Le Vice-président de l’Union des forces démocratiques de Guinée a accordé une interview à votre hebdomadaire, à la faveur de la plénière de l’opposition du jeudi dernier. Cherif Bah s’est prononcé sur l’actualité sociopolitique. Lisez!

Quelle lecture faites-vous de la rencontre entre Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo?

Ibrahima Cherif Bah : C’est une rencontre utile puisque notre loi prévoit que le chef de file de l’Opposition puisse rencontrer de temps en temps le chef de l’Etat pour discuter des questions essentielles concernant le pays. Nous sommes dans une crise postélectorale depuis pratiquement deux mois. Il est de leur devoir de se rencontrer pour discuter de l’avenir de ce pays, pour trouver des solutions pour apaiser le climat social et économique de la Guinée.

Donc, à priori, c’est une bonne chose de se rencontrer et de se parler.  Ce qu’on peut dire, suite à la rencontre c’est qu’on nous a rafraichi la mémoire au sujet de certaines décisions importantes déjà actées dans l’accord d’octobre 2016. Parlant de la recherche des instigateurs, des commanditaires et de ceux qui ont tué des citoyens qui ont manifesté pacifiquement. En ce qui concerne les indemnisations des citoyens qui ont perdu des biens matériels extrêmement importants. En ce qui concerne la nouvelle loi sur la CENI qui doit être examinée lors de cette session des lois et aussi en ce qui concerne le fichier électoral qui doit être audité et assaini.  Il faut dire essentiellement que la balle est dans le camp du chef de l’Etat. Donc, on attend beaucoup du chef de l’Etat.  Tous les regards sont fixés sur lui, il est le responsable de la bonne gouvernance de ce pays, pour que ce pays soit en paix, pour que ce pays puisse se mettre à travailler, créer le bonheur de ses citoyens.

L’opposition demande à ce que la CENI publie les ‘’ vrais résultats’’.  Est-ce que cela ne constituerait pas une violation de la loi?

 Pour éviter d’autres crises, il faut bien mettre les points les i. c’est-à-dire traiter tous les points de revendication de l’opposition, cela est nécessaire et primordial. Exactement, la loi n’a pas été appliquée. Nous demandons que la loi soit appliquée.  Au niveau des CACV, ils ont mis de côté certains procès-verbaux. Les procès-verbaux (PV) sont les résultats du vote des citoyens  compté à partir des bureaux de vote. Il y a eu des PV qui ont été annulés et  nous protestons contre cela. La grande violation revient de là. Le Code électoral a été gravement violé en son article 86 qui dit qu’en aucun cas, le vote d’un citoyen ne peut être annulé par un magistrat. Donc, en annulant ou en écartant les PV de certains bureaux de vote, que nous avons identifiés, les présidents des CACV ont commis   une violation de la loi. Nous voulons très bien que les juges qui agissent au nom du peuple de Guinée, rendent la bonne justice. Les partis d’opposition, notamment nous de l’UFDG, nous sommes dans notre bon droit de demander que l’article 86 du Code Electoral soit appliqué parce qu’il a été incorrectement appliqué. Il faut que le Comité de suivi trouve une solution et qu’on passe le cap et qu’on aille maintenant à l’installation des conseils de quartiers et les conseils des communes. L’opposition est donc dans la légalité en exigeant que les votes des citoyens soient reflétés dans les centralisations.

La mouvance présidentielle a également rencontré Alpha condé pour le même sujet. Est-ce que c’est une manière de privilégier le dialogue?

Ce n’est pas une manière de privilégier le dialogue. Il faut que ce gouvernement évite de banaliser les choses.  La rencontre institutionnelle du chef de l’Etat avec le chef de file de l’opposition a été faite, et c’est la plus importante.  Rencontrer la mouvance, ça n’a aucune valeur pour nous. Le vrai travail, le vrai enjeu c’est la rencontre entre le chef de l’Etat et le Chef de file de l’opposition. Tout ce qui vient après, c’est une banalisation. Il faut qu’on évite de banaliser les accords. Donc, nous mettons en garde les gens qui sont en train de  chercher à minimiser la rencontre du 2 avril dernier, à multiplier inutilement le nombre d’intervenants, en fait à tenter de brouiller le message qui est très clair dès le départ : il s’agit de refléter les vrais résultats sortis des urnes et d’appliquer totalement toutes les dispositions de l’Accord d’Octobre 2016. Et nous serons très vigilants en tant qu’opposants pour suivre au jour le jour la mise en œuvre de l’engagement pris qui est en fait un engagement renouvelé.

Un jeune nommé ‘’Grenade’’ serait dans la main de la justice, accusé de participer selon le procureur de la République aux assassinats des militants de l’UFDG. Il aurait été arrêté avec des armes  qu’en dites-vous?

Quand un gouvernement manque d’arguments pour justifier ses forfaitures c’est ce genre de choses qu’il va faire c’est à dire un montage éhonté. On présente un jeune homme qui est un grand militant du parti, on lui donne une arme qu’on le force à tenir et on le photographie avec, on fait croire qu’il a tué quelqu’un. Mais, c’est entièrement éhonté. On a vu comment la mission d’un certain Rachid N’Diaye a échoué en Europe malgré la grande quantité d’argent du contribuable guinéen qu’il est entrain de distribuer là-bas à des entités qu’il pense achetables. Pourquoi le gouvernement attend-il que l’Opposition enterre la 94ème victime pour accuser  l’opposition d’avoir tué ses propres militants qui manifestaient?  Alors que dès le départ, le 3 avril 2011 quand la première victime Zakaria Diallo tombait, le gouvernement a refusé de recevoir la plainte de la partie civile ! Il est normal de voir le jeune Boubacar Diallo dit Grenade prendre des photos avec des cadres du parti. Donc, pour nous ce n’est pas un criminel, c’est un grand militant que les spécialistes  des montages de type stalinien tentent d’instrumentaliser. Tout ceci est cousu de fils blancs et ces ingénieurs de crises se trompent d’époque.

«Je vais nommer un gouvernement composé des ministres à l’écoute du peuple, des ministres responsables», a promis Alpha condé. Qu’en pensez-vous?

Nous, nous savons que le problème ce ne sont pas les ministres, le problème c’est la tête. Nous sommes dans un régime républicain très fort avec quelqu’un qui aime le pouvoir personnel fortement centralisé. Le Président peut très bien nommer 10 ou 20 ministres nouveaux, ça ne changera rien. D’ailleurs, le gouvernement actuel n’a pas de pouvoir décisionnel. On a  deux gouvernements, un gouvernement de Youla et un gouvernement à la présidence. Nous savons que  c’est lui seul, c’est à dire le Président de la République qui décide. Donc, un remaniement ministériel, même profond, ne changera rien à la mal gouvernance dont nous souffrons actuellement.

La Société civile porte plainte contre ceux qui incitent  à la haine et à la violence. Quel est votre point de vue ?

La société civile doit être médiane, elle doit  être au centre. Elle doit être un recours quand il y a crise. Quand le gouvernement gère et l’opposition s’oppose et  qu’à un moment donné il y a une crise majeure et que le pays est en difficulté on fait recours à la société civile. Elle est dans son rôle d’intervenir quand le gouvernement fait preuve de carence notoire.

Interview réalisée par Tidiane Diallo (L’Indépendant)

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