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Dans cet entretien qu’a bien voulu accorder le directeur national des archives à votre semainier, Dr Seydouba Cissé, explique  la mutation opérée par son service, mais également les difficultés que cette direction  rencontre dans le processus de conservation des  archives nationales, dans la mise en œuvre de cette politique.

Comment la Guinée compte s’impliquer dans le cadre de la numérisation de ses données, afin qu’il y ait une seule version?  

Dr Sédouba Cissé : Je vous remercie, actuellement, nous sommes en train de numériser les archives anciennes de la Guinée pour pouvoir créer une base de données, à travers l’installation d’un logiciel de gestion qui est purement africain. Mais avant tout, comme vous le savez, les archives dans notre pays, nous n’avons pas la culture de l’archivage. Les archives publiques relèvent de la présidence de la République, aucun ministère n’a la vocation de garder les archives plus de 30 ans. Autrement dit, le versement doit être régulier. Nous avons des projets dans notre pays dont on ne trouve aucune source d’information aujourd’hui. Parce que, le plus souvent les documents sont détruits au fur et à mesure qu’on les produit. Pour mettre fin à cela, nous avons une politique nationale, qui consiste  d’abord à un contrôle scientifique, qui est technique  des archives dès la naissance, c’est-à-dire les archives courantes dans les bureaux, une mission d’inspection est sortie depuis le 10 octobre 2017 et ça se poursuit dans les administrations à Conakry. Et ça sera bientôt à l’intérieur du pays. Nous identifions les documents. Tout ce qui a été produit depuis de plus de 30 ans, on les verse aux archives nationales. C’est après ça, qu’on peut faire la numérisation, c’est une autre forme de conservation. Ensuite, nous avons commencé la construction des bâtiments des archives régionaux, dans toutes nos régions. Il y aura un bâtiment à Labé, un bâtiment d’archives moderne à Boké et dans les autres régions. C’est pour éviter la destruction des documents comme ce qui est arrivé en Guinée dans les années 2000, c’est-à-dire 2007 et 2008. Vous le savez mieux que moi, je n’étais pas encore en Guinée, mais je l’ai appris. Voilà donc actuellement ce que nous faisons aux archives nationales.

A date, avez-vous une idée sur le nombre de documents répertoriés dans les secteurs déjà touchés ?

Il faut dire que le premier résultat de l’inspection de la direction des archives date de 1989. C’était la première mission d’inspection depuis notre indépendance, nous avons découvert 15 kilomètres de documents dans les administrations. C’est à partir de ce constat que nous avons dimensionné le bâtiment actuel. Ce bâtiment donc était construit et aménagé pour 30 ans. A  ce jour, il y a encore trois kilomètres de magasins non équipés. Mais équipés de rayonnages disponibles avec toutes les conditions nécessaires de conservations climatisées : 18° Celsius pour les papiers, avec 40% d’humidité. Mais les ministères ne versent pas leurs archives. C’est ça le problème, donc aux archives nationales nous avons une capacité de 11 kilomètres.

Le document le plus ancien date de quelle année ?

Nous avons deux dates : la première est de 1695, mais c’est un document trouvé dans le fond des archives nationales, qui ne concerne pas l’histoire de notre pays, ça intéresse l’histoire de saint Domingue, c’est-à-dire c’est un inventaire de biens au 17ème siècle, certainement quelqu’un qui aurait passé par là. Sinon le document le plus ancien qui concerne l’histoire de notre pays remonte en 1720, en ce moment c’était le Sénégal, avant les indépendances avec les rivières du sud, avant le nom de Guinée française.

Certaines institutions déplorent qu’il y ait visiblement moins de documents concernant l’origine de leur création en Guinée, notamment de l’Organisation de la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). Qu’en dites-vous ?

C’est tout à fait vrai, l’OMVS par exemple quand ils sont venus en 2015, je venais de prendre juste les fonctions, je n’avais pas encore fait le récolement général des archives nationales. Donc, je les ai dirigés vers les ministères qui étaient en charge de l’OMVS. Effectivement comme ils l’ont dit, ils n’ont trouvé que 21 documents. Mais nous sommes en train nous même de faire des recherches pour cela, nous faisons les inspections, autrement dit, c’est là qu’il aurait pu trouver tout le fond de ces projets.

Certains indiquent également qu’il y a des particuliers qui détiennent des documents d’utilité publique. Quelle politique faut-il mener pour être en possession desdits documents?

Une très bonne question. Nous savons que la plupart de nos cadres rentrent avec les documents publics. La loi sur la gestion des archives en Guinée dit que les archives publiques sont inaliénables et imprescriptibles. C’est-à-dire que vous ne pouvez pas aliéner ces documents comme biens privés, et il n’y a pas de date limite pour la prescription des archives publiques. Elles sont imprescriptibles et inaliénables et donc pour cela nous sommes en train d’élaborer un arrêté conjoint ministre d’Etat, secrétaire à la présidence en plus les ministères concernés, pour demander à chaque fois qu’il y aura une passation de service, que l’autorité sortante signe un procès-verbal de récolement des archives qu’ils laissent à son successeur. Cela va commencer par les mairies, une fois les élections communales terminées, l’arrêté verra le jour et nous allons demander aux nouveaux maires de signer la prise en charge des archives que vont laisser leurs prédécesseurs.

Propos recueillis par Richard TAMONE (Le Démocrate)    

    

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