Le Secrétaire général du syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), assure que les conditions de vie du Guinéen sont médiocres, dans cet entretien qu’il a accordé à notre reporter. Entretien dans lequel il  aborde également  quelques questions liées au monde syndical guinéen et le dialogue politique inter guinéen en cours au palais du peuple.

Quelle lecture faites-vous du monde syndical guinéen au jour d’aujourd’hui?

Dr Sy Savané Souleymane : Le paysage syndical guinéen au jour d’aujourd’hui est florissant, pour la simple raison qu’au début il y avait pas beaucoup de centrales syndicales. Aujourd’hui nous en avons onze centrales syndicales. Donc on peut dire que le paysage syndical guinéen est florissant.

Quelles sont vos impressions par rapport au rapprochement entre Amadou Diallo de la CNTG et Yamoussa Touré de la COSATREG?

Ce qui reste évident, il y a eu une entente entre les deux avec la participation de certaines institutions, notamment le BIT. Il s’agit du  différend qui existait entre les deux. Mais en réalité, c’était entre la CNTG et la COSATREG. Donc pratiquement, ils se sont expliqués. Chacun a promis de s’amender et de repartir sur de nouvelles bases. Mais toujours en évoluant dans le cadre de la franchise, de l’honnêteté et surtout de la transparence, sans hypocrisie comme Amadou l’a dit la dernière fois.

Dr Savané, récemment la classe politique guinéenne a démarré le dialogue politique axé sur le processus électoral. Peut-on avoir vos impressions là-dessus?

Mes impressions là-dessus, je voudrais que mon pays soit tranquille, que le tout marche pour le mieux. Que ceux qui veulent commander ce pays sachent que c’est Dieu seul qui sait à qui, il va donner le pouvoir. Ils sont en train de se bagarrer pour avoir un poste, si au moins il y’avait deux postes on allait dire que le premier gagne, le deuxième deviendra adjoint. Mais c’est un seul poste donc à ce niveau, s’ils arrivent à s’entendre, c’est dans l’intérêt supérieur de la nation. Mais il ne faut pas qu’ils oublient que la Guinée a son histoire aussi.

Quelle est cette histoire ?

L’histoire de la Guinée est connue. L’histoire de la Guinée de son indépendance qu’ici, c’est l’action commune des Guinéens qui nous a donné notre indépendance. Ce n’est pas l’action d’un seul individu c’est l’action d’un rassemblement d’organisations. Ils se sont donné la main, bien qu’ils étaient dans des positions politiques différentes. Mais face à la nation. Ils ont uni leurs efforts pour qu’il y ait l’indépendance. Donc, ça c’est déjà quelque chose que personne ne doit perdre de vue. Il ne faudrait pas qu’on personnalise ce combat politique. Mais il faudrait plutôt qu’on mette la Guinée en face et voir qu’est-ce qu’on peut faire pour cette Guinée positivement. Et faire tout afin qu’ils ne la détruisent.

Comment expliquez-vous que les acteurs politiques se plaisent à privilégier le consensus au détriment des textes juridiques dans la résolution des clés qui engagent la vie de la nation?

Ce n’est pas normal. Le consensus n’a jamais bâti une nation, la Guinée est fondée sur des principes. Ils doivent se fier à cela. Nous avons la constitution guinéenne donc on ne peut pas se permettre de mettre de côté notre loi fondamentale. Et plus souvent ce consensus-là n’engage personne. Par exemple, nous sommes en train de faire cette interview mais je peux vous dire vraiment, je suis fatigué avec votre interview, elle ne m’intéresse pas. Je m’en vais, rien ne m’engage, parce que je ne suis pas tenu de respecter ce que vous avez dit. Mais si on va sur la base des textes écrits, on va sur la base des lois. Dans ce sens, ou vous respectez la loi ou la loi vous fait respecter la procédure, c’est tout. Comme on dit nul n’est au-dessus de la loi, mais tant qu’on va sur la base des consensus, il est difficile d’évoluer correctement. Parce que du jour au lendemain une des parties prenantes peut nier tout ce qui a été dit.

Selon vous pour sortir la Guinée de cette paralysie, vous en tant que syndicaliste, quel serait le message que vous allez passer aux Guinéens?

N’oublie pas que le syndicaliste lorsque vous lui posez ces questions-là, il se référera toujours à l’histoire de la Guinée pour la simple raison qu’avant que nous soyons indépendants, le syndicat a joué un grand rôle dans l’acquisition de l’indépendance en Guinée, ça c’est un. De deux, n’oubliez pas qu’il y’avait un seul syndicat en Guinée et celui qui était chef de l’Etat à l’époque pour qu’il soit élu. Il a été aidé par les dockers du port. Ces derniers ont cotisé pour payer sa caution, donc l’histoire de ce pays on ne peut la raconter sans faire allusion au rôle que le syndicat a joué, il y’a ça. Et il y’a d’autres combats que nous avons menés ici dans les années ‘‘90’’ jusqu’au jour d’aujourd’hui, ces combats continuent. Si on parle aujourd’hui de changement aucun parti n’a créé le mot changement. Ce sont des syndicalistes qui en ont créé en 2007. Mais bien avant 2007, en 1990 d’abord, c’est nous qui avons réclamé, le pluralisme syndical. C’est nous qui avons réclamé aussi le syndicat libre. Et depuis leur existence, il y’a des positions d’idées qui amènent  à un bon dialogue, un bon débat parce qu’il y’a des contradictions d’idées, mais ça ne créait pas l’animosité.

Aux dires de certains, en ce temps-là, vous aviez vraiment joué le rôle de syndicat. Ils estiment qu’actuellement vous n’avez pas cette renommée d’antan ?

Oui ça n’engage qu’eux, vous savez il est beau de dire que ce dernier je suis plus beau que lui parce que vous ne vous regardez pas dans le miroir. Donc vous imaginez votre beauté, vous dites que vous êtes plus beau que l’autre. Mais lorsque vous vous regardez, tous les deux dans le miroir vous saurez qui est plus beau que l’autre. Il est bien de dire voilà, avant ils étaient courageux, braves… Je vous dis, celui qui n’a pas eu peur des chefs militaires, c’est un civil dont il aura peur. Quand même soyons raisonnables, on s’est battus contre le général Lansana Conté avec toute son armée, sa force, sa puissance, on est restés nous-mêmes. On a été frappés, on a été emprisonnés, on nous a fait perdre des promotions, on nous a blessés, il y’a eu même des morts mais on a tenu. C’est ce qui a amené la situation actuellement de la Guinée, ce changement dont-on parle.

Plus loin, estiment qu’aujourd’hui, vous utilisez la classe ouvrière pour vous faire entendre. Alors que vous n’êtes même pas imprégné des réalités de cette dernière. Qu’en dites-vous ?

C’est vraiment insensé, (rire) pour la simple raison que ceux qui le disent, ne savent même ce qui se passe, parce que la centrale USTG par exemple est actuellement sur le terrain en train de s’entretenir avec les travailleurs. La centrale va jusque dans les usines, les écoles rencontrer les travailleurs et s’enquérir de leurs problèmes, et voir ensemble ce qu’il  s’y passe. Le SLECG vient de tenir une réunion avec tous ses élus communaux de Conakry ici, et on a débattu de nos problèmes pour voir ensemble qu’est-ce qu’il faut faire. Donc, ceux qui parlent et bien comme il est dit que chacun est libre de parler mais chacun n’est pas libre de dire aussi des bêtises. Il faut être réaliste.

Ces derniers temps, bon nombre de travailleurs ont vu leur entreprise fermée. Vous, en tant que syndicat, qu’avez-vous fait pour que ces travailleurs soient rétablis dans leur droit ?

Non ça c’est un problème qui dépasse le syndicat, parce que c’est un problème d’ordre sanitaire, c’est un problème de santé, c’est un problème lié à Ebola. Donc là chacun se soumet, si les partenaires qui ont fermé leurs entreprises sont des expatriés c’est leur droit aussi. Donc, là on ne peut rien maintenant ce qu’on peut, c’est de se battre pour que les sociétés acceptent de supporter les travailleurs pendant la période de fermeture, en attendant qu’ils reviennent. Là, on en a fait par-ci par-là, mais le droit de l’un ne peut pas piétiner le droit de l’autre.

Pour finir, quelle analyse faites-vous des conditions de vie actuelle du citoyen guinéen?

Mais les conditions sont médiocres, là,  il n’y a pas à réfléchir. Les conditions sont médiocres, la plupart des Guinéens vivent difficilement : le marché est difficile, le transport est impossible, la santé c’est un problème, les frais de scolarité pour les écoles privées sont insupportables. Le courant, ils sont en phase d’essai, mais la Guinée ne se résume pas seulement à Conakry, il y’a l’intérieur du pays. Donc, pour le moment ça ne va pas, c’est dur, c’est difficile et nous espérons que, ce qui est en train d’être mise en œuvre pourrait satisfaire l’ensemble du peuple, mais il faut dire que le peuple aussi est pressé parce qu’il a tant souffert.

Entretien réalisé Richard TAMONE (L’Indépendant)       

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