Le directeur de publication de L’Indépendant-Le Démocrate, Mamadou Dian Baldé a consacré sa chronique de ce  dimanche, au travail de bénédictin qui semble entourer la formation du futur gouvernement. L’épreuve pourrait ressembler selon lui, à une partie de billards à trois bandes. La fin de la trêve qui se profile aussi, suite à la menace proférée par l’opposition républicaine a retenu l’attention de notre éditorialiste. 

Cette chronique est servie tous les dimanches sur City fm, en avant-première de l’émission « A vous de convaincre ».  

Talibé Barry: Bonjour Mamadou Dian Baldé. Vous portez ce dimanche votre regard sur le fameux remaniement annoncé par le chef de l’État, dans  une chronique intitulée « Remaniement ministériel ou le billard à trois bandes d’Alpha ». Dites-nous, de quoi ça retourne ?

 Mamadou Dian Baldé : Le président de la République continue de jouer l’Arlésienne sur le remaniement ministériel. L’opinion elle, commence par se lasser de ces belles promesses. Quand on sait qu’au niveau de l’administration publique, c’est juste le service minimum qui est assuré, depuis maintenant plusieurs semaines. L’équipe de Mamady Youla ayant en effet vu sa marge de manœuvre réduite par le chef de l’État.

Pour le moment le suspense perdure. Et l’attention des Guinéens reste suspendue aux lèvres du président Alpha Condé. Qui pour sa part, a bien l’air de laisser mitonner cette affaire de remaniement. Histoire de miser sans doute sur un Premier ministre, certes technocrate, mais tacticien, en vue d’assurer ses arrières, dans la perspective de 2020. Date qui marquera la fin de son parcours, après deux mandats, qui ont marqués par une politique au fil de l’eau.

Dans le choix du nouveau gouvernement, le président de la République devra aussi intégrer le volet des élections législatives, qui se profilent à l’horizon. Un scrutin dont l’issue sera capitale  pour l’avenir de son parti, qui a besoin de reprendre des couleurs, après la gifle reçue lors des communales. C’est donc la stratégie du billard à trois bandes, que le président tentera d’adopter dans l’espoir de garder la main, jusqu’à la fin de son second mandat.

Le Premier ministre sortant, qui a le vague à l’âme, n’a pas eu les coudées franches, depuis sa nomination en février 2016. Tout comme son prédécesseur, Mohamed Saïd Fofana. Il faut le reconnaître, car avec l’hyper présidence d’Alpha Condé, le rôle du Premier ministre ne se limite qu’à inaugurer les chrysanthèmes. Il n’y a toutefois pas à plaindre leur sort, puisqu’ils arrivent à s’y complaire. Et à profiter d’une rente de situation.

Car la primature c’est aussi une affaire de gros sous, avec une  « caisse noire » de 25 milliards de francs guinéens, par an, dit-on. Sous Mohamed Saïd Fofana, on était à 19 milliards de francs guinéens.

Sidya dans une entreprise de démolition

Le leader de l’Ufr M. Sidya Touré est sorti du bois pour brocarder l’entourage du président de la République. Il y va sans  prendre pas de gants contre les fossoyeurs de notre économie, qui jouent les prudes. Pour vous cela ressemble plutôt à une entreprise de démolition…

Les saillies du président de l’Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré, contre le cercle des proches du palais Sekhoutoureya ressemble à s’y méprendre, à une entreprise de démolition. Sidya Touré s’est en effet, engouffré dans la brèche ouverte récemment par Alpha Condé, quand ce dernier a accusé ses ministres de s’en mettre plein les poches.

En jetant un gros pavé dans la marre de l’entourage du président, qu’il a flingué. Comme il fallait s’y attendre, le Haut représentant du chef de l’État n’est pas allé de main morte, dans ses tirs. Pour Sidya Touré au lieu de faire porter un costume trop grand à Mamady Youla, le président devrait plutôt « balayer » devant sa citadelle, où se sont incrustés d’après lui des  »faux docteurs », dont la mission consisterait  simplement à siphonner nos ressources. A travers des clauses léonines, passées notamment dans le secteur minier.

Le leader de l’Ufr a mis sa sortie à profit pour proposer ses services au président. Assurant au passage, qu’il ne fera pas de quartier, dans la croisade contre la corruption.

Pour maints observateurs, ces attaques de Sidya Touré ressemblent à de la haine recuite, ayant   pour seul but de savonner la planche à Kassory Fofana, leader du parti Guinée pour Tous (Gpt). Vu que le ministre d’État à la présidence chargé de l’investissement et des partenariats public-privé, ne cache plus ses ambitions de diriger le palais de la colombe.

D’ailleurs, pour s’attirer les faveurs du chef de l’État, Dr Kassory Fofana, l’un  des impétrants, fait déjà de la retape. Lui au moins à jeter le masque, contrairement aux autres prétendants. Son slogan de campagne est axé sur la lutte contre la corruption.

Mais pour bien des gens, Kassory  fut l’argentier de notre pays, à une époque où la reddition des comptes était le cadet des soucis du gouvernement. Comment alors  comprendre que celui-ci vienne jouer aujourd’hui les saintes nitouches…C’est la pelle qui se moque du fourgon.

C’est le lieu de noter que dans la perspective de la nomination du futur gouvernement, les couteaux sont tirés. Dans cette bataille des strapontins qui bat son plein, tous les coups sont permis, y compris les plus solides.

L’opposition sonne la fin de l’armistice 

Talibé Barry : L’opposition commence  à perdre patience, vu que les choses trainent au niveau du comité de suivi, surtout dans le traitement du contentieux électoral. Vous y voit déjà la fin de la trêve, si des mesures fortes ne sont prises au niveau notamment de l’exécutif ?

C’est l’opposition républicaine qui a annoncé son intention de se retirer sur l’Aventin. En effet, faute de résultats escomptés, le chef de file de l’opposition Cellou Dalein Diallo et ses pairs veulent mettre fin à la trêve. Car selon eux, le comité de suivi de l’Accord inter guinéen, chargé de vider le contentieux électoral, marque le pas.

« Nous n’avons pas constaté une réelle volonté de trouver une solution rapide au contentieux électoral. C’est pourquoi, nous demandons à nos militants de rester mobilisés », peste Alhousseini Makanera, porte-parole de l’opposition républicaine.

Cette dernière  déplore dans la foulée, le fait que la loi sur la refonte de la Ceni ne soit toujours pas parvenue à la table de l’assemblée nationale. Alors que la session des lois a démarré le 5 avril. À ces griefs, elle ajoute l’apurement du fichier électoral, avant les prochaines législatives. À ce niveau il y a problème, puisque la Ceni dit que l’opération pourrait s’étendre dans la  durée. Ce qui risquerait de compromettre la tenue des législatives, à bonne date. Pour ne pas donc continuer à jouer les potiches au sein de ce comité de suivi, les opposants trouvent qu’il est temps de mettre un terme à l’armistice, auquel on est parvenu, suite à la rencontre entre Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, le 2 avril.

Cette annonce a fait frémir la majorité présidentielle, où l’on soupçonne l’opposition de vouloir tailler les croupières à l’exécutif. Après le lancement en grande pompe des travaux de la reconstruction de la route Coyah-Dabola, jeudi. Chantier dont le coût est estimé à 357 millions d’euros, financés en partie grâce à la coopération chinoise. Avec une contribution du budget national de développement (BND) de 15%.

À propos du contentieux électoral, il faut noter que c’est la bouteille à l’encre. Comme l’a reconnu le président du Cnoscg, Dr Dansa Kourouma, le comité de suivi n’a pas  »la compétence de modifier les résultats » proclamés par la Ceni.

En pareil cas donc, seule une solution politique pourrait nous sortir de cette impasse. Il revient donc au chef de l’État de trouver un compromis acceptable, en guise de formule magique.

 

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