Le directeur de publication de L’Indépendant-Le Démocrate, Mamadou Dian Baldé a consacré sa chronique de ce  dimanche, au malaise social provoqué par la grève des enseignants, qui s’est conclue finalement par un accord au forceps pour le gouvernement. Un gouvernement qui fait face à une coagulation de mécontentement, vu la détermination de l’opposition à ne pas reconnaître le verdict des urnes, tel que présenté par la Ceni.

Cette chronique est servie tous les dimanches sur City fm, en avant-première de l’émission « A vous de convaincre ».  

Talibé Barry: Mamadou Dian Baldé, la chronique d’aujourd’hui s’intitule le « syndrome du Titanic », parce que la gouvernance Alpha Condé fait face à la colère de la rue mais aussi à bien d’autres crises. Et pour vous, il faut y avoir quelque chose qui s’apparente au syndrome du Titanic ? 

Mamadou Dian Baldé : Oui Talibé, je commencerai par dire d’abord que le président Alpha Condé a fini par capituler devant la pression de la rue, en accédant aux revendications du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (Slecg), dirigé par Aboubacar Soumah. La politique du coup de menton du gouvernement n’a pas réussi à impressionner les enseignants, qui ont fait preuve d’une détermination à toute épreuve dans ce bras de fer qui va rester gravé dans la mémoire collective. Grace bien évidemment à l’intrépidité du secrétaire général du Slecg, le camarade Aboubacar Soumah. Ce, malgré le procès en illégitimité que le pouvoir lui faisait. Un pouvoir qui aura usé de tous les artifices pour faire plier les grévistes, mais en vain. Les camarades syndicalistes qui semblent avoir les yeux d’Argus, ont réussi plutôt à démasquer les artifices du gouvernement. Et pendant que certains acteurs sociaux-politiques se fourvoyaient dans la démagogie, à travers des formules alambiquées sur nos rapports avec le Fmi, en soutien au gouvernement, d’autres ont pris fait et cause pour le Slecg. C’est le cas de la Pcud d’Abdourahmane Sanoh et de la Fesabag. Deux structures qui ont pignon sur rue.

Dans la cité, on a pu constater qu’au fur et à mesure que les jours passaient, la colère gagnait les parents d’élèves et leur progéniture, contre la fermeture des écoles. Ils finiront d’ailleurs par recourir aux manifestations de rue, comme un exutoire de leur colère, contre l’enlisement de la crise. Et cela a fini par payer. C’est le moins qu’on puisse affirmer, car après une journée du lundi très agitée, notamment du côté de la commune de Kaloum, bastion du pouvoir, où des femmes et des jeunes gens avaient pris la rue pour se rependre en invectives et en imprécations contre le chef de l’État, un accord a été conclu, au forceps, le lendemain avec les grévistes.

Accord dont les termes portent entre autres sur le paiement en intégralité des 30% de la valeur monétaire indiciaire, au corps enseignant.

Mais le gouvernement ayant cédé sous la contrainte, entend faire porter le fardeau  de la facture de cette dépense au contribuable guinéen, si l’on s’en tient aux déclarations du ministre du Budget, Mohamed Lamine Doumbouya. Qui s’est empressé de faire une sortie sur les antennes de Rfi, le lendemain de la signature de cet accord né dans la douleur. En affirmant clairement que le gouvernement  procédera à un réajustement des prix des produits pétroliers à la pompe, et à une ponction dans la subvention allouée au secteur de l’énergie, pour combler le trou béant que pourrait provoquer  le paiement de ces 30% aux enseignants. Ce qui va de facto accroître les délestages de courant, et aggraver sans doute le malaise social. Surtout que cette prouesse du Slecg commence à faire des émules, en produisant un effet boule de neige dans le monde syndical.

Comme il fallait s’y attendre d’ailleurs, le secrétaire général de la Cntg, Amadou Diallo, qui s’est tiré de ce bras de fer entre le pouvoir et le Slecg, avec les braies pas nettes, veut tenter un retour en piste spectaculaire. C’est ainsi qu’il a demandé et obtenu du pouvoir d’élargir la mesure des 30%, aux autres travailleurs de la fonction publique. Faisant planer ainsi une épée de Damoclès sur la tête du pouvoir. Un pouvoir qui ne s’est toujours pas remis de son pas de clerc, dans la gestion de la grève des enseignants, et qui fait aussi face à un autre front de revendications, portant sur les résultats des élections locales.

Je dirai que ça commence à sentir le soufre pour la gouvernance Alpha Condé, à l’allure où vont les choses. Avec de nombreux guinéens qui voient leurs espoirs douchés, par ce qui ressemble bien à un « échec » d’un pouvoir qui avait pourtant tout pour réussir.

Alors M. Baldé, vous interpellez la justice guinéenne, que vous voulez placer devant sa responsabilité, et amener cette justice à cerner la nécessité d’être équitable entre les Guinéens. Et vous en appelez à « un jugement de Salomon », de la part de la justice guinéenne ? 

La Guinée est malade de sa justice. Ceci est une vérité de La Palice. Sinon, pourquoi diantre la justice n’a jamais pu faire la lumière sur les assassinats des citoyens, enregistrés lors des manifestations socio-politiques, ce depuis l’avènement d’Alpha Condé au pouvoir, il y a de cela 8 ans ?  C’est la question que de nombreux guinéens se posent aujourd’hui. Vu que le décompte macabre se poursuit. L’opposition parle de 93 tués. Peut-être maintenant 94, avec la dernière victime, dont le décès a été constaté vendredi. Mariama Bah, dont il s’agit était une mère de 6 enfants. Elle a succombé à ses blessures. Des blessures par balles. Des balles qui l’ont  fauchée  devant sa résidence, dans la commune de Ratoma, selon ses proches. Une commune hantée je dirai,  par une « malédiction mortelle », depuis 2010. Car la justice peine toujours à faire son travail, pour éclairer l’opinion sur ces tueries, qui portent atteinte à notre démocratie. Il est pourtant de bon aloi que les parents des victimes et l’opinion nationale et internationale sachent comment ces personnes trouvent la mort, lors des manifestations organisées par des opposants, ou dans le cadre de revendications qui sont d’ordre social. Comme cette grève du SLecg qui vient de s’achever.

L’opposition qui est  prompte à se radicaliser, quand il s’agit de réclamer des élections, a fini sans doute par comprendre qu’on ne peut passer par pertes et profits, ces nombreux morts. Elle a donc entrepris des actions pour exiger du pouvoir que les auteurs de ces tueries soient démasqués et traduits en justice. Dans la foulée, des marches blanches ont été organisées par des femmes issues des rangs des partis d’opposition et de la société civile.

L’image du Médiateur de la République, Mohamed Saïd Fofana, en pleurs jeudi, devant des femmes, venues l’interpeller, afin qu’il intercède en leur faveur, auprès du Président de la République, a marqué les esprits. Comme une heureuse coïncidence, la justice, accusée de discrimination, en usant d’une politique de deux poids deux mesures, s’est fendue d’un communiqué, dans la même soirée, pour présenter un certain Boubacar Diallo alias « Grenade », comme étant un militant de l’Ufdg, qui ne serait pas étranger à certains de ces crimes crapuleux, commis sur des manifestants.

Le principal parti d’opposition, en guise de réplique, a allumé un contre-feu, en parlant de « diversion » de la  part du gouvernement. L’Ufdg accuse en effet la justice d’être aux ordres. Avec pour mission de blanchir des brebis galeuses, tapies au sein de nos forces de défense et de sécurité.

Bien des gens pensent que le pouvoir doit se départir de son attitude partisane, pour garantir la justice et la sécurité pour tous les Guinéens. Quant à ces crimes non élucidés, l’affaire est trop sérieuse, pour ne pas être jouée pile ou face.

Vivement donc le jugement de Salomon.

 

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