Modification de la constitution : L’oreille unidirectionnelle d’Alpha Condé 

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Le débat sur une probable modification de la constitution de Mai 2010 est aujourd’hui le principal sujet de l’actualité politique du pays. On en parle dans les médias, meetings, assemblées générales de partis politiques, les cafés, etc. Même le chef de l’Etat guinéen se prête à ce jeu. Si Alpha Condé ne s’est pas officiellement prononcé en faveur d’une révision constitutionnelle, il a tout de même le loisir de faire entendre qu’il prend le temps d’écouter le « peuple » et de prendre sa décision le moment venu. C’est à ce niveau que se situe l’essence de cette réflexion.

Pour commencer et contrairement aux idées reçues à la guinéenne, nous avons tous droit à la parole. Y compris ceux qui militent pour une nouvelle constitution.

Il faut un moment s’arrêter et s’interroger. Quelle partie du peuple le président veut-il écouter ? C’est au moins clair qu’il ne s’agit pas de celle qui milite contre l’idée d’une modification de la constitution. Parce que contrairement à ceux qui organisent ou profitent des évènements auxquels le chef de l’Etat prend part, les anti troisième mandat eux, s’ils se font entendre c’est à des endroits précis et connus de tous : au siège de la PCUD, dans les médias traditionnels et les médias sociaux.

Pour faire simple, intéressons-nous à l’actualité toute fraiche. A Kindia, le président a été reçu par une partie du peuple, qu’il a bien écouté, car les banderoles de soutien au projet de modification constitutionnelle étaient affichées partout au stade, et ça lui a été dit de façon explicite, le président guinéen a même répondu à cette préoccupation en ces termes : « Je vous ai entendu, les jeunes, les femmes et les vieux. Ce que le peuple demande c’est ce qui se fera. Je suis à l’écoute du peuple. Je vais écouter tout le monde, c’est à l’issue de ça que je vais prendre ma décision. Je vais écouter tout le monde, je vous reviendrais. » 

Pourtant, quelques heures avant cet évènement, la mairie interdisait aux représentants des forces sociales d’organiser des manifestations pour dire NON au souhait des autres. On leur a interdit d’exercer ce droit.

La conclusion est toute faite. Si vous êtes Guinéen et que vous sollicitez la révision constitutionnelle, vous bénéficiez de l’oreille attentive d’Alpha Condé, qui, « le moment venu prendra sa décision et vous répondra. » Si vous militez contre cette démarche, on vous demande de ne pas le dire ou en tout cas de le dire de façon circonscrite.

Il y’a d’ailleurs certains défenseurs du projet de modification constitutionnelle qui disent : « le Guinéen est trop pressé. Le président n’a jamais dit qu’il va modifier la constitution donc qu’on attende que cela soit fait… » D’accord, mais si ceux qui ne veulent pas que le chef de l’Etat propose une modification de la constitution doivent s’abstenir pour le moment, pour quelles raisons les Guinéens qui soutiennent ledit projet devraient eux se faire entendre ?

Il faut absolument que le président soit dans l’esprit de ce qu’il a dit à Kindia et ailleurs, « ECOUTEZ LE PEUPLE ». Et vu qu’il n’y a qu’un seul peuple, il faut écouter tout le monde. Convoquer par exemple (et cela peut réduire considérablement les saignées financières comparativement aux meetings organisés çà et là) des assises nationales, avec toutes les composantes de la société, les pros et anti changement constitutionnel, durant 72h, recueillir les avis des uns et des autres et prendre une décision à l’arrivée.

Je suis convaincu que de cette manière, on gagnerait plus de temps ! Pour le moment, le président écoute « le peuple » mais seulement une partie du peuple.

Alpha

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