Elhadj Alpha Ibrahima Sila Bah, président du PGRP et député à l’Assemblée Nationale s’est illustré par ses violentes critiques contre la signature de l’accord qui a couronné le dialogue entre la mouvance présidentielle et l’opposition, le 20 août dernier. Dans cette interview accordée à notre reporter, l’opposant remet ça, et accuse le pouvoir de tout mettre en œuvre pour organiser une mascarade électorale. Tout en essayant de museler les Guinéens.

La signature de l’accord qui a sanctionné le dialogue inter guinéen vient d’être faite  entre l’opposition et la mouvance. Qu’est-ce que cela vous inspire-t-il M. Sila Bah, en tant que membre de cette opposition?

Elhadj Alpha Ibrahima Sila Bah : Je n’ai appris que cette signature sur les ondes. En ce qui me concerne, nous avons une opposition républicaine qui s’était levée pour que nous tenions un dialogue politique avec la mouvance pour qu’on aboutisse à la mise en place de l’infrastructure qui permet d’aller aux élections libres, crédibles et transparentes. C’était cela notre combat. L’opposition républicaine attend le retour des mandatés pour lui rendre compte de ce qu’ils ont fait. Mais, en ce qui me concerne, il s’agit là d’une option qu’ils ont prise à leur niveau, sans consultation et je le regrette. C’est une sorte de trahison du mandat qui leur été confié pour négocier la mise en place d’une structure qui permet d’aller vers des élections libres et transparentes. Je crois que ce n’est pas le cas. Nous attendons de nous retrouver entre opposition républicaine pour tirer les leçons de ce qui vient de se passer. Ils ont signé un accord entre eux, ce n’est certainement pas au nom de l’opposition républicaine, en tout cas à mon avis. Le mandat initial c’était de tenir les élections communales avant les présidentielles pace qu’il nous semblait que pour le respect de nos institutions et pour la transparence, la crédibilité des élections futures, il fallait d’abord organiser les élections communales. Mais au cours des négociations, ils ont été acculés par la communauté internationale pour cesser sur ce principe fondamental. C’est une violation très grave. Ils ont cédé de point en point pour aboutir à la conclusion d’un contrat qui ne pourra même pas s’exécuter dans le temps imparti avant les élections présidentielles, c’est un dialogue de dupes.

La caution de participation à l’élection du 11 octobre a été fixée à 800 000000 de nos francs. A vous un commentaire la dessus ?

La loi électorale dit que la caution est une contribution. Une partie de la prise en charge par des candidats des frais d’impression des bulletins de vote, ce n’est pas un chiffre qu’on sort comme ça au hasard et qu’on jette à la figure. C’est une entente entre les partis politiques dans le cadre d’une commission qui doit en discuter avec la Ceni, pour arrêter un montant pour cette caution et 800 000000 FG.  Il est clair que c’est une action de censure, c’est de refuser le droit de participation à la gestion de l’Etat à des gens qui sont pauvres. Et ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, hier ils étaient pauvres. Ils ont eu de la peine à trouver 400 000000 FG en 2010 et aujourd’hui, ils le monte à 800.000.000 parce qu’en fait la poche de l’Etat qui est leur propre poche. Et ils s’en servent comme ils veulent. Fixer ce montant est tout à fait arbitraire, cela fait partie des revendications que nous avons pour dire que ces élections sont illégitimes, parce que les actes qui sont posés pour l’organisation de ces élections sont illégitimes.

La tenue des congrès et conventions se multiplient chez bon nombre de partis politiques. A votre niveau, où en êtes-vous?

Mais tout ça, c’est du mimétisme. C’est une instrumentalisation de la situation pour que tout le monde se lance dans ces mouvements alors que le fond du problème reste le même. Ils  ont posé des actes  qui les permettent de gagner frauduleusement les élections. Et tout le reste pour eux c’est de la mamaya. Ces congrès et conventions font partie de la mamaya pour occuper l’esprit des gens, alors que les problèmes essentiels restent sans solution.

Quelle lecture faites-vous  de l’affaire Ousmane Gaoual Diallo?

Ousmane Gaoual est un député qui jouit de l’immunité parlementaire. La levée de son immunité obéit à certaines règles. Il faut qu’il soit pris en flagrant délit. Il fallait recourir à l’Assemblée nationale pour lever l’immunité parlementaire, avant qu’on puisse l’arrêter. C’est l’arbitraire. Vus tous les moyens déployés comme si c’était un criminel, tout cela c’est de l’intimidation du peuple de Guinée. Cela  montre l’autocratie de ce pouvoir.

Vous faites partie des députés qui n’ont pas encore reçu leurs véhicules. Cela vous dérange-t-il?  

Cela me gêne dans la mesure que c’est un droit. Tous les députés doivent rentrer en possession de leur véhicule. Il s’agit d’un contrat qui a été signé entre le président de l’Assemblée Nationale, le questeur et  certainement d’autres représentants de la mouvance présidentielle qui ont déterminé le type de véhicule, le prix et ces véhicules ont été livrés à certains députés. Je dirais que ce sont des véhicules personnels parce que 50% du coût du véhicule est couvert par le député lui-même. C’est un droit que je sois en possession de mon véhicule ou qu’on me dise pourquoi jusqu’à présent, je ne suis pas en possession de mon véhicule.  Sur le sujet, j’ai écrit une lettre au président de l’Assemblée qui est restée sans réponse. C’est une violation de la loi commerciale. Cela fait partie de l’opacité qui préside à la gestion des affaires dans ce pays.

Votre parti ira-t-il à l’élection présidentielle du 11 octobre ?

Nous avons  dit que notre parti obéissait à la décision de l’opposition républicaine. Nous appartenons à un groupe qui s’est mobilisé parce que nos points de vue convergeaient sur la nécessité de faire une rupture par rapport à ce qui se passe actuellement et cette nécessité de faire cette rupture existe toujours, et l’opposition républicaine doit se déterminer par rapport à cela. Et nous sommes prêts à suivre  ce que l’opposition décidera dans son ensemble.

Dans l’affaire Ousmane Gaoual Diallo, quelle est votre réaction sur  l’attitude du président de l’Assemblée Nationale ?

Dès que Gaoual a été interpellé, nous avons dépêché une délégation auprès du président de l’Assemblée Nationale pour son intervention.  Pour l’application de la loi en la matière. Ce jour là, d’après des informations que j’ai eues, il s’est dérobé. D’aucuns disent qu’il attendait des ordres d’en haut. Et le lendemain, il a reçu la commission. Et il a dit qu’il fallait vraiment commencer par là, et qu’il userait de tous les moyens pour dénouer la situation. Ce qui n’a pas été respecté. Je juge cela comme une violation de la loi.

Vous étiez un parti allié du Rpg Arc-en-ciel en 2010. Est-ce que ce sera  le cas cette année ?

Je ne le suppose même pas. Le divorce est consommé entre nous depuis longtemps.

Dadis reste toujours bloqué au Burkina Faso. Avez-vous une réaction sur cette autre actualité?

Dadis est un citoyen guinéen. Il a la présomption d’innocence. S’il a exprimé le désir de rentrer dans son pays, pour venir se présenter devant la justice, et donner son mot par rapport aux actions qui lui sont reprochées, c’est tout à fait normal qu’il revienne. Ceux qui ne veulent pas qu’il revienne ont d’autres motifs qu’ils savent bien.

Interview réalisée par Alsény Fadiga, L’Indépendant 

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