Abdourahamane Sanoh, président de la PCUD aborde les questions de l’actualité nationale, dans cet entretien accordé à notre reporter. Il donne son point de vue sur le retour avorté de Dadis Camara, l’indépendance de la Ceni, la rencontre entre le chef de l’Etat et le président de l’UFR, Sidya Touré.

Bonjour M.  Sanoh,  des observateurs s’inquiètent du climat tendu qui prévaut dans le pays, en prélude à la présidentielle. En tant que membre de la société civile, quelle lecture faites-vous de cette situation ?

Abdourahamane Sanoh : C’est clair que la situation ne rassure pas tant qu’il n’y a pas un accord politique sur le processus électoral, la situation ne peut pas assurer. C’est la raison pour laquelle, il faut espérer rapidement que les acteurs  politiques se mettent d’accord sur ce qui les divise, à travers des compromis qui doivent être faits de part et d’autre, pour qu’on puisse avoir des élections présidentielles apaisées.

Le dialogue politique qui a été initié tout récemment est bloqué. Pour décrispé le climat de tension, le président de la République a rencontré lundi  dernier le leader de l’Ufr, monsieur Sidya Touré. Vous en avez certainement entendu parler, n’est-ce pas ?

Tout ce qui peut concourir à la compréhension mutuelle dans la classe politique est une bonne chose. Nous estimons que les acteurs politiques au plus haut niveau doivent faire en sorte que l’entente soit réelle. J’estime que l’implication du président de la République dans ce processus est une très bonne chose, parce que son rôle est fondamental dans la recherche de compromis, et donc sa compréhension et ses décisions peuvent avoir vraiment un impact quel que soit le sens ou ça irait. Cela doit avoir forcément un impact sur le processus. C’est la raison pour laquelle il faut saluer toute initiative notamment présidentielle qui irait dans le sens à comprendre davantage les propositions de l’opposition d’une manière générale et voir quelles sont les touches qu’il peut apporter dans le sens d’un compromis.

Il ya certains qui s’interrogent sur le rôle de la  Ceni qui est pourtant indépendante. Elle est soupçonnée de rouler pour le pouvoir. Qu’en dites-vous ?

Il ya deux choses qu’il faut retenir. Premièrement, il faut retenir que dans les cas de crise, et d’incompréhension, les accords politiques ont leur pesant d’or. Ils priment souvent sur le rôle des institutions, donc le fait que les acteurs politiques se rencontrent, le fait que le président de la République rencontre les acteurs politiques, ils parlent, si cela permet d’aboutir à des compromis, ça aide la Ceni à pouvoir orienter mieux les différentes décisions qu’elle peut être amenée à prendre. La deuxième chose, il ne faut non plus pas occulter la fragilité de cette constitution. C’est l’institution pratiquement la plus fragile du pays. Ce qui fait qu’on a souvent beaucoup de problèmes dans l’environnement politique de notre pays notamment, quand-il s’agit d’aller aux élections. Mais encore une fois, il faut retenir que c’est une très bonne chose d’aller vers un accord politique. C’est pourquoi la communauté internationale s’implique dans le processus, parce que c’est l’accord politique qui devrait pouvoir conduira à la déclinaison de tout le reste.

Malgré ce blocage, la Ceni vient de fixer la caution de participation à l’élection présidentielle. Caution que certains partis politiques trouvent exorbitante, vu qu’elle est à 800 millions de francs guinéens. Qu’en pensez-vous ?

La caution est exclusive, c’est-à-dire que telle qu’elle est présentée, ça ne permet pas aux gens qui n’ont pas les moyens de mobiliser ces ressources, de  pouvoir se présenter aux élections. Je pense qu’il ya un certain nombre de problèmes à régler à ce niveau. Mais qui font qu’on exclu les citoyens. Lorsqu’on ne permet pas à un citoyen de se présenter en dehors des partis politiques, c’est une exclusion. Lorsqu’on fixe la caution à des niveaux extrêmement élevés, cela  constitue aussi une mesure d’exclusion. Nous estimons autant, que nous devons nous soucier à faire en sorte que n’importe qui ne se présente pas aux élections parce qu’être président de la République c’est quand même une responsabilité extrêmement importante. Donc ce n’est pas n’importe qui non plus qui devrait pouvoir participer aux élections présidentielles. Mais autant il faut donner la chance à des citoyens qui sont porteurs de valeurs morales et qui peuvent éventuellement susciter de l’intérêt par rapport aux choix des populations, mais qui n’ont pas les moyens que ces citoyens-là puissent aussi se représenter parce que déjà ce qui est extrêmement important dans le contexte d’un pays comme la Guinée, c’est aussi la culture de la morale dans la politique.

Le week-end dernier, des militants du parti de l’ex-chef de la junte Moussa Dadis Camara, étaient à l’aéroport international Gbessia. Attendant le retour de leur leader. Ils l’ont attendu en vain. Certains estiment que c’est le pouvoir qui l’empêcherait de rentrer. Quel est votre point de vue ?

Ecoutez, n’étant pas acteur politique, je ne peux dire qui a travaillé dans l’ombre pour que le président Dadis ne vienne pas. Le président Dadis est un Guinéen, il a sa place en Guinée. Il est vrai qu’aujourd’hui, il est dans les liens de la justice. Il faut bien que cela aussi puisse se décanter. En tout état de cause, la question a été politisée.  Vous savez que moi je suis un acteur de la société civile. Je ne veux pas prendre part au débat politique. Mais du point de vue de sa citoyenneté, il a sa place en Guinée. Il ya des problèmes avec la justice que la procédure se mette en place. D’ailleurs il est prédisposé à répondre devant la justice. Je crois qu’il a sa place en Guinée. Maintenant, il appartient aux autorités de voir comment premièrement il peut venir quand il le veut, deuxièmement comment la justice peut éventuellement évoluer rapidement ce dossier, afin que justice soit faite par rapport à ce qu’on lui reproche parce que pour le moment il est présumé innocent tant que la justice ne rende pas son dernier mot.

Certains analystes déplorent le fait que les médias d’état donnent la priorité seulement aux activités du parti au pouvoir. Qu’en dit la société civile?

Il est vrai que ce que vous soulevez porte sur le problème d’équité et d’égalité devant les services publics autour des citoyens, notamment la classe politique. Mais ça, c’est une constance de la presse publique, qui a toujours travaillé malheureusement de cette façon-là et qui n’est pas de nature vraiment à garantir l’égalité et l’équité dans le processus des élections. En ce qui concerne ceux qui sont sur les trottoirs, nous sommes à une période de campagne, il faut espérer tout simplement que la même chance soit donnée à tous les partis politiques. Que ça ne soit pas seulement une seule couleur qu’on voit qu’on puisse voir toutes les couleurs, parce que cela militent aussi dans la consolidation de notre jeune démocratie et permet de s’assurer qu’il n’y a pas du « deux poids deux mesures. » Mais ce n’est pas surtout le Rpg qu’il faut accuser à ce niveau, la Rtg, les autorités qui  sont là ils doivent pouvoir assumer leur responsabilité et garantir la  mission de service public qui est dévolue à leur organe et aussi ce sont les maires qui doivent en tout cas encourager les autres partis de prendre de l’initiative dans ce sens –là, jusqu’à ce qu’ils soient contrarier par les autorités communales qui ont la gestion des trottoirs. Mais chacun doit vraiment contribuer à ce que nous puissions saisir cette opportunité pour en faire vraiment la preuve d’une démocratie qui se consolide.

Bientôt l’élection présidentielle, peut-on avoir une idée de ce que ferra votre plate-forme dans le cadre du processus électoral?

Ce que nous, nous sommes en train de faire c’est d’amener les acteurs politiques à nous garantir un environnement qui suscite de l’assurance au niveau des citoyens. Un environnement apaisé. C’est la raisons pour laquelle nous sommes toujours montés au créneau pour appeler d’abord la classe politique à faire des compromis pour un accord politique parce que s’il n’y a pas un environnement qui permettre un processus électoral, qui se déroule dans la quiétude, ça serait toujours difficile. Je crois qu’il ya beaucoup d’acteurs qui se sont soulevés pour dire à la classe politique, vous avez les défis pour d’un accord, avez le défi de la compréhension, si vous ne réussissez pas cela, il se pose la question de votre légitimité à gérer ou à prétendre gérer le pays. Si vous ne pouvez pas vous mettre d’accord en tant que fils de ce pays, et des gens qui pensent qu’ils peuvent contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations. De votre capacité à faire des compromis pour que ce dialogue ait des résultats qui garantiraient un processus électoral apaisé, transparent, c’est que vous ne méritez pas de diriger le pays. Ou vous ne méritez pas de penser que vous pouvez diriger ce pays. On est suffisamment monté au créneau pour les interpeller sur cette question, et nous attendons  que des actes soient posés à ce niveau.

Entretien réalisé  par Richard TAMONE (L’Indépendant)        

 

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