Naïny Bérété

La signature le 28 décembre dernier d’un accord entre la société forêt forte et les partenaires syndicaux sur la reprise des activités de la société sous l’égide du gouvernement guinéen, cet accord prévoyant l’exploitation des forêts classées de Ziama et de Diecké. Depuis lors, les protestations et des voix se lèvent pour condamner ce qu’on qualifie déjà de « destruction du couvert végétal » qui reste à notre pays. Des habitants des villes où se trouvent ces forêts, et les ONG dénoncent avec beaucoup de vigueur cet accord.

Pour ma part, je soulignerai que la Guinée est liée par un certain nombre d’engagements internationaux qui l’obligent à protéger ces forêts. On peut citer entre autre la convention de l’UNESCO que la Guinée a ratifié le 18 mars 1979, la Convention internationale sur les espèces menacées. A celles-ci, il faut ajouter que dans le cadre des conférences internationales sur le climat, le chef de l’Etat a fait de la protection de l’environnement et la promotion d’un développement durable du continent africain, une priorité de son action internationale. A toutes ces raisons qui relèvent de l’ordre international, il faut aussi dire que le spectre de Zogpota plane sur cet accord.

Une exploitation contraire aux engagements internationaux de la Guinée.

La forêt Ziama est érigée comme forêt classée en 1932, et elle a été reconnue patrimoine mondial de l’UNESCO en 1980. Depuis 1981, elle a été déclarée avec la forêt classée de Diecke comme la réserve de la biosphère universelle. Ziama abrite plus de 1300 espèces végétales et 547 espèces animales dont 22 sont protégées par la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Ces conventions, toutes signées dans le cadre de l’UNESCO dont la Guinée est membre, met à la charge de notre pays une obligation de protection de ces sites qui sont considérés comme unique dans la sous région surtout la forêt de Ziama. Autoriser l’exploitation de ces forêts constituerait une violation des engagements de la Guinée en matière de protection de l’environnement et du patrimoine mondial.

Donner le quitus pour exploiter ces patrimoines forestiers, en somme, la république se met à dos avec ses engagements, pour dire autrement, elle se tire une balle dans le pied.

Un accord à l’encontre des engagements personnels du président de la république

C’est un secret de polichinelle le chef de l’Etat Alpha Condé fait du développement et de l’émancipation du continent africain un pan essentiel de son action internationale. A ce titre lors de la COP21 de décembre 2015 à Paris, il s’est bataillé pour que l’Afrique aille unie à cette messe internationale pour peser de tout son poids, et pour ainsi obtenir le meilleur accord qui puisse lui être favorable. Sous son impulsion, les résultats ont été spectaculaires: 100 milliards de dollars jusqu’en 2020 dans le cadre du « fonds verts pour le climat »  pour appuyer la transition énergétique des États les plus pauvres de la planète, dont certains subissent déjà de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique auquel ils n’ont que très peu contribué.

Pour se faire, l’Initiative africaine sur les énergies renouvelables (AREI) a été créée lors de la conférence mondiale sur le climat, où plusieurs pays, dont la France, ont promis 10 milliards de dollars (8,8 milliards d’euros) pour installer 10 gigawatts (GW) de capacités électriques supplémentaires sur le continent d’ici à 2020. Une initiative que préside le chef de l’Etat guinéen. Tous ces acquis, le président Alpha Condé y a été pour beaucoup. Alors, que son gouvernement autorise l’exploitation du couvert végétal qui reste à son pays, conduirait à trahir ce combat et à ternir ces résultats pour le moins impressionnant.

Au nom de quelques hypothétiques emplois, on detruirerait l’avenir de la Guinée et pas que, mais de la sous région ouest africaine toute entière.

Le spectre de Zogota plane au-dessus de cet accord

La Guinée est un pays qui est souvent en proie à certains conflits dans les zones où s’installent les unités extractives. Le plus souvent pour des raisons liées à la revendication d’emplois pour les fils du terroir. Les cas récents de Boké en sont les parfaites illustrations, même si je vois une manipulation dans ça qu’autre chose.

Cependant cet accord du 28 décembre ne fait aucunement mention au contenu local qui impliquerait que l’entreprise qui s’installe sur une localité recrute des fils issus de cette zone où elle mènent ses activités. La société Forêt Forte ne va non seulement pas recruter mais en plus, elle va supprimer des emplois. Ainsi le personnel qui était de 1500 passera à 680. Et selon le contenu du document issu des négociations, la reprise du travail par les 680 travailleurs retenus se fera en deux (2) temps. Pour la première période allant du mois de janvier au mois de mars 2018, 218 salariés vont reprendre les activités selon les besoins d’exploitation alors que pour la deuxième période allant du mois d’avril au mois de juin 2018, 462 salariés reprendront les activités progressivement en fonction des besoins de transformation.

Et si l’exploitation de la forêt venait à demarrer, les habitants où se trouvent ces forêts, en l’occurrence, les Macentakas et les Dieckerois pourront être à mesure de demander à la société de recruter leurs enfants, à défaut, exiger l’arrêt des travaux. Nul ne sait alors quelle serait la réaction des autorités locales pour déloger les empêcheurs de tourner en rond. En tout cas, ce n’est pas jouer les cassandres, mais je m’imagine pas revivre un deuxième Zogota sur le territoire de la république, dans une période où la confiance des investisseurs étrangers en direction de notre est au beau fixe.

La voie de la sagesse et de la raison doit l’emporter

Pour toutes ces raisons susmentionnées, j’en appelle à la responsabilité du gouvernement, à l’exigence de préservation d’un avenir plus verdi aux générations futures. Pour ne pas trahir les engagements et les actions du chef de l’Etat, la raison doit l’emporter.

Par Naïny BERETE, étudiant guinéen en Sciences Politiques à l’université de Nantes.

Tel: 07-51-41-89-45, adresse: [email protected]

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