Gestion de l’eau/Aboubacar Camara dénonce : ‘‘Des milliers de forage construits de façon anarchique’’ en Guinée

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Aboubacar Camara, biochimiste, spécialiste de l’eau, de l’hygiène et d’assainissement, est le directeur de Tinkisso Guinée. Tinkisso est un modèle de business hybride qui associe l’humanitaire à l’entrepreneuriat ; prône l’indépendance de la société civile, la production et la consommation locale. L’entreprise intervient dans le domaine de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement à travers le marketing social. Celui qui se dit être ‘‘passionné par l’entrepreneuriat’’, a récemment posé la problématique de la multiplication des forages à Conakry. Nous l’avons accroché pour un entretien à propos.

Guinee7.com : Sur les réseaux sociaux, vous avez récemment attiré l’attention des Guinéens sur le danger de la prolifération des forages à Conakry. Vous pouvez nous en dire plus ?

Aboubacar Camara : Aujourd’hui il faut se poser la question si notre Etat se résume uniquement aux problèmes d’élections et de politique politicienne. La prolifération des forages privés doit préoccuper les autorités compétentes en charge de leurs constructions. Ce sont des milliers de forage construits de façon anarchique, sans autorisation des services de l’Etat et sans aucun respect des dispositions en la matière.

C’est désolant ce qui se passe, lorsque l’administration de la chose publique est incertaine, obscure et contraire aux intérêts du pays, les citoyens s’en détachent et se referment dans l’intérêt privé.

La cause du gouvernement n’est point la leur, ils regardent le gouvernement lui-même comme un étranger avec qui, ils n’ont rien en commun et qu’ils laisseront s’agiter pour son propre compte.

C’est une réalité, depuis un certain temps, beaucoup de nos concitoyens réalisent des forages privés souvent à des fins personnelles, souvent dans le but de commercialiser cette eau vendue dans les sachets qui d’ailleurs ne sont soumis à aucun contrôle. Nous traversons une crise profonde dans le secteur de l’eau, il ne s’agit d’investissement ; mais la gestion publique de l’eau doit être revue dans son ensemble. Il faut une assise nationale sur la problématique de l’eau dans notre pays.

Nous disposons encore de l’eau de surface, il n’est pas opportun de forer, le problème est là, c’est une question de gestion.

Que faut-il faire à propos des forages à Conakry, et en Guinée en général ?

Pour les forages, il y forcement des textes de lois, mais les gens s’en foutent. Ces textes normalement fixent les déclarations et les autorisations. Donc pour réaliser un ouvrage privé, vous êtes soumis à une déclaration ou à une autorisation selon la quantité d’eau que vous allez prélever quotidiennement et selon les besoins auxquels elle est destinée.

Les textes doivent intégrer et prévoir l’adresse d’une demande timbrée adressée au maire qui à son tour s’adresse à la direction régionale de l’Hydraulique pour requérir son avis technique. Mais cette demande doit comporter l’adresse complète du requérant, indiquer l’endroit dans lequel ce forage sera érigé, montrer le titre foncier et indiquer à quel but est destiné ce prélèvement. On constate partout, que les gens ne prennent aucune précaution parce qu’il est dit que pour faire un forage, une distance de 30 à 100 m des fosses septiques doit être respectée. Il nous arrive de constater que certains forages privés sont entourés de fosses septiques. Malheureusement, avec un sol très poreux et la contamination est directe, ce qui fait qu’il n’est pas rare de se retrouver avec des sachets d’eau souillés qui puent à cause de la mauvaise qualité de l’eau. Souvent, les propriétaires de ces forages soutiennent qu’ils sont là pour aider la population, mais au contraire, ils sont en train de nuire à cette population parce que l’eau a une capacité de nuisance. Elle peut agir immédiatement ou par accumulation.

Quelles sont les solutions, selon vous, pour l’accès à l’eau potable pour la majorité des Guinéens ?

Il faut forcement procéder à une assise nationale sous forme de forum national sur la problématique et gestion de l’eau potable en Guinée. Elle va regrouper usagers, décideurs et techniciens en vue de trouver les solutions qu’il faut. Il faut arrêter de se mentir, le gouvernent doit arrêter de faire semblant en donnant l’impression qu’il va trouver la solution, mais ce n’est pas vrai. A un moment donné, il faut arrêter de colporter la politique partout, les cadres de l’Etat pour la plupart qui consomment de l’eau minérale, ignorent que pour fabriquer cette bouteille, ce contenant, il faut 5 litres d’eau à l’usine de bouteille, qui ensuite mettra en 1 litre d’eau potable pour vendre. Quel gâchis, mais ce sont des ignorants, ils ne savent pas. C’est pour cela que je dis que les gens sont dépassés.

Prenez Conakry, les chasses d’eau dans les toilettes, il s’agit de l’eau potable n’est-ce pas, donc si chaque personne va à la toilette trois fois par jour, on suppose qu’il va utiliser trois fois le chasse-eau, ce qui fait trente 30 litres au minimum. D’aucuns utilisent trente litres d’eau potable pour les toilettes, alors que dans le même pays, certains n’ont pas droit à 4 litres d’eau pour la boisson. Réfléchissez. 

Nous avons en général un problème d’environnement ; quelles sont les solutions, selon vous pour sauver ce qui reste de notre nature ?

Il faut éduquer les gens sur la gestion de la biodiversité, déjà je l’ai annoncé dans plusieurs vidéos, des villes comme Siguri, Kankan, Labé, Kerouané, Mandiana connaitront leur vrai crise d’eau d’ici à 2028, Siguiri surtout m’inquiète beaucoup.

Propos recueillis par Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

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