Le 29 mars dernier, l’ancien Premier Ministre, Jean Marie Doré, a reçu notre reporter à son domicile. Dans cette interview, il parle de l’actualité qui prévaut dont entre autres la fièvre ébola, la situation de Diecké et a surtout répondu à Aboubacar Sylla, président de l’UFC. Lisez!

Guinee7. Com : M. Jean Marie Doré, la fièvre ébola sévit actuellement en Guinée, quelle lecture avez-vous de cette situation ?

Jean Marie Doré : C’est un grand malheur qui s’abat sur notre pays eu regard  de la santé physique des Guinéens qui ne bénéficient pas de toutes les infrastructures nécessaires  pour faire face à ce cas
d’épidémie et malheureusement  les  responsables ne disposent pas de tous les outils pour faire face à ce cas d’urgence. Une épidémie qui frappe  de plein fouet ce pays est un grand malheur non seulement pour toute une région, mais pour tout le pays.

Quelle lecture faites-vous de la riposte du gouvernement ?

Vous savez quand certains événements arrivent, il y a toujours des expressions contrastées entre les citoyens par rapport aux mesures qui devraient être prises. Vous savez que d’habitude nos services de santé ne sont pas bien organisés   pour face aux cas ”ordinaires” à plus forte raison si  une maladie qu’on n’a jamais connue et contre laquelle il n’y a sur toute la  surface et partout sur la planète terre aucun moyen préventif et curatif. Parce que d’après l’OMS, on n’a pas trouvé un moyen  de parade thérapeutique  pour endiguer cette épidémie.    Dans un pays comme la Guinée, les citoyens se trouvent dans une situation de désarroi, sans possibilité de recours. Les pouvoirs publics en dépit de leur volonté ne peuvent pas grand-chose.

‘‘Il faut isoler urgemment la région et limiter au minimum

le mouvement des populations, la forêt en général et la capitale’’

Il faut limiter l’expansion  de l’épidémie qui doit être privilégié.  Je suis solidaire des populations de Guéckédou, de Macenta, N’Zérékoré, de Kissidougou, de la Sierra-Léone et du Libéria. Ce que je souhaite et là j’insiste là-dessus, c’est à défaut de médicament, il faut isoler urgemment la région et limiter au minimum le mouvement des populations, la forêt en général et la capitale. Cela va causer des contraintes aux populations, mais il vaut mieux contraindre ces populations dans ces limites-là que de les voir mortes. Je ne crois pas qu’une semaine de restriction des populations puisse faire plus de mal aux populations que de laisser l’épidémie se rependre. Parce qu’on peut colporter de mille manières. Celui de Dabola, c’est comme ça, il l’a colporté et  le virus n’est pas venu à Conakry par avion. Je suis partisan de cette option et nous allons tous nous y mettre pour convaincre les populations. Il faut restreindre au strict minimum les mouvements des populations touchées vers les zones qui ne sont pas touchées comme le Foutah et la Haute Guinée.

Récemment, il y a eu des problèmes à Diecké…

les étuis de balles ramassés après l’intervention des forces de l’ordre à Diécké (photo transmise par Jean Marie Doré)

La situation à Diecké, est un problème créé par un préfet incompétent, incapable, ignorant la mission de l’Etat. M Jean Sandy Smith qui est un pauvre type originaire de la région et qui croit que pour durer en fonction,  qu’il faut profiter de toutes les occasions pour livrer les populations à la vindicte des forces répressives.

De quoi il s’agit ? Il s’agit du prix du latex et celui de l’huile de palme  qui ont été réduits à un niveau qui est inacceptable. De 11 mille, c’est arrivé à 3 900, donc les paysans qui ont donné la terre à la culture de l’Hévéa,  pour de l’huile de palme et qui ont des plantations se sont trouvés privés de leurs revenus par des mesures unilatérales de la direction de la Soguipah. Ça ne se fait pas.  Les femmes sont allées pour revendiquer par le dialogue, pour revendiquer le rétablissement du prix qui était pratiqué avant. Ce sont des femmes raisonnables qui ne sont pas parties pour attaquer la direction, mais pour protester puisque leurs revendications sont restées vaines. Elles sont venues faire un sit-in. C’est alors que sollicitées par la direction de la Soguipah, Sandy  Smith, qui est le préfet de Yomou  a envoyé la police. Et sans sommation,  d’après mes informations, les policiers ont lancé des grenades lacrymogènes dont les effets ont été de blesser certaines femmes.

Cette riposte inattendue, disproportionnée, a mis les femmes en  colère.  Le lendemain, les femmes sont revenues de manière plus organisée avec des instruments de musique, des castagnettes pour dire qu’on va les entendre aujourd’hui. Et  M. Sandy Smith est monté au créneau pour répondre par la répression. C’est comme ça qu’il a envoyé l’armée pour tirer dans le tas. (Il nous montre les photos, NDLR).

‘‘Aujourd’hui à Diécké, il y a cinq morts avérés, sans compter

 ceux qui ont disparu et qu’on n’a pas retrouvés.

On peut arriver sans risque de me tromper à 15’’

Aujourd’hui, il y a cinq morts avérés, sans compter ceux qui ont disparu et qu’on n’a pas retrouvés. On peut arriver sans risque de me tromper à 15. Ce qui est compté, c’est  5 morts. Le drame aujourd’hui, c’est qu’on envoie dans la gestion de l’administration de l’Etat des  gens qui n’ont aucune idée de la mission de l’Etat, qui pensent que l’Etat  s’exerce par l’usage du fusil, du bâton et dans le  cas d’espèce, le préfet de Yomou a agi de sa propre initiative, sans l’aval du gouverneur de N’Zérékoré, ni du  ministre de l’Administration du territoire…Et l’administration du  Territoire a donné des ordres précis avec l’aval du chef de l’Etat de cesser de tirer sur des gens. Ce sont tous des gens que j’ai vus.  Il pense comme il est préfet de Yomou, il est souverain de cette localité. En plus de cela, on utilise des journalistes véreux, indignes de la profession  pour titrer avec des manchettes qu’il y a la rébellion à Diécké. Mais la rébellion n’existe que par leurs cerveaux pourris. Il n’y a pas de rébellion à Diecké. Ils ont  été atteints dans leur pouvoir d’achat par une décision unilatérale, injuste.

Si la Direction avait demandé aux femmes de venir discuter avec  elle, il n’y aurait pas eu de problèmes…En réalité l’un des objectifs poursuivis par le préfet de Yomou, c’est de remplacer le président de la commune rurale de Diécké par un de ses amis qui avait été chargé de cette fonction. C’est un homme qui a volé comme il a pu. Je ne veux pas faire la publicité de son nom qui est abject et que je ne veux pas prononcer. Il y a à Diecké une mesure commerciale unilatérale qu’on veut imposer aux populations en utilisant la force brutale.

Comprenez que dans un pays qui est frappé par des épidémies de toutes sortes, vous trouvez normal qu’un préfet pousse les populations à une révolte ? Ce que souhaitait, c’est qu’il y ait une véritable révolte populaire contre le gouvernement. C’est pourquoi pour moi, la première mesure qui doit être prise, c’est de révoquer  ce préfet de Yomou. Ce que je vais vous dire va vous surprendre. Ce préfet  qui était membre du bureau régional de N’Zérékoré de l’UPG et quand j’étais premier ministre, il était venu se présenter à moi comme le militant le plus fanatique de l’UPG. Et au lendemain de la prestation du président Alpha Condé, il est devenu brusquement membre fondateur du RPG. Ce sont des énergumènes comme ça qui polluent la vie nationale.

Quelle est la solution pour régler ce problème ?
Mais, il faut assoir les gens et discuter. On passe de 11 mille à 3900 GNF, le prix de la production. Ce n’est pas normal. C’est le prix du latex et de l’huile de palme qui pose problème. En Côte d’Ivoire,
au Liberia, le prix est à l’ordre de 11 mille ou 12 mille. Pourquoi en Guinée, on réduit brusquement ce prix ?

West Africa Exploration, est beaucoup en avance vers l’exploitation des mines du Nimba, quel commentaire en faites-vous?

Jean Marie, Cellou Dalein et Aboubacar Sylla pendant la période des grandes amours

La construction de certaines infrastructures scolaires, le désenclavement de certaines routes, West Africa s’est engagé à cela. Je la félicite. C’est une bonne chose, mais en plus de ces réalisations sociales, il faut que certains emplois soient occupés par des ressortissants de la préfecture, par des cercles concentriques et qu’ils n’arrivent pas à prendre des travailleurs à 1000 kilomètres alors qu’à côté, il y en qui sont capables de faire le même travail.

Lors de notre dernier entretien, vous avez évoqué l’affaire de l’opérateur Waymark et M. Sylla Aboubacar de l’UFC est monté au créneau pour dire que vous avez dit des contre-vérités. Qu’en
dites-vous ?

(Rire)  M. Aboubacar Sylla a un droit souverain, c’est le droit de son estomac ! Vous ne verrez jamais un pic assiette critiquer la maitresse de maison et dire que c’est trop salé ou pimenté. Je vous renvoie la balle. L’argumentaire de Aboubacar Sylla accuse Cellou Dalein. Il dit que ça été une décision collective. 60 jeunes peulhs sont morts pour la défense  de la thèse des partis qu’il faut exclure Waymark autour du processus électoral. C’est autour de ce mot d’ordre que les 60 sont morts. C’est Cellou qui a pris l’initiative avec M. Djinitt et il a dit dans la salle des actes. Il faut reconnaitre à M. Sylla le droit de préserver des droits de son estomac.

Interview réalisée par Elhadj Mohamed Koula Diallo

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