5- Comment régler le problème des coordinations régionales dans le cadre d’un état moderne sans renier nos valeurs ancestrales ?

J’ai écouté le président Blaise Compaoré du Burkina Fasso ; il donnait la réplique au président Obama qui avait recommandé des institutions fortes plutôt qu’un homme fort.

Le président Sassou N’Guésso du Congo Brazza n’était pas très éloigné de la position du président Blaise. A ces deux hommes d’Etat, se pose le problème de la révision constitutionnelle pour le renouvellement de leur mandat en contravention de la limitation prévue dans leur constitution. Le référendum est devenu la panacée, assurés déjà d’un plébicite acquis d’avance par un mystère dont ils ont le « secret ».

Le président Blaise semblait dire qu’à un moment donné, « un homme fort » sert à quelque chose face à certains grands défis, ce à quoi son opposition rétorqua qu’il était préférable en Afrique d’avoir de « grands hommes » du genre de Mandela, ce qui est différent des « hommes forts » dont on connait certaines basses bésognes, ajouterais-je.

Le président Sassou N’Guésso était plutôt soucieux de la stabilité qui était préférable au déluge que l’inconnu peut réserver.

En clair, il préférait l’injustice au désordre comme quelqu’un l’a dit.

A quelque chose de près, je crois avoir retenu ces deux idées forces.

Ce qui est certain, la démocratie à l’occidental telle qu’elle est conçue ne nous est pas adaptée, je l’ai déjà dit (renvoi au premier article dans le Journal Indépendant N°1102 du 07 août 2014).

Le président Jacques Chirac de France, l’un de ceux qui connait le mieux l’Afrique, avait soulevé une levée de bois vert quand il avait dit lors d’un de ses passages à Yamoussoukoro que la démocratie n’était pas faite pour les Africains, il essuya un tollé général.

Certes, la formulation était maladroite, mais dans le fond il eut été préférable de dire que la démocratie à l’occidental n’était pas adaptée à nos valeurs.

a) Nos chefs coutumiers détenteurs de nos valeurs.

Les « Sotikémos » n’ont jamais été élus. Tout le monde leur fait allégeance pourtant.

L’élection n’est donc pas la voix royale absolue pour asseoir une légitimité.

Nos sociétés ont été destructurées et sont restées sans boussole. Ailleurs, on a réussi à concilier les droits coutumiers aux droits modernes, exemple le Moronaba du Burkina Fasso est incontournable dans le dispositif protocolaire.

En Côte d’Ivoire et au Ghana pour ne citer que ceux là, les chefs Akan sont garants et dépositaires de tous les rites et coutumes.

En Haute Guinée, la gestion du pouvoir coutumier et son mode de transmission sont prévus et personne ne conteste leur autorité morale. Beaucoup de problèmes sont résolus à leur niveau sans que cela ne dégénère.

Mais là n’est pas mon propos parce que je me bats pour l’homogénéité de la société Guinéenne, étant une combattante des droits humains. Tous les hommes naissent égaux en droit, la constitution l’a suffisamment martelé, c’est devenu une vérité de la palisse. Seul le mérite par la compétence aurait dû être retenu comme critère d’évaluation ; telle une unité de mesure pour identifier les candidats à un poste.

Les coordinations régionales ont dérivé en se décrédibilisant par la politisation. Dans biens des cas, elles ont même opposé les fils d’une même contrée en faisant le jeu ou du pouvoir ou de l’opposition si ce ne sont les deux à la fois.

Elles ont été infiltrées en cédant à la manipulation politicienne et à l’achat des consciences. A preuve, elles n’ont pas pu empêcher le cantonnement ethnique dans toute sa violence.

La solution pour un apaisement passe par la sagesse d’un sénat adapté à notre situation.

A tous ceux qui prendront le train en marche pour n’avoir pas lu les épisodes précédents livrés dans les colonnes des indépendants N°1102 du 07 août 2014 et N°1104 du 21 août 2014.

Je rappelle le but poursuivi :

– Considérant que le leadership politique n’a pas trouvé mieux que de plonger le pays dans l’abîme sans fond de l’ethnocentrisme en flattant nos bas instincts pour faire de nous des animaux féroces lachés dans une Guinée transformée en jungle avec comme seule loi « la loi du plus fort ».

-Considérant que cet instinct animal est entré dans nos mœurs de façon irréversible, je le crains, au point que le seul énoncé d’un patronyme suffit à vous ficher dans une catégorie. Cette suprême crétinisation de la pensée et du régressement a conduit, sans le reconnaître ouvertement, à hiérarchiser les ethnies en partant de celle qui serait réputée « la race aryenne » jusqu’à celle des sous hommes en passant par d’autres, considérées inclassables, parce que ravalées au rang d’animal ; ou encore, celle dont la vocation est de jouer aux troubadours animateurs et au besoin, servir de molosses féroces chargés de se battre par procuration lors des « intifadas sanglants » en servant de boucliers.

D’autres exemples tout aussi dommageables existent.

En effet, même pour un acte aussi privatif qu’un mariage devient une affaire communautaire, ce n’est plus une affaire de famille au point que le couple se voit obligé de négocier auprès de sa communauté pour valider un acte aussi privé.

La même chose s’observe pour des cas de divorce ; le couple se sépare sous la pression de leur communauté respective.

Que deviennent les enfants issus de ces mariages mixtes ?

La Guinée a touché plus bas que le fond. Tous les patriotes doivent se lever pour la tirer de là.

Moralité, ceux qui se trouvent dans cette situation kafkaïenne sont obligés de faire valoir leur « tigritude » en criant plus fort que ceux qui n’ont pas ce sang mêlé de peur d’être suspectés  de collabos.

La Guinée a touché plus bas que le fond.

Beaucoup se reconnaitront dans cette schizophrénie, hélas !

Les  prétendus  « cadres » intellectuels sont responsables de cette situation car nos villages sont restés sains, mais pour combien de temps ?

Et dire que ces comportements sont sanctionnés par la constitution en son article 4 qui dispose que : « la loi punit quiconque par un acte de discrimination raciale, ethnique, religieuse, par un acte de propagande régionaliste, ou par tout autre acte, qui porte atteinte à l’unité nationale, à la sécurité de l’Etat, à l’intégrité du territoire de la République ou au fonctionnement démocratique des institutions. » Et nos procureurs gardent un silence d’outre-tombe.

Des clichés fabriqués et ancrés dans l’imaginaire de nos enfants, cette jeunesse qui apprend à les reproduire à leur tour en stigmatisant les ethnies du pays au mépris de la compétence et de la connaissance qui n’ont pas de coloration ethnique, elles sont incolores, inodores et sans saveur, à part celle de l’expertise dont la Guinée a tant besoin.

-vu la gravité de la situation que chantent nos artistes dont l’éminent Fodé Baro dans sa complainte « mon pays va mal, on va les dénoncer … on va les bousculer etc… ». Ces artistes qui sont le baromètre de la société mais qui ne sont plus écoutés, hélas !

Que l’on se souvienne de l’immortel feu Kouyaté Sory Kandia qui avait pu réconcilier deux présidents Sangoulé Lamizana de la Haute volta (actuel Burkina Fasso) et Moussa Traoré du Mali.

Ces motifs m’ont amenée à réfléchir sur la thématique de la démocratie adossée à une nouvelle constitution.

b) Création  d’un sénat. 

Pour la vacance du pouvoir, je n’ai jamais compris que l’on puisse choisir le président de l’Assemblée Nationale pour l’assumer. Le sacro saint principe de la séparation des  pouvoirs devait suffire à l’interdire.

Le patron du pouvoir législatif ne saurait se transformer en chef provisoire du pouvoir exécutif même dans le cadre d’une brève transition.

Ce mélange de genre ne s’explique pas.

Les députés et leur président ont forcément une coloration affichée et ne pourront que manœuvrer pour un candidat, pourquoi pas celui de leur coloration politique.

Le président de l’Assemblée Nationale ne saurait rester neutre, même s’il lui est interdit de se présenter car au niveau où il se trouve, il pourra toujours influencer et manipuler.

L’illustration la plus éloquente fut la désignation du candidat au perchoir de l’actuelle Assemblée Nationale, un véritable combat avait opposé des protagonistes qui se reconnaitront, en raison de l’enjeu, le dauphinat.

Le sénat est à repenser en l’adaptant à nos valeurs afin que son président puisse exercer la transition en toute neutralité.

Les sénateurs doivent être désignés ou élus à vie ou pour une longue durée

(à débattre). Il ne doit y avoir aucun lien de subordination entre eux et les autres pouvoirs.

Ils doivent être correctement rémunérés pour être à l’abri de tout achat de conscience. Leur assujetissement doit être un assujettissement au forfait et pas dans les détails.

Ce forfait se limite au serment.

La violation du serment devra être passible d’une déchéance de la fonction assortie d’une peine d’emprisonnement. Elle sera assimilable à la haute trahison.

Il reste entendu que le pouvoir judiciaire devra être un pouvoir puissant avec des magistrats aussi indépendants que compétents ; mais ça c’est une autre affaire.

                                                                                    Maître Aminata BARRY

                                                                            Fille de BARRY Diawadou

                                                                       Assassiné au Camp Boiro en 1969.

In L’Indépendant, partenaire guinee7.com

 

 

 

 

 

 

 

 

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