« Il faut savoir terminer une grève… ». Un bout de phrase souvent repris à l’occasion des mouvements sociaux. Surtout quand ils hantent les nuits des décideurs et ont tendance à perdurer. A l’image de la grève déclenchée récemment par une branche dissidente du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), conduite par un certain Aboubacar Soumah.

L’on ne sait pas s’il a entendu parler de Maurice Thorez, ancien secrétaire général du PCF (et ancien ministre français de la Fonction publique), l’auteur de ladite phrase. En tout cas c’est comme si. Puisque l’autre bout de la même phrase que les mêmes décideurs se gardent en général d’ajouter, précise « …dès que satisfaction est obtenue » !

Le gouvernement a fini par céder aux exigences de Soumah et de ses camarades, contraint par l’ampleur de la grève et la pression croissante de la rue.  Malheureusement, seulement après des semaines d’interruption des cours dans le primaire et le secondaire.

Heureusement que l’implication de bons samaritains dans l’entourage du président Condé, notamment le ministre d’Etat Tibou Kamara, a permis de donner un coup d’arrêt au débrayage, alors que de nombreux parents d’élèves voyaient déjà se dessiner le spectre d’une année blanche. Dès le départ il fut de ceux qui ont estimé qu’il fallait, face au mercure social qui ne cessait de grimper, avec des risques d’hypothèque sur l’année scolaire, substituer des démarches positives et sereines aux logiques conflictuelles.

Si on mesure l’impact d’une seule heure de cours perdue, l’on peut se faire une idée du gâchis que la mauvaise gestion de la crise (à ses débuts) a entrainé, ainsi que la portée de l’action salvatrice de Tibou Kamara et d’autres.

Pendant que l’enfant sénégalais, par exemple, bénéficie de 900 heures de cours par an, en Guinée le quantum se situerait autour de 600 heures. Et dire que l’actuel ministre de l’Education avait justement pour ambition de changer cette situation, d’où la fixation de la rentrée scolaire au15 septembre et non en octobre. Au moment où ce quantum dans un pays post-industriel comme le Japon, est nettement plus important, de surcroit avec des cours entièrement dispensés dans la langue maternelle du jeune nippon. Ce qui lui évite, contrairement à l’enfant guinéen ou sénégalais, de consacrer la moitié du temps passé à l’élémentaire à l’apprentissage de la langue étrangère dans laquelle l’enseignement est donné (le français en l’occurrence).  

Du syndicat à l’opposition, d’une crise à une autre…

Assuré de voir les fameux 40% apparaître sur les bulletins de paye à la fin de ce mois de mars, au SLECG on se frotte les mains en attendant, avec impatience, les négociations sur l’autre revendication majeure (un salaire de base de huit millions pour tous les enseignants). Pourrait-on pour autant affirmer que « tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes possibles » ?

Rien de moins sûr. La crise, politique celle-là, née de la contestation de certains résultats des communales, est en train de prendre une tournure plutôt inquiétante. L’aile radicale de l’opposition, sous la houlette de sa figure de proue (l’UFDG), a décidé d’arpenter de nouveau le macadam (ou ce qu’il en reste) à  Conakry et ailleurs. Une série de manifs, du genre de celles qui provoquent des décharges d’adrénaline à Sékhoutouréya, est programmée.

Avec un chapelet de revendications sans cesse renouvelées, et qui s’emboitent comme des poupées russes. A la publication des « vrais résultats » des élections locales, il faut ajouter la fin de l’impunité pour les crimes commis à l’occasion des manifs de l’opposition.

Rien que l’autre semaine, il est vrai, ce sont quatre personnes –  dont une femme – qui ont été tuées par balles dans la zone de Ratoma (fief du principal parti d’opposition).  Pendant des journées de violence, où des quartiers comme Bambetto et Cosa faisaient plutôt penser à un décor de film post-apocalyptique  : genre ‘’Mad Max 2″  ou ‘’New York ne répond plus’’.

De pauvres innocents qui seraient peut-être encore parmi nous, si le président de la commission électorale, après avoir convenu avec des partis d’opposition de faire un rapprochement entre des procès verbaux détenus par eux et ceux acheminés à la CENI, n’avait pas changé (curieusement) d’avis en l’espace d’une semaine. A cause, semble-t-il,  des cris d’orfraie poussés par le ministre de la Justice et certains responsables du parti au pouvoir. A moins que la volte-face ne soit le fait de Sékhoutouréya, alors que le président Condé était en principe  acquis à cette idée, au terme des démarches menées par son conseiller personnel Tibou Kamara. Une approche qui aurait eu le mérite de calmer les ardeurs de l’opposition sans que l’on ait à tordre le cou à la loi. Puisqu’il n’a jamais été question de se substituer à la CENI ou de marcher sur les plates-bandes de la Justice, pour changer les résultats définitifs déjà proclamés. Mais juste de faire un rapport qui sera adressé au chef de l’Etat sur le travail qu’aurait effectué à cet effet une équipe mixte CENI-partis concernés.

Assurément, le ministre d’Etat Tibou Kamara devra rapidement se remettre à la tâche, même si son action commence à s’apparenter à la corvée de Sisyphe. Tout au moins en ce qui concerne les rapports pouvoir-opposition.

Heureusement que Le personnage, en plus du coffre a de l’étoffe.

La présente crise politique, pas plus que les autres d’ailleurs, n’est pas une fiction sorite des studios hollywoodiens et Tibou Kamara n’est pas Tom Cruise. Mais gageons que  l’ancien journaliste, qui n’en est pas à son coup d’essai, aura à cœur de réussir cette autre « mission impossible ».

Jusqu’à preuve du contraire.

Top Sylla 

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