Sadou Keïta, le gouverneur de Labé

Apres la décision controversée du préfet de Labé de fermer tous les maquis et bars, Les tensions sont restées vives entre tenanciers de Bars et certains citoyens qui soutiennent le préfet dans son action. Suite à cela le gouverneur de région, Sadou Keita qui vient de finir sa  tournée dans certaines préfectures de sa juridiction a convoqué une réunion pour trancher cette situation. Cette rencontre a réuni autorités préfectorales, conseils de quartiers, tenanciers de bar et certains membres de la société civile régionale, les sages, etc. Après la réunion, le gouverneur Keita a accordé à notre rédaction un entretien à bâton rompu.

Guinee7.com : De quoi avez-vous discuté au cours de la rencontre ?

 Sadou Keïta : Il a été question de discuter sur une question très sensible. Comme vous le savez y a une décision de réglementer les lieux de boissons à Labé. L’autorité préfectorale exécute cette décision et elle a été récupérée par une catégorie de personnes qui ont vandalisé certains bars dans les quartiers. Parce qu’à un certain niveau, le sens de la décision a changé verbalement. Sur papier on parle de réglementation et non de fermeture.

Donc il fallait appeler nécessairement une réunion de concertation pour qu’on arrête le phénomène et qu’on aille dans le sens de la décision de l’autorité. Ce qui fait que j’ai convoqué les services de sécurité hier avec qui nous avons glané tous les renseignements parce que moi je n’étais pas là j’étais jusqu’à la ligne frontière avec le Mali voisin. Pour un premier temps il était question d’examiner la démarche que l’autorité a entreprise pour que la réglementation des bars soit poursuivie sans hostilité à l’endroit de qui que ce soit.

Jusque-là cette question de bars et maquis était gérée par le préfet et son cabinet pourquoi c’est vous l’autorité régionale qui reprenez les commandes ?

J’ai repris les commandes en concertation avec toues les autorités, nous avons cru qu’une fois dans l’exécution y a un dérapage, il faudrait que le recours intervienne pour mobiliser tout le monde et le ramener dans le même sens. Autrement dit nous avons  discuté de décision de réglementation, aujourd’hui la récupération fait que  l’exécution de la décision va  dans le sens de l’éradication ou la suppression des débits. Donc il faudrait que la société civile et les chefs de quartiers,  la notabilité locale, les élus locaux, on se retrouve rapidement pour redresser la barre c’est seulement sous mon autorité que cela doit se faire. Désormais la barre est redressée et nous laissons les soins  à la préfecture de gérer le reste comme il est défini dans le document de réglementation.

Certains ont été victimes de casse, avez-vous pris une décision par rapport à elles ?

Pour ceux qui ont fait des casses, nous sommes dans un Etat de droit, on ne se rend pas justice. Il faudrait laisser l’administration gérer cela. Si on voit des gens se lever nuitamment pour aller casser des débits de boissons et s’emparer des biens des personnes qui gèrent ces débits. A ce niveau il faudra bien que la justice soit faite. C’est pourquoi j’ai instruit au service de sécurité de faire leur travail. Nous avons déjà une liste de gens qui vont être convoqués et qui seront écoutés et si jamais ils sont coupables, ils vont rembourser les biens.

Est-ce qu’on peut s’attendre à une ouverture très prochaine des bars et maquis dans la ville de Labé ?

Tous les bars qui sont en règle vont être ouverts et ceux qui ne le sont pas resteront fermés jusqu’à ce qu’ils soient réglementés. Ceux qui sont auprès des lieux de culte vont déménager parce que la décision consistait à fermer tous les bars qui sont près des mosquées, des églises, des écoles et des lieux de même nature. Les propriétaires de bars s’ils veulent continuer leur activité de vente d’alcool ils vont trouver d’autres lieux mais pas à côté des lieux de culte.

C’est pour quand la réouverture des bars en règle ?

Bon nous allons designer une commission technique de travail qui va examiner la réglementation et peut-être apporter des amendements parce que s’il y a une réglementation en vigueur depuis 20 ans ou 30 ans il faudrait voir si elle s’accorde encore aux réalités du terrain.

L’amendement que nous allons faire tiendra compte de nos coutumes et mœurs. Donc cette commission aura une lourde tâche de sortir et faire le tour des quartiers. Aujourd’hui vous n’êtes pas sans savoir que des bâtiments administratifs abritent des bars dans la ville de Labé, ça veut dire qu’il y a un dérapage énorme. Les gens se moquent de la loi, ils font ce qu’ils veulent. Il faut qu’on corrige tout ça c’est ça le sens de la réglementation.

Désormais tous les bars, toutes les buvettes qui respectent les règles vont fonctionner je crois que dans quelques jours cette commission va achever son travail.

On a aussi parlé d’éducation lors de la rencontre…

Vous savez on dit souvent quand on est pauvre on ne peut pas bien éduquer ses enfants. Je suis contre cette hypothèse : y a des pauvres qui sont respectés par leurs enfants et qui les écoutent comme des dieux. Je crois que c’est là la tentative des démissions. Il faut barrer la route à cette tentative et demander aux parents d’éduquer les enfants. Dans toutes les mosquées dans toutes les églises on doit prêcher cette éducation. Je suis certain que si l’enfant reçoit une bonne éducation en famille on ne peut le retrouver dans un bar pour prendre l’alcool. Vous savez quand y aura moins de consommateurs, y aura moins de bars donc cela est lié à l’éducation. Cette éducation des enfants est obligatoire. Il faut qu’on éduque les enfants dans le sens voulu par l’islam. Vous-même vous allez voir à la longue les bars vont fermer eux-mêmes parce que quand ils ne trouvent pas de clients ils seront obligés d’aller là où ils en trouveront. Mais si on démissionne dans l’éducation des enfants ça ne fera qu’augmenter.

Est ce qu’il est prévu des sanctions contre ceux qui vendront l’alcool aux mineurs parce que ce phénomène existe chez nous ?

Absolument ! Ecoutez, on ne vous dira pas toutes les dispositions que nous allons prendre. Quand vous sortez à Labé la nuit c’est ahurissant ce n’est pas normal. Nous sommes dans une société civilisée. Voir nos jeunes filles habillées n’importe comment aller n’importe où et voir n’importe qui. D’abord c’est un problème de moralité ça n’a rien à voir avec la religion. Donc nous devons prendre des mesures responsables pour qu’on sente que l’Etat existe. C’est vrai nous vivons dans un Etat libéral mais cela ne veut pas dire que l’anarchie est permise.

                        Propos recueillis par Alpha Ousmane Bah,

correspondant à Labé

 

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