Naïny Bérété

Tous les guinéens ont croisé les doigts hier pour voir la fumée blanche sortir du palais Sekhoutoureya où le président de la république accueillait son principal opposant. Ils ont eu raison d’espérer quelque chose, car cette fameuse fumée aura émergé à l’issue d’un peu plus de deux heures de discussion. Si je me réjouis de ce dénouement heureux, enfin de ce dénouement temporaire, je ne me réjouis guère de cette habitude qui commence à devenir la règle dans notre pays et qui consiste à substituer les accords politiques aux lois de la république.

Ce comportement est entretenu et encouragé par le premier responsable du pays. Cela à de quoi à inquiéter quand à l’avenir de l’Etat de droit. Ce n’est pas la première fois qu’une telle pratique est célébrée avec faste et enthousiasme, ça devient presqu’une routine depuis l’arrivée d’Alpha Condé en 2010. Pour certains, une paix fragile par les arrangement politiciens, car c’est de ça qu’il s’agit, vaut mieux qu’une cité en crise avec des lois inappliquées.

Justement, si ces lois sont inappliquées c’est de la responsabilité de qui? du président de la république bien sûr, c’est à lui qu’il incombe au titre de la constitution, norme supérieure de notre pays, de veiller au respect des lois et des décisions de justice, article 45 de la constitution. J’ai l’impression que le respect des lois est circonstancielle dans notre pays, on la respecte quand ça nous arrange et on la fout au pied quand elle contraint et nous impose des conduites.

Des précédents déjà dangereux…

L’on sait déjà que dans notre pays n’importe qui peut défier l’Etat et les règles qui le gouvernent en créant la psychose et le désordre dans le but d’avoir une rencontre et une photo serrant la main du chef au palais. En tout cas pour les esprits avisés, il vous souviendra que l’accord de révision du code électoral avait été signé malgré les récriminations de la majorité ”silencieuse” aujourd’hui consultée dans ce même palais. Ces arrangements de couloir nuisent dangereusement à la stabilité politique et à la démocratie. Les arrangements politiques sont parfois porteurs d’effets contraires. Le code électoral actuel du pays qui est la cause de tous nos malheurs, est le fruit d’un autre arrangement entre le pouvoir d’Alpha Condé et son principal opposant au nom d’un idéal de paix, sauf que la paix recherchée n’a été qu’éphémère. Ce code électoral biaisé a produit la crise que nous connaissons, parce que là aussi ce sont les arrangements qui l’ont emporté sur l’intérêt général, les émotions à la raison, et les accords ne sont que la somme des intérêts de ses signataires. Les deux principaux partis sachant qu’ils auront la majorité lors des élections locales, ont préféré tailler ce code sur mesure pour avoir le contrôle des quartiers, un autre problème est à prévoir à la suite de ce processus électoral.

Les accords sont des instruments de la vie politique et une expression démocratique si elles s’inscrivent dans le cadre des lois qui sont elles mêmes l’expression de la volonté populaire générale. Ils peuvent compléter les lois et peuvent permettre de gommer les lacunes laissées par celles-ci. Mais des accords qui vont à l’encontre des lois et qui viennent les défier, sont dangereux et menacent l’existence des principes républicains. De tels accords peuvent être efficaces dans un temps relativement court mais ils ne sauraient s’inscrire dans la durée, car ils ont été pensés en urgence pour une situation donnée et ils ne sauraient régir contrairement aux lois, les situations postérieures. C’est pourquoi ces accords sont mauvais et contre lesquels je m’inscris en total désaccord, car à terme, ils menacent notre existence collective tenue par les lois.

Force doit rester à la loi..

Les accords qui permettent la stabilité sociale sont nécessaires, mais ils doivent s’inscrire dans le cadre de la loi et avec toute la sincérité nécessaire dans la démarche. C’est la loi qui doit fixer la conduite à suivre dans un Etat pas l’inverse. Si depuis l’arrivée d’Alpha Condé en 2010, les lois étaient appliquées dans leur splendeur, la Guinée serait le chantre de la stabilité et du progrès social, mais hélas au gré des accords, on a bafoué les lois au détriment des accords de circonstances qui ne sont que des instruments au service d’intérêts égoïstes.

Pour éviter les crises en répétition, c’est très simple. Il suffit de faire ce que la loi exige, tout le monde y trouvera son compte. A défaut, les crises seront toujours permanentes, on peut d’ore et déjà dire de se tenir prêt à signer encore d’autres accords après les élections législatives, car la crise sera inévitable tant que force ne reste pas à la loi.

S’il y a quelque chose dont on peut mettre en évidence à l’issue de cette rencontre, c’est qu’elle a montré aux militants zélés et extrémistes que c’est eux qui sont les perdants quand il y a des confrontations, car après tout ces hommes politiques trouvent toujours moyen de se parler pour passer à autre chose.

Par Alexandre Naïny BERETE étudiant à Nantes

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