Selon la Déclaration Universelle sur la Démocratie, la démocratie est universellement reconnue comme un idéal et un but ; elle est basée sur des valeurs communes partagées par les peuples du monde malgré leurs différences culturelles, politiques, sociales et économiques.

Cette définition claire entraîne pourtant des confusions, dans la pratique et dans les analyses, puisque ce concept désigne trois faits différents que mêlent les uns pour des raisons politiques et les autres par soucis de performance scientifique :

  1. la démocratie comme processus implique les mécanismes, les procédures et les formalités de l’organisation politique aux élections ;

2.la démocratie comme un état implique une société civile et sa gouvernance ; et

  1. la démocratie comme un résultat découle d’un état ou est un produit du processus démocratique en soi.

Nous le savons tous, développer la démocratie dans le monde, est une injonction de la Communauté internationale et une exigence de la bonne gouvernance. Or chez nous en Guinée, les relations complexes entretenues entre opposition et pouvoir d’une part et d’autre part, entre les différentes communautés ethniques, nécessitent un compromis gagnant-gagnant sur le pouvoir. Or, depuis l’instauration de la démocratie en Guinée, de nombreux conflits civils à connotation politico-ethniques naissent dans le pays, mettant ainsi en panne le fonctionnement démocratique.

En Guinée aujourd’hui, il nous faut distinguer deux catégories, celle qui œuvre pour que la démocratie s’enracine progressivement, et l’autre, tenue par les promoteurs de la mauvaise gouvernance, de la violence politique, de l’instrumentalisation ethnique et autre présidence à vie. C’est cette deuxième catégorie qui nous intéresse dans ce qui suit :

Les  derniers évènements dans la préfecture de Lola au sud du pays, ne doivent pas nous laisser indifférent, les guinéens  ne cessent de se découvrir, en effet, après Siguiri(Doko,  Kintinia…) considérés comme havre de paix, lieux très convoité, où de nombreux étrangers  et nationaux trouvaient leur vie  en toute quiétude qui avaient, enfin, brisé  l’image de la stabilité, aujourd’hui  la grande ville de Kindia qui était jadis considérée  comme havre de paix, la question de l’instrumentalisation ethnique, qui est une conséquence de la démocratie mal intégrée, risque de faire basculer Kindia dans un cycle de violence entre communautés qui vivaient dans une parfaite entente si jamais on ne prend pas les choses au sérieux  pour maintenir la cohésion habituelle.

Et pourtant, le principe de la démocratie est simple, le pouvoir d’un dirigeant ne serait qu’un pouvoir délégué par le peuple souverain, dans ce sens, le pouvoir devrait prendre l’apparence d’un pouvoir sans domination et sans écrasement du peuple souverain, le respect de la reconnaissance du peuple souverain est un des fondements des libertés du peuple. Le pouvoir perd ainsi son autonomie et dépend du peuple. En finalité, l’avantage de la démocratie permet à une compétition démocratique et honnête, dont, il sortira de l’émulation (vote) dû au peuple souverain, le moins mauvais qui assurera la destinée nationale.

En Guinée aujourd’hui, ce principe élémentaire a laissé la place à la manipulation des communautés par le biais de l’ethno-stratégie, des arrangements politiques en contournant nos lois en dehors de tout cadre constitutionnel, à la corruption des consciences des opposants qui n’ont pas de moyens suffisants d’existence et par les modifications des résultats. Ainsi l’honneur laisse la place au déshonneur. Résultat, la crise de confiance en politique prend effet en même temps que le déficit démocratique.
Ce déficit démocratique, à l’approche des élections, conduit, toujours, à une prudence de l’opposition, et efface l’espoir ou l’optimisme des citoyens de la démocratie, et la valeur de la paix se trouve écarter, et pourtant, la paix est la valeur consensuelle et contractive entre deux forces.

Deux constats se distinguent dans notre pays :

  • L’opposition est traquée, intimidée par le pouvoir et devient résignée, la presse est presque muselée, les institutions et la société civile affaiblies, le pouvoir politique n’a plus de contre poids. Dans un tel contexte la démocratie est confisquée, et toutes les atteintes sont possibles (droits de l’homme, Impunités, corruption, fraude).
  • L’opposition et la société civile présentent une force socio-politique incontournable qui devrait être capable de contribuer à la recomposition du paysage politique et le manque du respect du jeu démocratique peut créer des forces sociales et populaire incontrôlées d’où l’explosion de la violence et des troubles politico-ethniques.
    On a tous compris si les choses continuent de cette manière, l’alternance démocratique cédera sans doute sa place à la présidence à vie, dont la conséquence sera l’usure du pouvoir.

L’usure du pouvoir se caractérise par la perte du contact avec la réalité, et se traduit le plus souvent par une perte de légitimité vis à vis des citoyens. Un pouvoir usé ne s’en rend pas compte de son bilan catastrophique, généralement, il se fond sur des jugements insensés et la fuite en avant devient l’ultime bataille.
Or, gouverner un pays, nécessite la crédibilité et la légitimité populaire, c’est ainsi, nous pouvons constater, par exemple, au Ghana et au Benin, les Présidents: John Dramani Mahama et Thomas Boni Yayi, se sont résignés au verdict populaire sur l’usure, c’est pourquoi, ils avaient jugé nécessaire de ne pas briguer un autre mandat, malgré leurs appréciables bilans.

La longévité du pouvoir, l’articulation des différents comportements autour du pouvoir, les ambiguïtés qui existent parfois dans les discours, témoignent résolument, de la complexité des pouvoirs politiques usés et l’analyse autour de leur personnage décrit, généralement, des hommes d’état qui deviennent progressivement monarques.
Le constat ailleurs en Afrique, pour la plupart des pays qui ont maintenu ces genres de pratiques, ce rêve de pouvoir illimité a maintenu les anciens rapports sociaux du monopartisme, entrainant, ainsi, à l’illusion d’un pouvoir politique héréditaire et l’illusion de nation démocratique.

Il se passe, donc, dans ces pays un conflit entre « l’ordre ancien », qui puisait ses excuses, dans les sociétés traditionnelles, où le pouvoir est absolu, non partagé et non critiqué, et « le nouvel ordre » qui est l’aventure dans le temps et l’espace et les libertés fondamentales en utilisant les moyens modernes que nous offrent les nouvelles technologies.
De ce conflit, naissent de l’instabilité qui a pour principal objectif, de briser le monopole du pouvoir détenu, injustement, par un Clan, et de mettre fin à l’usure du pouvoir. Aujourd’hui la   démocratie a été acceptée dans tous les pays africains, et dans ces nouvelles luttes contre les pouvoirs usés, des Chef d’états ont préféré lâcher de lest, sous la pression de la rue, pour préserver leur vie et celle de leur progéniture, c’est le cas du Burkina Faso, de la Centre Afrique et d’autres.

Néanmoins, il existe, encore, dans le continent, plusieurs foyers de pouvoirs usés, où les nouvelles luttes n’ont pas, encore, crée de forces centripètes et coercitives, pour permettre l’éclosion de l’alternance. Ces foyers de pouvoirs usés sont des foyers de tensions futures, allant du compromis sur l’organisation des élections aux compromis des résultats des élections.
On a tous compris un régime s’use dans le temps, pour permettre au mieux l’alternance des régimes usés, qui ont l’illusion du pouvoir à vie, il convient de limiter les mandats présidentiels et de faire la promotion de bonnes pratiques démocratiques.
Par ailleurs, les états africains en proie au bon fonctionnement de la démocratie, et qui respectent, la limitation aux mandats présidentiels, ont pu organiser les élections avec moins de fraudes possibles.
Tous les états africains qui ont dérogé à cette règle, par des modifications constitutionnelles, par les Dictateurs et par leurs assemblées croupions, sont en proie, à des violences politiques interminables et qui durent dans le temps,

En somme, la limitation à deux mandats présidentiels non renouvelables, la démocratisation véritable, la promotion de la paix et de la cohésion sociale, la bonne gouvernance, demeurent, les seuls moyens de répondre aux alternances, aux usures de pouvoir et permet de faire vivre la démocratie. Tous les pays, engagés dans cette voie, sont engagés sur le chemin de la paix et pendant très longtemps. Il ne reste, donc qu’aux états dirigés par les dictateurs qui se réclament pour la paix, de suivre cet exemple, qui est un gage de paix et de bonne gouvernance, ainsi, ils montreront leurs volontés pour la paix et de la bonne gouvernance.

Les questions qui se posent à nous guinéens aujourd’hui sont :

Comment apprécions-nous, la notion de cohésion nationale ? Quelle stratégie pour renforcer et imposer cette cohésion nationale afin que vive une   stabilité socio-politique et impulser un développement durable ?

Le débat est ouvert. Que Dieu sauve notre cher pays La Guinée. Amen!

Amadou Saikou DialloWashington, D.C.

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