Ancien gouverneur de la BCRG, Ibrahima Chérif Bah est désormais le vice-président de l’Union des forces démocratiques de Guinée -UFDG-. Dans un entretien accordé à une équipe de votre semainier,  il commente l’actualité socio-politique et économique de la Guinée. Ibrahima Chérif Bah dénonce aussi la mauvaise gouvernance et le bradage de nos mines. Enfin, il lance un appel au président de la République afin de renoncer à toute  velléité pour un 3ème  mandat. Lisez.

Depuis votre sortie controversée lors de laquelle, vous avez dit que 900 cadres  peulhs ont été renvoyés de la fonction publique, la polémique continue dans la cité. Pouvez-vous réitérer ces accusations?

Chérif Bah : Je l’ai déjà dit et je le confirme. En fait, c’est un processus. C’est-à-dire si vous voulez, je peux citer cela sur le plan historique. En 2011, j’ai suivi le président Alpha Condé à la télévision guinéenne dire ceci « quand un  parti politique gagne une élection, l’administration, c’est pour ce parti qui la gagne. Le cabinet présidentiel, le cabinet ministériel, ce sont eux qui les prennent. En fait, il a parlé de l’Amérique et également de l’Europe, en disant à l’image de ces pays-là, c’est ce qui se fait. Alors en disant cela, le Pr Alpha Condé a oublié que nous sommes en Afrique et en Guinée particulièrement. Nous ne sommes pas en Amérique.

L’UFDG bien qu’il y ait une base régionale mais aujourd’hui, c’est un parti national

Même en Amérique, on tient compte des communautés. En Amérique, il y a trois grandes communautés: les blancs, les noirs, et les hispaniques et d’autres petites communautés chinoise, coréenne, asiatique et autre. Mais les trois grandes ce sont celles-là. Toute l’administration même si elle est victorieuse tient compte de ces communautés pour garnir les postes administratifs et leurs fonctionnements.

L’Amérique nous avons vu que l’un des gouvernements qui avait plus promis les noirs là-bas, c’est le gouvernement de Georges Bush, père de Bush fils. Maintenant revenons en Guinée ou en Afrique ou généralement, il ne faut pas se cacher la figure. Les partis ont une base régionale. Le RPG a sa base régionale, c’est la Haute Guinée. L’UFDG a sa base régionale, c’est le Foutah. Il y a d’autres grands partis qui sont en Forêt et en  Base Guinée.

L’UFDG bien qu’il y ait une base régionale mais aujourd’hui, c’est un parti national. Mais quand le président Alpha Condé dit le parti victorieux : c’est-à-dire le RPG arc-en-ciel doit garnir l’administration. En fait, il nous renvoie à ce qu’on a connu le parti Etat. C’est-à-dire que le parti et ses partisans dans l’administration.

C’est ce qui est arrivé en excluant les autres. Si tu le fais en Afrique, en Guinée tu exclus les autres et notamment les opposants. C’est grave. On a commencé par exclure tous ceux qui avaient un nom semblable à celui de l’opposant et plus tard, ils ont perdu leurs postes de deux manières : soit par la hiérarchie, tu es chef de section ou directeur tu tombes (….) ou alors carrément, tu perds le poste. Ceci est arrivé. Et puisque, l’opposant principal appartient à une région. Les conséquences, les militants de l’UFDG ont été exclus. Beaucoup d’entre eux ont été exclus. C’est ce que j’ai dit.

Maintenant je me demande est-ce que le Pr Alpha Condé s’est rendu compte de ça. Parce qu’il y a de ces choses qui s’effectuent graduellement de mois en mois, année après année et finalement pour une situation qui n’est pas bonne pour l’Etat guinéen  lui-même. Parce qu’on met à la place des fonctionnaires formés, rodés, des militants incompétents. Preuve que l’éducation ne tourne pas ou ne marche pas. Nous, nous voulons une administration pour servir les citoyens, qui accompagne le développement de ce pays. Aujourd’hui l’administration n’est pas cela.

Depuis la création du FAD, on a l’impression qu’il y a une crise qui mine l’opposition. Qu’en pensez-vous ?

Non, il n’y a pas de crise. D’abord, le FAD n’a pas dit qu’il n’est pas opposant. Il dit qu’il reste dans l’opposition. Maintenant, nous avons dit très bien. Là, quand quelqu’un dit ce genre de chose, tu le prends au mot, tu l’attends dans les actes concrets et dans le langage. Aussi longtemps que le FAD tiendra un langage d’opposant parce que nous sommes tous opposés à ce régime, nous avons un dénominateur commun, on le verra sur le terrain. Mais si le FAD tient un langage, un comportement  qui va à l’encontre de ce que l’opposition fait, à l’encontre des actes qu’on appelle des actes d’opposants, en ce moment,  ils se seront classés eux-mêmes. Mais jusqu’à preuve du contraire pour nous, le FAD est dans l’opposition.

Il se trouve qu’ils l’ont dit au départ que ce n’est qu’une alliance électorale c’est-à-dire que les partis se regroupent pour gagner des voix dans les élections locales ou nationales. Si cela est,  c’est un parti de l’opposition qui gagne des voix. Il les aura gagnées au détriment de la mouvance.  En ce moment là, ces voix ou ces conseils qui seront élus ou députés élus viendront à l’opposition. Donc pour nous, l’opposition n’est pas en crise. D’ailleurs, vous avez constaté qu’il y a eu 5 autres  partis qui ont rejoint l’opposition, qui ont formellement indiqué qu’ils sont dans l’opposition conformément à la loi, c’est-à-dire les partis qui s’opposent au gouvernement.

J’ajoute ceci. On n’est pas opposant pour être opposant. On n’est une opposition constructive qui critique le gouvernement, tous ses actes critiquables, afin que ces gens s’améliorent, qu’ils aient une bonne gouvernance.

Moi, je vous répète que l’opposition n’est pas en crise. Elle se renforce

Avec cette crise, l’opposition ne risque-t-elle pas de perdre du terrain, alors que les élections majeures se profilent à l’horizon?

Moi, je vous répète que l’opposition n’est pas en crise. Elle se renforce. Je pense bien qu’on a dit parfois  ‘’à quelque chose, malheur est bon’’ mais ce n’est pas un malheur. En fait, la situation se clarifie davantage. La scène politique guinéenne se qualifie davantage. C’est-à-dire plus on s’approche des élections bien tôt locales, prochainement législatives et plus tard nationales en 2020, ça va se clarifier puisqu’il existe une charte des partis politiques ici en Guinée. Il arrivera bientôt  un moment où vous aurez une opposition entièrement clarifiée. Puisque je vous ai dit que nous nous opposons au gouvernement, au régime, nous les critiquons, afin qu’il s’améliore positivement, pour que le peuple de Guinée gagne.

Tous ceux qui ne seront  pas dans cette filière là, dans cette lignée d’action là ne sont pas opposants. Je vous dis ceci qu’il n’y a pas de crise au sein de l’opposition parce que récemment le 2 août, elle a organisé une grande marche. Notre estimation, c’est plus d’un  million de citoyens qui ont montré qu’ils ne sont pas contents. Malgré que certains aient  dit que la marche ne veut rien dire, la marche n’apporte rien. Ce n’est pas le cas.  (…) Donc l’opposition républicaine se renforce et comme on vous l’avait déjà dit, on a déjà annoncé que les  marches continueront jusqu’à ce que nous ayons la satisfaction complète de nos revendications.

Le chef de file de l’opposition ayant bénéficié d’une allocation budgétaire pour la formation de son cabinet, a-t-il fait appel à d’autres leaders?

Je crois que le cabinet du chef de file de l’opposition, c’est à sa discrétion. Il le fera. Je pense qu’il le fera parce qu’il y a des expériences qui existent déjà dans nos pays africains notamment au Mali. Je rappelle que celui qui est au Mali, c’est un ami à Cellou. Certainement, ils en ont parlé déjà et je crois que le président Cellou Dalein Diallo, chef de file de l’opposition guinéenne tiendra compte de ses amis opposants pour constituer son cabinet qui fera en sorte que l’opposition va encore fonctionner mieux.

Le cabinet qu’il va constituer, il fera certainement appel à certains de ces collègues de l’opposition. Parce que c’est l’occasion de vous parler de ce budget. Ce n’est pas pour l’UFDG,  c’est pour le chef de file de l’opposition. Il est prévu la manière par laquelle il va le dépenser, c’est-à-dire la location d’un bâtiment, l’achat des meubles de bureau, la garde rapprochée, les véhicules pour les gardes et pour lui-même et les salaires de ses employés.

Donc, c’est ça qu’il va faire. A travers ces actes, il va dépenser et certainement qu’il fera appel à certains collègues de l’opposition pour le faire. Je suis sûr quand il le fera, il le fera avec des gens qui sont vraiment compétents et pointus, qui apporteront des idées nouvelles pour une opposition encore plus forte mais dont il reste toujours le chef de file.

La gabegie économique à laquelle vous faites allusion à travers les marchés de gré à gré aujourd’hui n’a  rien à voir avec le régime de Lansana Conté

L’opposition dans ses revendications accuse le pouvoir de corruption, de népotisme. Est-ce que ce ne sont pas là, des pratiques héritées du régime de Lansana Conté, à votre avis?

La gabegie économique à laquelle vous faites allusion à travers les marchés de gré à gré aujourd’hui n’a  rien à voir avec le régime de Lansana Conté, dont nous partageons le bilan. Elhadj Cellou et moi et d’autres partageons le bilan du régime de Lansana Conté. Mais je vais vous dire auprès de ce régime actuel, de ces gouvernants actuels, nous sommes  des collégiens.  Je n’ai pas des chiffres mais les montants des gaspillages des fonds, des marchés gré à gré, des montants compromis dans les gros contrats, se chiffrent à des milliards, des centaines de milliards. Certainement, vous vous rappelez que même le président Alpha Condé nous a dit qu’il a investi, il y a deux ans depuis qu’il a dit ça. Il a investi un milliard de dollars us dans l’énergie électrique, sans compter Kaléta. Cela veut dire qu’il y a eu des contrats tel que Asperbras, tels que les contrats de K. Energie, des groupes qui étaient à la tannerie avec des contrats léonins, c’est-à-dire des contrats qui lèsent notre économie.

Donc, ce n’est pas une survivance des régimes passés. Mais ce régime est extraordinaire concernant les marchés gré à gré, et les montants compromis sont extrêmement  importants. Même Kaléta personne ne sait  combien ça coûte, c’est un projet ancien dont les régimes précédents, les ministres de Lansana Conté connaissent bien ce projet-là.

La fois dernière, le  président Cellou Dalein a indiqué qu’il y a au moins 100 millions de dollars de surfacturation dans Kaléta. Il a indiqué les conséquences de ça lui-même. Si on facture comme ça, on produit l’énergie qui sort de Kaleta qui passe par l’énergie consommée, dites-vous que quelqu’un paiera pour le surcoût, quelqu’un paiera toujours pour la surfacturation, soit nous consommateurs, soit les industries qui vont consommer le courant ici.

Si ces industries consomment ce courant- là, elles vont comparer. Combien elles paient le KWH à Dakar, au Sénégal ?  Combien elles payent au Mali ou en Côte d’Ivoire ?  Pourquoi en Guinée?  C’est si cher en Guinée…  Ces industries vont s’implanter ailleurs au lieu de s’implanter chez nous. Donc, ça ruine la compétitivité de notre économie La corruption, de la surfacturation, des marchés gré à gré rendent le climat économique difficile.

L’environnement des affaires devient non habilitant pour les investisseurs. Quand j’ai dit l’investisseur,  je n’ai  pas dit les investisseurs étrangers seulement qui viennent ; vous, vous pouvez investir  dans ce pays. Si l’environnement économique n’est pas habilitant, il est mauvais ou retarde la création des Pme, cela n’encourage pas.

Pensez-vous que l’ordre est rétabli à la CENI après la nomination de Kader Aziz Camara comme président intérimaire  par la Cour constitutionnelle ?

Concernant la CENI en tant que responsable de l’UFDG et membre de l’opposition républicaine, nous n’avons pas d’avis à donner sur Bakary, sur Kébé ou sur Kader. D’ailleurs, on a même dit à un moment donné que les querelles qui les opposaient au départ, c’était des querelles liées à la gestion du budget de la CENI, c’est-à-dire l’argent, mais aussi  des questions liées à leurs primes et des questions liées à des positionnements. Cela ne nous intéresse pas en tant que tel. Nous voulons une CENI compétente, sincère et honnête qui nous fait des élections incontestables. Si leurs querelles étaient liées au fait de dire, que le chronogramme est trop long, il faut le raccourcir ou alors  reformer par exemple la composition des CEPI ou des CESPI, on comprendrait mais on ne parle pas de ça, ils parlent de positionnement hiérarchique chez eux et de gestion d’argent.

Nous, nous avons une seule condition, quelle que soit la CENI, que ce soit Bakary ou Kader. Nous voulons une CENI qui nous organise très rapidement les élections locales, de manière transparente, honnête et sincère avec le fichier actuel. Le fichier actuel nous ne voulons pas, mais pour les élections locales,  nous l’acceptons parce qu’il n’a pas d’impact majeur au niveau des locales,  au niveau de la commune du quartier ou le district. Il n’a pas un impact national tel que le cas des législatives ou le cas des élections présidentielles. Nous, ce qui nous intéresse, c’est l’organisation rapide des élections et cette année.

C’est pourquoi nous avons dit que nous continuons à revendiquer jusqu’à ce que les accords du 12 octobre soient entièrement remplis. Et l’un des points clés de cet accord,  ce sont des élections locales, très rapidement avant la fin de l’année.

Vous croyez vraiment que la CENI là sera à la hauteur de vos considérations ?

Nous, on ne connait pas. Nous ne connaissons pas ce monsieur, nous pensons que c’est un cadre compétent, un citoyen honnête jusqu’à preuve du contraire. S’il situe les différents chronogrammes. Il dit que les élections locales débutent en novembre ou fin novembre et qu’il montre son leadership sur le terrain mais on va l’applaudir parce que la CENI, son travail, c’est d’organiser les élections.

D’aucuns disent que c’est un pion du pouvoir…

Peu nous importe. Je vous ai dit qu’il soit pion d’Alpha ou pion de je ne sais qui  qu’il nous fasse des élections sincères, honnêtes, transparentes rapidement notamment les locales. S’il le fait, nous on l’applaudira. Mais je vous dis que cette CENI doit être liquidée, elle doit être dissoute mais avant cela nous voudrions quelle fasse ces élections là rapidement.

Que pensez-vous de l’évolution du dossier du 28 septembre ?

C’est un dossier très important. Dernièrement, j’ai suivi la société civile et beaucoup de Guinéens patriotes qui souhaitent que l’instruction continue afin qu’on aille au jugement avant septembre 2017. C’est un dossier de crime contre l’humanité, un dossier sensible. Je crois que tous les Guinéens épris de justice attendent ce jugement de ces actes ignobles, ces viols de femmes, le traitement barbare des humains qui s’est passé en Guinée ce jour là. C’est une première en Guinée. Même le capitaine Dadis a dit qu’il est prêt pour le jugement. Donc si lui, il dit oui, ce n’est pas le Général Konaté ou autres qui dirons non ! Je pense que tous les coupables serons jugés, c’est évident. La Guinée ne peut rien, on a dit crime contre l’humanité, si la Guinée ne le fait pas, la CPI s’en chargera.

Si la justice guinéenne a les moyens je ne doute pas de sa compétence (dans l’affaire du 28 septembre)

Vous croyez que la justice guinéenne sera à mesure de traiter ce dossier comme le voudraient tous les Guinéens et la communauté internationale ?

Ecoutez, le fait de le faire en Guinée, ça ne gène pas à mon avis. Si la justice guinéenne a les moyens je ne doute pas de sa compétence. Vous avez vu les cas Habré à Dakar. Les gens ont donné des dizaines de millions pour que le procès se tienne à Dakar. Tous les moyens étaient réunis pour que ça réussisse. Chez nous ici,  il suffit que toutes les conditions soient réunies et que les gens mettent la Guinée en avant, ça va aller. C’est lorsque la Guinée dira qu’elle est incompétente de le faire que la cour pénale internationale s’autosaisira immédiatement et enverra le dossier à la Hayes.

Vous avez été gouverneur de la BCRG pendant de nombreuses années. Quelle lecture faites-vous de la situation économique actuelle du pays ?

Il suffit juste de circuler dans ce pays, notamment dans notre capitale. C’est comme si c’est un pays sinistré, un pays qui sort de guerre. Dans tous les secteurs, vous ne voyez pas l’amélioration dans le domaine des services de base, c’est-à-dire, l’électricité et l’eau. Nous sommes en plein mois d’août, les gens se noient à Conakry ici mais on n’a pas de l’eau dans les robinets. Au même moment, nos barrages sont pleins d’eau, on n’a pas le courant de manière régulière. Il y a un petit mieux qu’on constate mais ce n’est pas suffisant. Les citoyens aimeraient bénéficier de ces services de bases de manière constante, régulière et à un coût acceptable. On ne parle même pas du secteur de la santé. La fois dernière, j’ai entendu des gens parler de taux de croissance sur l’économie qui serait à 6,6% je suis d’accord, ça c’est le chiffre qui indique quelque chose.

Il y a  croissance seulement dans le secteur minier parce que ce gouvernement est en train d’exporter des millions de tonnes de bauxites,  de la Guinée vers l’extérieur, notamment vers la Chine sans créer aucun emploi. Je vais faire une comparaison. La CBG, la plus grande société d’exploitation de bauxite dans le monde à l’époque a un port  et est en train de moderniser encore; ils ont une cité, un chemin de fer, ils ont des hôpitaux qui sont à Kamsar et Sangarédi également deux cités, une cité à Kamsar et une cité Sangarédi. Ils emploient des ouvriers qui sont logés, nourris et soignés. A côté, vous avez la SMB (société minière de Boké) qui n’a rien fait de cela. Pas de cité, pas de chemin de fer, pas d’hôpital rien! Voyez-vous ?

Et bientôt, ils vont dépasser la CBG en termes de quantité de bauxite exploitée. C’est comme si c’est une course contre la montre. Ils creusent la terre et l’emportent, ils envoient pour faire un stock en Chine, pas directement à l’usine c’est pour stocker. Pourquoi notre gouvernement refuse qu’on s’industrialise ? Pourquoi il refuse que nous créions 4 voire 5 usines d’alumines à Boké comme prévu initialement par les conventions que ce gouvernement a révisées.  Et nous perdons les emplois. Pourquoi trompe-t-on les gens de Boké en ouvrant un petit hôpital, en donnant des camions à des gens pour transporter la bauxite au lieu d’en faire un chemin de fer.

Nous ferons un calcul bientôt nous opposants en comparant la CBG et la SMB pour indiquer des chiffres, en centaines de millions de dollars que la SMB devrait payer à la Guinée du fait de ce manquement de la tarification de la taxe en temps de bauxite. Cela indique, qu’il y a  un taux de croissance si vous voulez une croissance extravertie : c’est-à-dire ça profite à un clan, on ne voit pas de retombées. S’il y avait une usine d’alumine à Boké ou deux ou trois ; ces usines là auraient employé des milliers de travailleurs.

Le développement dont on nous parle là, c’est un développement fictif, une croissance économique qui ne génère pas de l’emploi, elle est fictive. Elle est fausse, elle n’a aucune valeur pour nous. Peut-être les seuls employés à Boké, ce sont les chauffeurs qui font des dégâts énormes sur l’environnement, sur les routes, c’est inacceptable. Nous avons une économie sinistrée.

Il n’y avait pas assez de marchés gré à gré à l’époque. Je le sais,  bien que je ne fusse pas ministre des Finances

Vous aviez été longtemps Gouverneur de la BCRG. Est-ce qu’à votre temps, les finances du pays étaient gérées dans la transparence ?

En tout cas beaucoup mieux que maintenant. Le code du marché public était appliqué. Il n’y avait pas assez de marchés gré à gré à l’époque. Je le sais,  bien que je ne fusse pas ministre des Finances. Ce qui a permis à notre président Cellou Diallo qui était à l’époque ministre des TP à faire beaucoup de réalisations sur le terrain parce que la manière de faire le marché, la manière de faire le cahier des charges, les appels d’offres, les adjudications de marchés,  n’est-ce pas, encourageaient les bailleurs de fonds. Ce qui a fait qu’il a réalisé de grands ouvrages à son temps, notamment le pont sur la  Fatala, et des grands ponts en haute Guinée ainsi de suite.

Donc le fait que la gestion était transparente, on a pu accéder à beaucoup de financements concessionnels moins chers par rapport au financement privé. J’ai déjà dit, par rapport au régime de Conté auquel nous appartenions, nous sommes des enfants de cœur. La gestion était beaucoup plus transparente.

Votre mot de la fin

Mon mot de la fin doit être politique. Je demande à notre chef de l’Etat de se prononcer rapidement pour dire que comme ce qu’on a fait en Côte d’Ivoire, au Niger, qu’il n’est pas candidat pour  un troisième mandat. S’il le fait,  ça assainit le climat politique en Guinée. Parce qu’au niveau du RPG, même son parti, nous connaissons des ressources humaines là-bas très importantes et compétentes qui vont se libérer et compétir  avec nous opposants actuels en 2020. Nous n’avons pas peur d’une compétition loyale avec une CENI honnête. Donc, il y aurait là-bas au sein du RPG des candidats, d’autres partis,  des candidats et à l’UFDG des candidats. On va compétir avec une élection transparente honnête et sincère. Je demande au Pr Alpha Condé de nous donner la chance là, la première chance d’avoir une alternance civile pacifique en Guinée que nous n’avons jamais eue. Toutes les transitions que nous avons eues ici, c’est chaotique. Pour une fois, s’il accepte, on fait une élection claire bien menée en 2020.  Je rêve de voir le président Cellou Dalein Diallo, Chef de l’Etat, invitant le Pr Alpha Condé à une cérémonie officielle où on dira l’ancien président de la République est installé ici. Et je verrai en ce moment là, le président Alpha Condé assis auprès du président Cellou en 2021 à une cérémonie officielle ici en Guinée. La Guinée aura commencé la vraie démocratie. Il peut nous faire ce cadeau là. Je vous remercie.   

Entretien réalisé par Alpha Amadou  Et Amadou Tidiane Diallo (Le Démocrate)

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