Yamoussa Sidibé

La plupart des pionniers de l’indépendance africaine a situé la responsabilité du retard et des malheurs de l’Afrique, dans le capitalisme qui a conduit au colonialisme. C’est pour cela que, presque tout naturellement, des figures comme Ahmed Sékou Touré, Kwamé Nkrumah, Modibo Kéita ou Julius Nyéréré vouent aux gémonies le capitalisme et se prononcent pour une révolution qui devrait conduire leurs nations au socialisme. Nos nations qui sortaient de la colonisation, ont ainsi fait leur entrée dans le monde moderne avec des outils et des convictions qui détonnaient avec leur histoire et leur culture.

De nombreux intellectuels ont, en effet, pensé que nos sociétés de large solidarité ont des points de ressemblance avec le socialisme au point de penser que la transition de pays colonisé à pays socialiste se ferait naturellement, sans anicroche. La réalité est que nous sommes des sociétés communautaires mais non communistes. Dans nos sociétés traditionnelles, la propriété privée est reconnue et garantie, la richesse, la pauvreté et l’indigence sont respectées, la liberté de l’individu est sacrée.

Et cette liberté peut s’exprimer dans une solidarité volontaire qui donne à ce geste toute sa connotation humaine. C’est par une action volontaire que des jeunes du village décident de s’investir dans le labour ou dans la récolte du champ d’un voisin. Toutefois, le champ et la récolte continuent d’appartenir au voisin qui est libre de faire ou non une offrande aux jeunes gens qui lui ont apporté leur aide.

La gestion politique est un privilège et une lourde responsabilité. Personne n’est obligé de l’accepter. Celui qui l’assume doit cependant comprendre que tous ses actes s’apprécient à l’aune de sa capacité et à la lumière du jugement de la postérité. Ceci suppose que l’on fasse preuve d’initiatives, d’inspiration et d’emprunts ne trahissant pas la présence et les intérêts de son peuple dans toutes les décisions.

Déjà, au lendemain de l’indépendance, l’idée que les diplômes et les compétences ne sont pas la jauge du mérite a vite fait de saper la rigueur et l’intransigeance dans l’administration guinéenne et fait le lit d’une précarisation progressive des structures de l’Etat. L’ambition cesse dès lors de se doter de moyens de réussite, seules peuvent suffire les relations de famille où de proximité. Cela assoira la conviction que « rien ne sert de vous munir de diplôme si la chance n’est pas avec vous ».

Et finalement, c’est toute l’administration qui en est désarticulée. On tourne le dos à une administration moderne et on encense une gestion familiale qui détonne avec toutes les pratiques contemporaines. L’entrée dans le cercle des Etats modernes se révèle dès lors difficile et périlleuse et nous y aliène les chances d’une présence responsable.

Yamoussa Sidibé

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