans un pays normal parce qu’il y a une limite sur le principe d’égalité. Il y a toujours des circonstances exceptionnelles. Dans un pays normal, il n’y a pas de dialogue pour organiser les élections.

Ce qui m’étonne avec les juristes militants que j’entends, ils disent qu’il n’y a aucune possibilité sur le plan de la légalité, je dis que c’est faux. Dans tout ce que nous faisons, il y a la limite face à une situation exceptionnelle, on trouve une solution exceptionnelle. Donc, la légalité qu’on recherche, c’est dans un pays normal, la Guinée ne l’est pas. Pour preuve, pour organiser ces élections, il y a eu des tueries, il y a eu des dialogues, alors que dans un pays normal nous n’avons pas besoin ».

Sidiki Touré, du RPG/AEC

« L’opposition est en perte de vitesse »

« L’opposition est en perte de vitesse. Elle ne s’est pas à quoi s’en prendre sinon, c’est illogique de la part d’un responsable politique qui ait pris part dans une élection de bout en bout avec tous ses représentants dument désignés qui ont pris part également à tout le processus électoral, c’est-à-dire avant, pendant et après le scrutin jusqu’à la proclamation des résultats finaux, qui revient sur ces résultats-là malgré la validation des fiches. Quand tu délègues ton représentant dans un bureau de vote, il revient avec une fiche qui est déchargée par tous les représentants plus les membres du bureau de vote et donc la même manière que tu fais la compilation des résultats, c’est de la même manière que les autres états-majors de partis ayant pris part aux élections font leurs compilations. Et ce sont les mêmes chiffres qu’on reporte, qui se retrouvent à la centralisation, et ce sont les chiffres-là qui viennent jusque devant les juridictions et à la CEN, et ce sont les chiffres qui vont être proclamés. Si après tout cela, tu dis que tu n’es pas d’accord, ça veut dire que tu n’es pas responsable. Nous on n’a pas besoin de cette agitation de l’opposition. Mais de toutes les façons, le perdant a toujours un argument ».

Mousliou Haidara, membre de l’UFDG

« L’opposition a décidé de ne pas se laisser faire cette fois-ci »

« Il faut reconnaître que ces élections ont été une défaite lamentable pour le pouvoir, malgré que des milliards ont été débloqués, il y a eu des achats de conscience, il y a eu l’implication à outrance de l’administration, les trafics d’influence, les bourrages d’urne et l’implication personnel du chef de l’Etat. Le pouvoir voulant sauver sa face suite à la bérézina enregistrée lors des résultats, il a essayé de faire le forcing avec la complicité par endroit de la CENI, par endroit le trafic d’influence sur les magistrats qui ont procédé à l’annulation de beaucoup de bureaux de vote où l’opposition est majoritaire, notamment à Dixinn, Matoto, Ratoma, Matam, Dubréka, Forécariah, Coyah, Kindia et même à Boké. Le pouvoir a utilisé cette méthode, d’élimination à travers les magistrats au niveau des CACV pour récupérer un peu le pouvoir perdu et malgré ça, nul part le pouvoir a réussi à avoir la majorité absolue. Donc voulant coute que coute avoir l’exécutif des communes, ces tricheries ont été dénoncées par l’opposition, parce qu’elle s’est bien organisée cette fois-ci pour détenir en primauté les résultats par bureau de vote. Donc le pouvoir a intimidé certains magistrats qui ont proclamé des résultats différents, des votes sortis des urnes. Donc l’opposition en son sein a décidé de ne pas se laisser faire cette fois-ci et de revendiquer par tous les moyens légaux, jusqu’à ce qu’elle soit rétablie dans ses droits. Donc ce n’est pas une demande de faveur que l’opposition a fait, ce n’est pas une manifestation inutile, c’est en partant des preuves concrètes qu’elle détient des bureaux avec des PV détenus dûment signés par tous les représentants des bureaux de vote. Et vous avez vu la première action qui a été la journée « ville morte » du lundi, vous avez vu combien de fois, ça a été suivi. La crise actuelle est une crise qui est artificiellement créée par le pouvoir dans sa volonté de faire le holdup électoral. Chose qui n’est pas accepté aujourd’hui par l’opposition. L’opposition de 2018 est différente de l’opposition de 2015 en termes de décision et en termes détermination.

C’est d’abord les magistrats qui ont juré de respecter et faire respecter les lois. Si maintenant ces magistrats, eux-mêmes ont mis de côté la loi pour aller satisfaire des demandes personnelles ou de convenance d’un pouvoir politique, dès lors que ces magistrats ont violé leur serment et ont mis la loi de côté, comment voulez-vous que les politiciens ne mettent pas cette loi de côté. La CENI elle-même sait qu’elle n’a pas appliqué la loi, parce qu’elle sait pertinemment qu’elle n’a pas vocation d’éliminer les voix avec le nouveau code électoral, et c’est ce qu’elle a fait sans aucune base juridique. Donc dès lors et les magistrats, et la CENI qui a violé cette loi électorale sur laquelle, ils ont prêté serment, comment voulez-vous que l’opposition parle de loi. Donc ce sont eux qui sont responsables de tout ce qui arrive en Guinée.

Nous demandons à ce que les voix sorties des urnes soient proclamées. Si cela est fait, quelqu’un n’est pas content, il nous trouvera sur son chemin. Ce qu’il entreprendra, nous aviserons et nous utiliserons notre moyen de défense. Adviendra que pourra ».

Propos recueillis par Sadjo Diallo (L’Indépendant)

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