Amadou Diouldé Diallo

Amadou Diouldé Diallo, journaliste, historien, membre de la commission médias de la CAF, vice-président de L’Association internationale de la presse sportive, section  Afrique (AIPS) a abordé divers sujets d’actualité dans cet entretien qu’il a accordé à notre reporter. Notamment les dessous de la crise qui a déchiré la FEGUIFOOT, le départ de Luis Fernandez et l’inauguration de la mosquée de Timbo. Que de révélations…

Un comité  de normalisation vient de commencer ses premiers pas à la tête de la Fédération guinéenne de football (FEGUIFOOT). Peut-on s’attendre à une remise sur pied des instances du foot national?

Amadou Diouldé Diallo : Bonjour aux lecteurs de l’Indépendant. Le comité de normalisation qui a été mis en place par la CAF et la FIFA est la conséquence de la crise qui secouait la Fédération guinéenne de football depuis quelques mois. Donc il y avait deux options, la première : c’était que la politique a interféré dans le sport et on nous suspendait ou alors les membres statutaires eux-mêmes demandaient une assemblée générale extraordinaire sur la base de ses statuts, parce que ce les gens ne savent pas,  c’est que la CAF et la FIFA n’ont pas de remède pour dire que  ‘’vous avez fait ça, nous imposons ça’’.

Lorsque vous êtes élus, vous déposez à la CAF et à la FIFA les textes qui régissent votre fonctionnement, les règlements intérieurs et les statuts. Lorsqu’il ya la crise, c’est selon les mêmes textes que la CAF et la FIFA utilisent pour voir où est-ce qu’ils ont été violés. En fonction de ça, ils prennent une décision. Et là, il y avait la crise sur les 15 membres de la fédération. Onze étaient d’un côté, quatre de l’autre, en plus des membres statutaires. Sur les 121, je crois que c’est 92 où 98 qui ont signé le texte ou la pétition pour convoquer une assemblée générale extraordinaire. Donc la FIFA est arrivée d’abord et la CAF pour essayer de tempérer les ardeurs et de rapprocher les deux tendances. Elle n’y sont pas parvenues.

Elles sont reparties et finalement en application des décisions, c’est un comité de normalisation qui a été mis en place parce que nulle part, il a été constaté l’immixtion du politique dans la gestion de la crise.

A votre avis fallait-il dissoudre l’équipe dirigeante de la fédération ?

Mais écoutez quand vous ne vous entendez pas avec votre femme, vous divorcez. La vérité quand on est arrivé à une ligne où les uns ne peuvent plus, les autres ne veulent plus, c’est la rupture, puisque c’est les 15 membres qui sont élus. Il n’y a aucun critère d’appréciation de l’un ou de l’autre, sinon que le texte et les gens ne se sont pas entendus, puisque le problème de la Guinée aujourd’hui c’est ça. La Guinée aujourd’hui c’est la haine, c’est la rancune, c’est la méchanceté, c’est l’acharnement. Deux Guinéens ne peuvent pas s’entendre sur le plan politique, sur le plan sportif, sur le plan social. On entretient partout la division, la Fédération guinéenne de football n’a pas fait d’exception. Elle a mis un comité de normalisation en place qui est chargé d’organiser les élections d’ici le 2 février 2017, en faisant le toilettage des textes et organiser les élections d’ici le 2 février 2017. Elections auxquelles les membres actuels de normalisation ne seront ni électeurs ni éligibles.

Disons qu’en tant que journaliste sportif chevronné, vous en savez certainement les dessous à ce clash survenu au sein de la Fédération, n’est ce pas M. Diallo?

Je vous ai dit tout à l’heure, vous épousez une femme tout le monde vous accompagne, c’est la grande fête, c’est le vin d’honneur, c’est la bamboula. Quelques instants après, dans la superposition caractérielle vous vous rendez compte que l’entente est impossible. Si l’entente est impossible vous divorcez, même si vous avez fait des enfants. Au niveau de la Fédération guinéenne de football, je crois que le problème ça a commencé par un problème de bureau. Un problème de bureau à repartir parce qu’il ya un siège, il ya des bureaux, il ya des membres de la Fédération qui étaient pratiquement dans la rue, qui n’avaient pas de bureaux. La revendication a commencé là. Il faut reconnaître que des personnes de bonne volonté selon mes informations se sont impliquées pour essayer de rapprocher les deux tendances. Malheureusement chacune d’elle a campé sur ses positions. Et puis, finalement ils sont allés au clash. Mais je dis encore une fois c’est la caractéristique fondamentale de la Guinée d’aujourd’hui, à savoir : la division, la haine, le mépris, la rancune, l’acharnement. Tel est là, ce n’est pas lui qui doit être là, c’est moi. Si ce n’est pas moi, c’est le déluge, voilà le problème. C’est la conséquence de la gestion de la Guinée d’aujourd’hui. Le Football, c’est un peu si vous voulez c’est un produit auquel tout le monde a accès. On en parle mais si vous prenez les autres domaines, politique, économique, social et culturel les divisions sont les mêmes. C’est la même chose partout. Je n’ai jamais vu aussi les Guinéens divisés depuis qu’il ya six ans.

Parlons à présent du cas du Syli national avec la démission annoncée de l’entraineur de l’équipe Luis  Fernandez. Fallait-il s’attendre à ce départ précipité à votre avis?

D’abord il faut reconnaître que le choix de l’entraineur a été mal fait.  J’étais à Paris quand les négociations se menaient. Luis Fernandez grand footballeur, vous savez il ya ceux qu’on appelle les Européens africains, qui ont la mentalité africaine. Il y en a d’autres qui n’ont pas la mentalité africaine. Il ya des Africains ici si vous les envoyez en Europe ou aux États-Unis, ils ne peuvent pas rester une semaine. Ils vont rentrer parce qu’ils n’ont pas cette mentalité. Il y en a d’autres s’ils vont, ils peuvent s’adapter mais Luis Fernandez est d’abord un consultant à RMC (Radio Monte-Carlo).

Donc c’est un journaliste, un consultant. Comment vous pouvez prendre un consultant, qui a son travail là-bas, vous le faites venir comme entraineur en Afrique. Et il vous dit non, il ne va pas séjourner ici, il va séjourner là-bas. Mais vous savez l’affaire  d’entraineur aussi en Europe, je vais vous dire ce que c’est. Dès qu’on parle d’un problème d’entraineur à trouver, les membres de la Fédération et d’autres personnes viennent introduire leurs amis qui sont en France là-bas qui ont des difficultés de joindre les deux bouts. Mais ils préfèrent qu’on dise qu’ils sont en France au lieu qu’ils ne rentrent au pays. Donc ces gens-là font l’affaire de la trouvaille de l’entraineur une occasion d’avoir de petites commissions.

Donc c’est des clans qui se constituent, on dit je connais tel, je connais tel ainsi de suite et il est clair que le cas Luis Fernandez n’échappe pas à cela. Donc ceux qui ont choisi Luis Fernandez ont peut-être réfléchi et l’ont préféré parce que certainement en le choisissant, des commissions allaient revenir à leurs camarades qui sont en France, qui se sont battus pour que ce soit lui l’entraineur.

Il ya ça en dessous, mais unanimement ici Titi Camara je crois qui est un ancien International de gloire a dénoncé  Luis Fernandez. En disant qu’il  n’était pas l’entraineur désigné pour la Guinée. C’est clair et maintenant je sais qu’à l’époque, j’étais à Paris, Antonio Souaré était en négociation avancée avec Paul AUDE du Burkina Fasso qui avait fait le déplacement de Bruxelles à Paris pour rencontrer Antonio Souaré. Et qui était prêt à venir prendre le Sily national de Guinée. Il était prêt, il était venu avec tous ces documents. On a vu, il a mené l’équipe du Burkina en finale. Antonio était avancé quand entre temps le président Salifou est arrivé des États-Unis, il y avait aussi Patrice Neveu qui était sur le départ. On a préféré Luis Fernandez, et jusque-là vous savez que les Guinéens dans leur écrasante majorité n’ont jamais apprécié le choix de Luis Fernandez.  Donc son départ ne surprend personne. Je crois qu’il est consécutif aussi au départ de celui qui l’avait choisi, l’ancien président de la Fédération guinéenne de Football Salifou Camara Super V.

Que pensez-vous de la participation guinéenne au tournoi de Toulon en France?                             

Bon ! Le tournoi de Toulon est un tournoi intéressant. Vous savez le Football c’est le jeu tant qu’on a la possibilité de prendre part à des tournois, on a la possibilité de jouer, on a la possibilité de s’affirmer. Tout le reste, dire on devait participer ou on ne devait pas participer. C’est d’abord le nom de la Guinée qui est là-bas, c’est des joueurs Guinéens qui jouent. Maintenant que ce soient les locaux que ce soient ceux qu’on a pris là-bas, là aussi nous sommes en retard, il ya beaucoup des binationaux dans les pays européennes, pas en France seulement. Des binationaux qui sont dans les centres de formation.

Malheureusement, il n’y a pas une politique du ministère des Sports, de la Fédération nationale de football  pour envoyer une délégation, essayer d’identifier ces jeunes-là. Ces binationaux sont nés là-bas mais ils sont Guinéens, parfois ils sont Diallo ou ils sont Diaby, ils sont Camara, ils sont Traoré.

Ils portent des noms propres à une partie de l’Afrique de l’Ouest. Si nous on ne se manifeste pas au même moment les Ivoiriens, les Sénégalais, les Maliens, ils disent non, c’est un Malien, il est Traoré mais il ya Traoré Malien, il ya Traoré Guinéen, il ya Traoré Sénégalais, il ya Traoré Ivoirien.

Donc nous sommes derniers cette fois-ci. Je crois que tous les jeunes qu’on a pris, c’est Kaba DIAWARA qui est en train de faire l’inventaire. C’est des jeunes issus des centres de formation jusqu’aux États-Unis, il y en a. Le Sénégal, son équipe est bâtie autour de ça. Le tournoi de Toulon, ce qui est important c’est la participation. Maintenant qu’on gagne, qu’on ne gagne pas, mais il ya un temps de jeu qui permet au moyen à l’encadrement et à l’opinion de se faire une idée sur tel joueur ou tel joueur, qu’on ne connaissait même pas mais qui à travers le tournoi de Toulon permet aux Guinéens d’établir une fiche et de le suivre dans la perspective de sa sélection demain en équipe nationale.

Par ailleurs le Syli national joue l’avant dernière journée des éliminatoires de la CAN. Il faut préciser que c’est LAPPE BANGOURA qui avait fait bonne opération avec l’équipe locale qu’on a choisi et je pense que c’est mérité parce que c’est le meilleur de la place actuellement. Il faut qu’on cesse de dire : tel est mauvais parce qu’il ne salue pas quelqu’un, parce qu’il est orgueilleux. Ce n’est pas ça qui compte. Il n’y a personne qui a des qualités cent pour cent, ou des défauts à cent pour cent, non! Ce qui est important c’est son rendement à son pays, les autres considérations-là n’ont pas de sens. Aucun de nous n’est bon à cent pour cent, n’est bien à cent pour cent. LAPPE c’est le meilleur de la place aujourd’hui. Donc on l’a choisi pour justement remplacer Luis Fernandez, en attendant que des contacts ne soient engagés pour trouver un nouvel entraineur. Mais on l’a choisi aussi à un moment difficile, la crise au niveau de la Fédération, heureusement avec le comité de normalisation, on est en train de franchir ça et puis maintenant, il ya le match du 05 Juin à Bambane contre le Swaziland, n’oubliez pas quand même que le Zimbabwe est à 8 points et il se déplace au Malawi. C’est un match à sa porte parce que le Malawi et le Zimbabwe sont limitrophes.

C’est un déplacement, c’est comme si le Zimbabwe jouait à la maison. Ce qui n’est pas notre cas. Nous quittons l’ouest pour aller jouer au sud. Donc le match de Bambane  est extrêmement important pour la suite de la compétition. Une défaite compromet complètement nos chances de qualification. Un match nul, nous sommes sur béquilles, une victoire nous repositionne. Donc aujourd’hui il s’agit de mettre toute la batterie, toute la logistique afin que nous revenions de Bambane avec un résultat.

Naturellement on va saluer la victoire des juniors hier (samedi 21 mai) à Abidjan 2 but à 1. Le match allé. Le retour c’est dans deux semaines à Conakry. On espère quand même qu’ils ont fait l’essentiel. Mais comme c’est le football, on ne sait jamais, il s’agit maintenant de se préparer, afin d’assurer la qualification sur l’ensemble des deux matches.

Il ya l’inauguration d’une mosquée en vue à Timbo. Pouvez-vous nous dire quelque chose de cette bâtisse religieuse?

Bon la bâtisse religieuse c’est Timbo. Timbo c’est la capitale du Fouta Théocratique, telle que désignée, après la promulgation de la constitution du royaume théocratique du Fouta Djallon à Fougoumba après la bataille de Tallansan en 1727. Il ya deux versions. Il ya une qui dit que Timbo avait sa mosquée avant Tallansan avec 6 autres dont Timbo, Dalaba, Cour Maninka, Gongoré et Fougoumba. Il ya une autre version qui dit que : Timbo a eu sa mosquée après la bataille de Tallansan, l’un dans l’autre, Timbo était la capitale de l’Etat confédéral. Je dis encore une fois que la mosquée de Timbo c’est un symbole fort, c’est un patrimoine national, c’est un culte de prestige. Le Timbo même ne s’appartient pas. Timbo appartient au Fouta, appartient à l’Afrique et au Monde parce que les chroniques révèlent que les Séidyanké sont descendus du prophète Mohamad (PSL)  à travers sa fille Fatima Zora. Deuxièmement le roi de L’ADAMAWA  l’a dit ou l’a redit à la mosquée de Labé en faveur de la zihara de Karamoko Alpha MO Labé. Ousmane Danfodio fondateur du royaume de SOKOTO  au Nigeria, 4ème Etat théocratique en Afrique de l’Ouest serait originaire de SOKOTORO et que SOKOTO est le diminutif de SOKOTORO.

Donc ça veut dire que Timbo de l’Etat confédérale du Fouta Djallon et également c’est un de ses fils qui aurait bâti un autre royaume théocratique cette fois-ci celui de SOKOTO de Nigeria. Je vais dire une chose par rapport à la mosquée de Timbo, ceux qui veulent en faire une récupération politique pour dégrader Fatako parce que personne n’était à Fatako, tout le monde va être à Timbo ça va changer quoi ? A FATAKO  c’est l’expression, la volonté d’un fils de FATAKO, FATAKO était une PRL à l’époque  à 7 km de KOYIN. C’est Ousmane Baldé « Sans loi », fils de la localité qui est venu voir le président Ahmed Sékou TOURE pour lui dire ‘’vraiment président, moi je veux qu’on érige FATAKO en arrondissement’’. Le président lui a dit d’accord, comment on va faire. Il faut un budget pour ça parce qu’il faut des attributs de souveraineté.

Le président Ahmed Sékou TOURE,  c’était vraiment la rigueur, c’était l’homme du peuple, on ne peut pas le nier. Il a dit ‘’président, si vous me donnez l’autorisation, moi je vais construire tous les attributs de souveraineté.’’ Le président a dit donc construit. Il a construit. Le président a donné l’instruction d’ériger FATAKO  en sous-préfecture, en arrondissement à l’époque. Il a dit au président, ‘’je vous prie de m’accorder une autre chose. Tous les enseignants et tous les infirmiers qui vont être mutés à FATAKO, que ce soit moi qui les paye.’’ Le président a dit d’accord, lorsqu’un fils comme ça met trente milliards six cent millions dans une mosquée chez lui, pour accueillir  6000 fidèles, 131 bœufs égorgés en 72heures, certains fustigent ça, non ! … Maintenant les gens vont récupérer Timbo toujours dans la  logique de séduire le  Fouta.

Mais ils ne pourront pas. Ce qui reste clair, les 9 tabalas, des 9 Diwés du FOUTA seront suspendus, et retentiront. Ce sera plus fort qu’ailleurs. Les Touré de FODEKARIA seront sur la première ligne de la mosquée, parce que le sous clan issu de  Ramata Fodé est l’une des filles de la sœur de l’ALMAMY,  BARRY RAMATA. Vous comprenez ?  Pour vous dire que c’est toute la Guinée qui sera là-bas. Et Cellou Dalein sera là, parce qu’il est de l’histoire, s’il est là, on lui donne la parole, parce qu’il est issu de la plus grande famille maraboutique du Fouta Djallon. Personne ne peut changer ça.

Je vous remercie.

L'indépendant

Entretien réalisé par Alpha Amadou Diallo                                       

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1 COMMENTAIRE

  1. Avec Timbo, je suis d’accord mais cette histoire de Fatako, c’est des conneries. Sans Loi a construit sa mosquée mais elle ne sera jamais comme celle de Timbo, de Labé, Dinguiraye ou Kankan…

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