La  frénésie minière enclenchée et  amplifiée par  elhadj professeur président, n’a pas l’air  de se modérer, malgré  les dévastations quasi-irréversibles infligées au pays par  cette activité. Bien au contraire, l’exploitation destructrice, devenant plus massive, s’étend sur la presque totalité du territoire national.  Tous les jours ou presque, on annonce l’ouverture à l’exploitation d’autres sites de bauxite, de fer, d’or, « pétrole » …  A ce rythme-là, le pays entier risque de devenir à court terme, une espèce de gruyère, c’est-à-dire des   trous partout. Et donc une TERRE au service de quelques oligarques locaux et étrangers.

Le tout nouveau premier ministre,  et son ministre des mines, peut-être aveuglés par la boulimie minière de leur patron, proclament ici et là, qu’ils sont  en mesure de porter  la croissance guinéenne  à un taux de deux chiffres (10, 11, 15 %….).  Pour cela, ils comptent bien évidemment  céder encore davantage de superficie cultivable aux vautours miniers qui fusent sur le pays, à la manière de charognards s’abattant  sur leurs proies agonisant.  Ils vont donc chasser de leurs TERRES ANCESTRALES, des milliers de nos compatriotes, comme ils l’ont fait impunément avec les populations de la Basse-Guinée (KANINYA, TABOUNSOU, ARAPONKA, KAKANDÉ, et MÔRYAH), ou celles du MANDÉ (SIGUIRI,  KÉROUANÉ….). Ce processus de creusement généralisé de notre TERRE ancestrale,  s’il n’est pas contrôlé et finalement  rationnalisé par les vrais enfants du pays,  atteindra bientôt la Moyenne-Guinée, et l’Est du paysChaque Guinéen peut imaginer  la GUERRE inévitable des terres  que le elhadj professeur président  veut imposer  au pays après son départ tout aussi inévitable, quoi qu’il manigance.

Dans la série de consultations que  le nouveau premier  ministre a entreprise auprès des notabilités politiques locales,  des incitations à mon avis discutables notamment sur le plan  minier, lui ont  été suggérées. Les  suggestions sont légitimes  entre « amis ». Mais dans le domaine de l’économie minière,  certaines suggestions récentes, venant d’ « économiste » guinéen, sont surprenantes de vacuité.  Dire « il faut ceci », il  faut « augmenter «  la valeur ajoutée, etc… »,  est   un discours pertinent dans  les bistrots, mais inattendu dans la bouche d’un « économiste ».  Si on parle en « économiste », on devrait dire à peu près ceci à nos compatriotes : l’économie minière telle qu’elle fonctionne en Guinée, est  une monstrueuse  HÉRÉSIE mortifère pour notre pays dans pas longtemps.  L’exploitation  minière  raisonnée et transparente, peut avoir  une certaine utilité.  Mais elle ne porte en aucun cas une capacité de catalyseur pour  transformer l’économie nationale. 

Alors en quoi consiste l’hérésie économique ?

« … En termes de défis,….. il s’agit de faire jouer valablement au secteur minier son rôle de catalyseur de la transformation de l’économie nationale, et à ce titre, nous avons particulièrement parlé des liens qu’il y a entre le secteur minier et les autres secteurs de l’économie…. », Déclaration faite par le Ministre des mines,  lors d’un nième forum  économique  guinéen, toujours tenu hors du pays.  Le Ministre répondait à une question à Bruxelles. Il n’est pas de mauvaise foi. Il est sûr  de ce qu’il dit. Il est peut-être même convaincu qu’avec les  mines,  les Guinéens tiennent la clef de leur  hypothétique développement.  C’est justement cette croyance quasi-religieuse aux  vertus  « développeurs » de l’exploitation minière qui constitue un des DRAMES actuels et futurs de la Guinée.

Dans l’histoire économique africaine, il n’y a pas d’exemple de pays qui se soit développé grâce à l’exploitation minière.  Même l’Afrique du Sud qui paraît avancée dans le contexte africain,  n’y est pas parvenue, si jamais le développement du pays dans sa totalité,  a été envisagé une seule fois. Le principe même de l’exploitation minière dans les pays sous-développés dominés ou pas, je veux dire une domination exercée  sur  les populations autochtones par les pouvoirs locaux eux-mêmes autochtones, repose  sur  la VIOLENCE  la plus cruelle.  Car  les autochtones (paysans,  pêcheurs, artisans…) n’abandonnent  leur terre ancestrale que  sous  la brutalité la plus extrême.  Au ZAÏRE (du temps de Mobutu), l’exploitation minière dans un régime  autocratique prédateur, a fait exploser le pays tout en y installant  durablement, chaos et instabilité. En  Afrique du Sud, les fortunes familiales d’origine minière, pour une minorité  généralement blanche, n’ont pu être bâties que par la contrainte militarisée de type esclavagiste  infligée aux NOIRS.  Des fortunes continuent à s’y bâtir  cette fois pour le compte  des notabilités de l’A.N.C., et contre la majorité noire toujours maintenue  sous une forme d’apartheid déguisé, exercé  malheureusement par les Chefs de l’A.N.C.  C’est exactement ce que  Monsieur elhadj professeur président et son fils, avec leur clan,  entendent  faire dans notre pays.

 Alors, éléments d’explication.

Dans l’état actuel de ce qu’est l’économie  guinéenne, l’exploitation minière apporte au pays plus de chaos, de violence que de bienfaits. Les conditions pour que l’exploitation minière (bauxite, fer…) ait un effet sur l’économie globale dans un pays comme le nôtre sont loin d’être réunies. Et elles ne le seront pas avant longtemps. Je vais en citer quelques-unes :

1°— un effet de catalyse  en économie renvoie à l’idée qu’il y a une activité économique majeure susceptible d’entraîner, d’éveiller ou de déclencher la croissance des autres activités économiques tournant autour, ou d’en provoquer  la productivité.   Or tout cela n’est possible que si l’activité  économique majeure considérée est en milieu  favorable,  c’est-à-dire émaillé de petites, ou moyennes activités  créatrices de biens matériels, ou de services utiles (entretiens, transports….).  Ensuite il doit y avoir entre  les deux types d’activité des liens multiples, par exemple sous forme  de sous-traitances, de fournisseurs  et clients….Ces liens eux-mêmes doivent reposer sur les besoins vrais, l’un de l’autre. Je veux signifier par là non pas  des « commandes administratives ou administrées), mais les besoins générés  par le fonctionnement  même des  entreprises.  Ces différentes  connexions créent alors  des articulations qui font que chaque  activité  réagit sur l’autre et inversement. Et  c’est cela qui fait développer, ou émerger une ou des activités marchandes. Or selon moi, en Guinée, il y a des activités  économiques de type familial, mais ethniquement trop marqué.  On crée quelques emplois  pour des proches familiaux ou  de clan. Activité  certes utile, mais cela ne fait pas une entreprise, et encore moins un économie structurée fonctionnant avec des articulations multiples et variées.

2°—l’activité majeure, ici l’exploitation minière doit elle-même  réaliser une part significative  de son activité  dans le  pays, à  l’intérieur de l’économie  locale.  C’est la seule façon d’avoir une incidence sur l’économie nationale globale. Or  l’économie de l’extraction minière  en pays  arriéré non équipé, peu pourvu en personnel formé et qualifié, c’est le cas de la Guinée,  s’apparente à une activité de cueillette.  Les fruits de la cueillette sont transformés ailleurs, non pas par la volonté des entreprise étrangères exploitantes, mais tout simplement les facteurs nécessaires à une série de transformations locales ne sont pas localement réunis, et dans le cas de la Guinée, ne le seront pas avant plusieurs années.  La transformation du minerai de fer ou de bauxite nécessite  une  telle quantité  d’énergie électrique dont les fanatiques de l’exploitation minière n’ont aucune idée. Puisque, il ne suffit pas transformer, il faut  pouvoir  vendre à des clients qui ont déjà des fournisseurs plus compétents, plus qualifiés et qui ont,  depuis bien longtemps, réalisé des économies d’échelle substantielles qui leur permettent de barrer la route à tout nouvel entrant. Le coût d’entrée sur   ce marché, est donc si élevé  que même les grands conglomérats dont les moyens en tout genre sont énormes  ne s’y précipitent guère.  Dans ces conditions, le lecteur éventuel comprend aisément  qu’il est absurde de  clamer partout  qu’il faut augmenter la valeur ajoutée des mines. Il y a là une incohérence dans laquelle des « économistes » guinéens s’embarquent, tête baissée.  Une cueillette minière (ce qui est le cas en Guinée)  ne peut en aucun cas  augmenter de valeur ajoutée, et encore moins la produire. Cela n’est possible que dans les pays où les conditions économiques  évoquées plus haut, sont remplies. Pas en Guinée.

Question : alors pourquoi s’obstine-t-on  à tenir tous les jours ou presque des forums miniers ici,  des  commissions minières là… ?—Pour plusieurs raisons dont voici certaines :

1°. L’exploitation minière  est l’une des rares activités économiques dans laquelle  la fréquence et le montant sur lequel porte la corruption, sont d’un niveau si élevé, que nous petits citoyens de base, nous ne pouvons pas imaginer.  Objectivement, il n’y a aucune raison que les notabilités guinéennes soient tout d’un coup plus vertueuses au plan minier, qu’ailleurs. Il y a d’autant moins de raison qu’il n’y a pas d’ÉTAT.  Le président lui-même le clame à longueur de micro.

2°. La dissimulation des  maigres recettes minières  est aisée. Car le marché du minerai brut de bauxite par exemple,  est un marché de gré à gré.  A part  les  notabilités locales guinéennes qui concèdent les zones d’exploitation minière, et les bénéficiaires étrangers,  des citoyens  de base comme  d’autres et moi-même, ne sauront que rarement où sont dissimulées  les fortunes minières. En Guinée, tout se passe  comme si la seule raison qui ait amené  Monsieur elhadj professeur président à chercher par tous les moyens l’occupation de la magistrature suprême,  c’est de mettre la main sur l’ensemble  des mines du pays.  Et il ne fait rien- je ne parle pas de discours  je parle d’acte- qui permette  de penser l’inverse.

Alors, que doit dire un « économiste » aux enfants du pays ?—Ceci :

L’avenir de la Guinée, et donc leur avenir n’est pas  dans les mines.  Ce qui peut développer l’économie nationale, c’est la petite agriculture vivrière familiale d’autosubsistance rationnalisée et dont le surplus  peut être monétarisé. L’agriculture   d’exportation (riz, fruits et légumes,  anacardes, avocats….) de moyenne taille sans ou avec peu d’engrais chimique, à laquelle il faut ajouter l’élevage lui-même rationnalisé (inciter  les éleveurs  à construire les enclos pour y mettre les animaux d’élevage….),

Mamadou Billo Sy Savané

favoriser, et non pas fonctionnariser  la pêche artisanale, reprendre la construction ou la réfaction des pistes rurales comme l’avait initié  Sidya TOURÉ  alors premier ministre, etc. Il y a beaucoup à proposer sur ce sujet, mais pas  à un clan habité par une obsession minière.

Il n’y a pas de malédiction des matières premières, pas plus qu’il n’y a de malédiction minière.  Avoir son sous-sol doté de matières premières minières, peut être  une bonne chose. Mais dans l’état actuel de notre pays, fuser sur les mines comme les vautours sur leur proie, est IRRESPONSABLE.  Aucun pays de la planète n’est parvenu à se développer,  avant d’avoir réussi à nourrir par ses efforts propres, sa propre population.

Mamadou Billo SY SAVANÉ (France)

 

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