Censure

Simandou: Un contrat de 14 kilomètres… et une polémique XXL

Un kilomètre à pied, ça use, ça use… ça vous dit la comptine ? Mais qu’en est-il de 14 kilomètres de contrat ? Une chose est sûre, ce n’est pas seulement la semelle qui risque de s’user, mais aussi l’intellect !

Djiba Diakité, ministre directeur de cabinet de la Présidence et président du Comité stratégique de Simandou, a récemment tenté d’illustrer, dans une vidéo devenue virale, l’ampleur du travail réalisé par son équipe sur le gigantesque projet minier. Avec un sérieux implacable, il a affirmé : ‘‘Les documents contractuels de Simandou, si on les met bout à bout, c’est environ 14 kilomètres. Nous avons regardé chaque virgule, chaque ligne, chaque point…’’

Il faut dire que l’intention était louable : démontrer la rigueur et l’engagement des autorités dans la gestion de ce dossier d’envergure. Mais au lieu de susciter l’admiration, cette déclaration a surtout provoqué l’hilarité. Les réseaux sociaux s’en sont donné à cœur joie, multipliant les moqueries et les calculs plus ou moins savants. Un internaute, visiblement adepte des mathématiques appliquées de Guillaume Hawing, a tenté de rationaliser la déclaration : ‘‘Un texte de 14 kilomètres représenterait près d’un million de mots, soit environ 3 100 pages en format A4 (à raison de 300 mots par page). Un document de cette ampleur pour le plus grand projet minier intégré du monde, étudié depuis les années 1960, ne devrait pas être surprenant. Sauf pour les plus profanes.’’

Un plaidoyer qui aurait pu être convaincant… s’il ne s’agissait pas uniquement des contrats sous le CNRD, et non de l’ensemble des documents et études accumulés au fil des décennies.

Aussi, le véritable sujet d’actualité n’est pas la longueur du document, mais bien sa publication. Jusqu’en 2020, les contrats miniers étaient accessibles au public, via un site dédié conformément aux principes de transparence. Une telle démarche permet aux citoyens, véritables propriétaires des ressources du sous-sol national, de savoir comment elles sont gérées par leurs dirigeants.

Bien sûr, certaines informations stratégiques liées aux entreprises (les données technologiques par exemple) peuvent légitimement rester confidentielles. Mais dans un contexte où la gestion des ressources naturelles est un sujet sensible, l’opacité contractuelle alimente davantage les suspicions que la confiance.

Pour tout dire, si après tout, l’on peut éplucher chaque virgule et chaque point sur 14 kilomètres, pourquoi ne pas en partager quelques lignes avec le peuple ?

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

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