Dans un entretien accordé à notre reporter, l’ancien Premier ministre Jean-Marie Doré répond à quelques questions brûlantes de l’heure relative à l’actualité nationale. Doré répond sans détour en pointant du doigt l’amateurisme qui a caractérisé le comportement de l’opposition dans le processus de dialogue.  

Quelle analyse faite-vous de la situation sociopolitique guinéenne?

Jean-Marie Doré : C’est un sujet qui a déjà été rabâché, tout le monde connait maintenant que la situation sociopolitique est dominée malheureusement par ces problèmes d’élections, et qui constitue la trame de tous les débats qu’on est en train de faire. En oubliant un peu pour ne pas dire beaucoup la recherche de la solution au vrai problème que constitue aujourd’hui la détérioration de la situation économique avec ces incidents sociaux et l’insécurité qui règne actuellement à Conakry. Ce sont là, les problèmes immédiats importants qui tout cela réagit sur le rythme des investissements qui devraient se réaliser en Guinée, pour résoudre le problème de l’emploi des jeunes qui se promènent dans tous les ministères, les entreprises avec leurs diplômes sans que cela trouve un écho favorable sur leur avenir. Je crois que c’est ça l’essentiel de ce qui devrait retenir l’attention et la préoccupation de tous les Guinéens responsables.

Excellence, quelle explication avez-vous à donner du dialogue politique qui reste encore une fois dans l’impasse ?

Je l’ai dit déjà à certains de vos confrères qui sont passés me voir ici. C’est l’opposition qui s’est mise dans une situation très mauvaise. L’opposition a fait des revendications mais sans tenir compte de l’environnement des questions induites par les revendications et ces revendications ont été mal ficelées. C’est ainsi le gouvernement a facilement trouvé une faille. Il a cédé sur des points auxquels l’opposition tenait beaucoup et puis quand on a cédé sur ces points, ils se sont aperçus que le problème n’était pas réglé au fond.  Immédiatement cela a provoqué des fissures au sein de l’opposition. J’ai lu la dernière déclaration de Sidya Touré concernant cet effritement des rangs de l’opposition. Je dois dire que Sidya a fait une bonne analyse, mais aujourd’hui, je ne crois pas que les gens s’acheminent vers les acquis légaux, chacun veut prendre le raccourci. Or le raccourci c’est le plus grand danger qui menace la Guinée. Je dis cela en guise d’avertissement. Les problèmes qui sont posés, je l’ai déjà dit, si c’est la date des élections, il y a encore une marge qui permette au gouvernement de céder sur certains points. Le président de la République a prêté serment le 21 décembre 2010. Donc il a été président qu’après la prestation de ce serment, il a fixé la date des prochaines élections au 11 octobre, en théorie c’est bon. Mais dès que c’est contesté, c’est qu’il y a problème. Il faut revoir. Parce que la crainte du président de la République c’est que si on dépasse la date qu’il a indiquée, il risque d’être un président illégitime. Or, selon moi le président devient illégitime que s’il reste en fonction au-delà du 21 décembre sans prêté serment. Donc, il y a matière à organiser des réflexions profondes pour voir les avantages ou les inconvénients de la modification de la date des élections. Et puis il faut noter que rien n’est encore fait dans l’intervalle de temps. Parce que c’est depuis le 11 juillet que nous sommes dans le créneau des trois mois : 11 juillet, 11 août, 11 septembre, 11 octobre et on a dépassé l’intervalle des trois mois. Donc pour que légalité soit respectée, on peut encore trouver une formule qui mette le président de la République à l’abri de l’illégitimité et qui donne la possibilité à l’opposition de se taper sur la poitrine, mais c’est un combat d’arrière-garde. Je pense que quand on veut présenter des revendications à un gouvernement, il faut voir les inconvénients et les avantages de ses revendications. Tout n’est pas bon dans ce qu’on recherche, tout n’est pas mauvais dans ce qu’on recherche. Mais il faut réduire la marge de ce qui est mauvais et puis il faut obtenir vraiment le consensus de tous les partis et faire des analyses profondes avant de se présenter au dialogue. Mais on a décidé comme ça par enthousiasme et puis on est allé se ridiculiser devant l’opinion publique.

Certains leaders de l’opposition commencent encore à brandir la menace des manifestations de rue. Qu’en pensez-vous?

La menace de reprendre les manifestations, comme je n’étais pas invité au dialogue, je n’ai pas de point de vue à imposer. Je vous ai parlé sur le plan des principes mais les arguments des uns et des autres ce n’est pas à moi de les juger.

Le président de la République malgré le blocage du dialogue politique, est en  campagne avant la lettre?

Tous les partis sont en pré campagne, est-ce que vous connaissez un parti qui n’est pas en pré campagne.

A ma connaissance aucun parti ne tient des meetings surtout à l’intérieur du pays en ce moment?

Non, est-ce qu’il y a une loi qui interdit de faire ça, c’est par exemple des raccourcis qu’il ne faut pas faire. L’opposition a dit des bêtises monumentales, en disant pourquoi le président de la République fait la campagne en hélicoptère de l’Etat, pourquoi il utilise les voitures de l’Etat. Vous, vous avez déjà vu en France un président de la République allant en taxi faire sa campagne. Le fait qu’il soit candidat n’empêche pas moins qu’il soit président de la République. Et vous voulez que le président de la République de Guinée aille faire la campagne à pied. Si on pose le problème comme ça c’est fausser la réponse, ce n’est pas un argument ça.

Honorable quelle est votre perception du projet  d’alliance Dalein-Dadis ?

Non, je me réserve de me prononcer.

Pourquoi ?

Dadis est citoyen guinéen, Celou Dalein est citoyen guinéen, s’ils décident de s’aligner, tout ce que je peux dire, que cela se fasse dans le cadre de la loi. Mais je m’abstiens de tout commentaire face à des actions qui s’inscrivent dans le cadre de la loi. Donc je n’ai rien d’autre à ajouter.

Vous avez été victime du massacre survenu au stade du 28 septembre en 2009. A cet effet, une commission rogatoire a été instituée pour faire la lumière là-dessus. Suite à son audition au Burkina Faso,  Moussa Dadis Camara a été inculpé. Vos sentiments par rapport à cette inculpation du capitaine Dadis ?                        

S’il y a eu massacre, on ne peut pas laisser comme ça, dans tous les pays du monde le crime suprême c’est ça. Meurtre sur une personne c’est différent de massacre. Le massacre, on commence déjà à compter. Et vous voulez qu’au nom de la politique, qu’on ne parle même pas d’une enquête judiciaire. Mais je ne trouve pas ça correcte, j’ai entendu des supputations imbéciles : ah on fait l’enquête parce que l’autre a décidé d’être candidat. Vous voyez ça, c’est parler facile, quand on est responsable politique, on vise à devenir chef d’Etat, les partis consistants qui sont créés, leur objectif c’est de prendre le pouvoir par les urnes, et vous croyez que si eux ils sont présidents, et s’il ya de tels massacres, ils ne vont pas faire des enquêtes. Je vous pose la question. Chez moi c’est une question qui ne se pose pas.

Son parti a laissé entendre qu’au lendemain de la fin du mois saint musulman, que Dadis devrait regagner la Guinée. Qu’en pensez-vous ?

Dadis est libre, son parti est libre de dire qu’il va venir. Je ne vois pas, qui a assez d’autorité pour empêcher l’application de la loi.

Pour bon nombre d’observateurs des sms ont circulé ces derniers temps entre  certains ressortissants de la Forêt, invitant ces derniers à ne pas voter, au cas où Dadis ne serait pas de retour. Votre avis là-dessus ?

Mais en Guinée le vote n’est pas obligatoire, le jour du vote même si vous êtes en bonne santé, si vous estimez qu’il n’y a pas de raisons que vous votez, on ne peut pas vous poursuivre. Je ne vois pas où est le problème. S’il ya des gens qui ne veulent pas voter, ils ne votent pas, la loi ne les oblige pas.

Pour certains la Forêt est divisée par des manœuvres politiciennes ?

Au Foutah, il ya des gens qui sont pour Alpha Condé. Il y en a qui sont contre lui. C’est une question de proportion, en Basse Guinée malgré le nombre important des candidats aux élections présidentielles, il y a des ressortissants de la Basse Guinée qui ont voté pour des candidats non originaires de la Basse Guinée. Je ne vois pas où est le problème.

Honorable vous étiez à l’Assemblée nationale, vos collègues  députés, est-ce qu’ils siègent?

Ils ont décrété, vous avez entendu qu’ils ne veulent pas siéger.

Comment voyez-vous cela ?

Mais je n’ai pas à voir, c’est leur droit, il y a un règlement à l’Assemblée nationale, qui s’applique, je ne connais pas le droit de porter jugement de valeur sur leur décision de ne pas siéger.

Les plénières se tiennent normalement ?

Mais bien sûr parce qu’il y a une majorité pour tenir les plénières. La seule restriction, il (assemblée nationale : ndrl) lui est interdit dans les limites du nombre actuel de ceux qui siègent, de voter les lois organiques ou de se prononcer sur la modification des dispositions de la constitution. Mais les lois ordinaires, il suffit d’une voix de majorité pour qu’elles soient adoptées.

Interview réalisée par Richard TAMONE In Le Démocrate

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