Censure

Thierno Monenembo: Une critique à sens unique?

Dans un article qui a fait tilt, l’écrivain guinéen Thierno Monenembo a pointé du doigt l’intelligentsia guinéenne, la rendant responsable des dérives du pays depuis son indépendance. Une analyse qui, pour certains observateurs, trouve un écho dans l’histoire politique et sociale de la Guinée. Il est vrai que de nombreux intellectuels ont accompagné, voire justifié, des régimes autoritaires ou des pratiques peu démocratiques. Mais cette dénonciation, bien que légitime dans son essence, soulève une question centrale : Monenembo peut-il réellement s’exclure du tableau qu’il peint ?

L’écrivain, connu pour ses prises de position tranchées, n’a-t-il pas lui-même adopté des postures partisanes au fil des années ? Un intellectuel accompli se distingue par sa capacité à analyser avec recul, à critiquer avec objectivité, et à s’astreindre à une cohérence intellectuelle. Or, certaines de ses prises de position semblent relever davantage d’un engagement militant que d’une posture strictement analytique.

Le débat, pourtant légitime, se heurte aujourd’hui à une forme de censure orchestrée par ses partisans. Toute critique à son encontre est immédiatement perçue comme une attaque, et ceux qui osent le contredire sont confrontés à une levée de boucliers. Mais pourquoi cet empressement à le défendre contre toute contradiction ? L’écrivain, qui revendique haut et fort la liberté de parole, n’est-il pas tenu, lui aussi, d’accepter la contradiction ? La démocratie, qu’il appelle de ses vœux, ne devrait être à géométrie variable.

En tout cas le statut de ‘‘grand écrivain’’ ne saurait constituer un passe-droit, encore moins un rempart contre toute critique. Seuls les actes et la cohérence intellectuelle permettent d’asseoir une véritable crédibilité. Or, si Monenembo critique l’intelligentsia guinéenne, il lui revient également d’accepter que l’on interroge son propre rôle dans le paysage intellectuel et politique du pays. C’est là le prix de la liberté d’opinion qu’il défend -du moins lorsqu’elle va dans son sens.

La démocratie ne se décrète pas, elle se pratique. Accepter d’être critiqué lorsque l’on critique soi-même, voilà la véritable éthique intellectuelle. Point.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

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