Censure

Culture et Religion : Une Harmonie à Préserver, Un Héritage à Défendre

Depuis mon enfance, j’ai grandi au rythme de nos traditions, imprégné des valeurs culturelles qui façonnent notre société guinéenne. Le Tindoré (l’encrier), le Karabol (l’écritoire), l’Alouwal (la planche coranique) et le Deftéré (le Coran) constituaient les piliers de notre apprentissage au sein du Doudhal (école coranique). Bien plus que de simples objets, ils représentaient notre initiation à la connaissance d’Allah et à la Sunna de Son Prophète Mohamed (PSL). À travers eux, nous avons appris la foi, l’éthique et le respect de nos racines culturelles.

Islam et Culture : Une Alliance Naturelle

Aujourd’hui, une tendance inquiétante cherche à opposer religion et culture, comme si l’une devait nécessairement effacer l’autre. Cette vision erronée résulte d’une interprétation biaisée et radicalisée de la religion. Je ne peux l’accepter.

L’Islam n’a jamais été un obstacle à notre identité culturelle. Au contraire, il l’a enrichie et consolidée. Allah nous rappelle dans le Saint Coran :

« C’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté du juste milieu… » (Sourate 2, Verset 143)

Le Prophète Mohamed (PSL) n’a jamais prôné l’éradication des cultures locales. Il a encouragé leur harmonisation avec les valeurs islamiques, en insistant sur la conformité, l’authenticité et l’éthique.

Alors, pourquoi certains veulent-ils faire croire que notre culture est incompatible avec l’Islam ? Pourquoi propagent-ils une idéologie qui dénature à la fois notre foi et notre patrimoine ? L’Islam n’a jamais été un outil d’oppression culturelle, mais plutôt une lumière qui éclaire et guide.

Ni Extrémisme, Ni Dépravation : Une Culture Élevée et Positive

Je refuse toute tentative d’effacement de notre identité culturelle sous prétexte de religion. Mais je rejette également ceux qui, sous couvert de modernité et d’expression artistique, encouragent la dépravation et la perte de repères.

Le Prophète Mohamed (PSL) a mis en garde contre les dérives qui éloignent de la spiritualité et de la morale :

« Chaque religion a une caractéristique morale, et celle de l’Islam est la modestie. » (Sunan Ibn Majah, 4181)

L’art, la culture et la créativité doivent être des instruments d’élévation, non des vecteurs de corruption ou de dépravation des mœurs. Il est tout à fait possible d’être artiste, innovateur et créateur tout en restant fidèle à sa foi et à ses valeurs sociales.

Une Guinée Forte de sa Foi et de sa Culture

Mais je n’imposerai jamais ma vision à quiconque. Chacun est libre de ne pas partager mon avis, mais une chose est certaine : je resterai fidèle à ma position.

L’Islam et la culture guinéenne ont toujours coexisté et continueront de le faire. Notre force réside dans notre équilibre. Nous devons rejeter les extrêmes, qu’ils viennent de ceux qui veulent effacer notre identité au nom d’une religion ou de ceux qui dénaturent notre foi au nom d’une prétendue liberté sans repères.

En tant qu’artiste et représentant de la culture au CNT, je m’opposerai toujours, dans un débat respectueux et responsable, à toute tentative de dénigrement de nos valeurs culturelles fondées sur l’ignorance ou la manipulation.

Comparaison avec l’Arabie Saoudite a titre d’exemple: Une Culture Respectée dans l’Islam

Prenons l’exemple de l’Arabie Saoudite, un pays où la religion occupe une place centrale. Malgré cela, certaines danses traditionnelles sont respectées par les autorités religieuses, tant qu’elles conservent une dimension culturelle et historique sans aller à l’encontre des principes de l’Islam. Parmi les plus reconnues, on trouve :

• L’Ardha
• La Samri
• La Khatwa

Ces danses sont jugées acceptables car elles sont enracinées dans l’histoire et l’identité culturelle du pays. Elles ne comportent pas de gestes ou paroles indécents et sont pratiquées dans des contextes appropriés (mariages, fêtes nationales, festivals).

La Guinée : Un Patrimoine Culturel à Valoriser

Si l’Arabie Saoudite valorise ses danses traditionnelles dans un cadre religieux, pourquoi la Guinée devrait-elle renier les siennes ? Nos danses traditionnelles sont une richesse culturelle et identitaire, généralement bien perçue par les oulémas lorsqu’elles respectent les normes de moralité islamique. Parmi elles :

• Le Yankadi, le Soli et le Makru (Basse-Guinée)
• La Douga, la Mamaya, le Doundounba, et Le Konden (Haute-Guinée)
• Le Kebendo, le Thiabala, le Zégué Zéguégui (Guinée Forestière)
• Le Touppou séssé, le Pödha, le Tegué et le Djaa (Moyenne-Guinée)

Ces danses, profondément ancrées dans nos rites sociaux et culturels, sont une expression de notre identité nationale et sont donc légitimes.

Notre Équilibre est Notre Force

Le débat n’est pas que religieux, il est identitaire. Il s’agit de préserver un équilibre qui a toujours existé entre notre foi et notre culture.

L’Islam n’a jamais demandé à la Guinée de renier son identité culturelle. Nos traditions ne sont pas un frein à notre foi, elles en sont une expression respectueuse et enracinée.

Nous devons défendre ce qui nous unit et refuser les manipulations qui cherchent à opposer deux piliers fondamentaux de notre société.

Notre équilibre est notre force. Défendons-le.

Le Prophète (PSL) a dit :
« Aimer sa patrie fait partie de la foi. »
(حب الوطن من الإيمان)

Honorable Mamadou Thug
Représentant de la culture au CNT

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