Jean-Marie Doré : ‘‘Quand on veut mener la vie publique d’une façon libre, il faut être honnête, je me suis toujours méfier d’acquérir les biens immobiliers de l’Etat surtout à Conakry’’

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A bâtons rompus, l’honorable Jean-Marie Doré  s’est confié à notre reporter autour des questions brûlantes de l’heure. Cela va des audits, à la situation sécuritaire dans la zone forestière, en passant par la relance du dialogue politique. Lisez…

Vous venez d’effectuer une tournée en Guinée Forestière. Quel était l’objectif de cette visite, et quelles en sont les retombées pour votre parti ?

Depuis la fin des élections législatives et la proclamation des résultats définitifs par la Cour suprême, j’aurai dû aller à la tête d’une forte délégation en Forêt, en Haute Guinée, en Basse Guinée, au Foutah  pour remercier ceux qui se sont déplacés pour déposer leurs bulletins au nom de notre parti. Même si dans une préfecture on a eu qu’une seule voie, le fait qu’on nous ait choisis, nous imposait l’obligation d’aller remercier les gens. Mais les préoccupations de Conakry  ont fait que nous avons accusé un grand retard et je devais aller en personne pour remercier  les populations en général et celles qui ont voté pour nous en particulier. Entre temps mon séjour a été écourté à cause des problèmes induis par l’actualité à Conakry et je suis rentré sans avoir bouclé la tournée. Ne ce reste qu’en Forêt et en Haute Guinée dont j’ai fait quelques préfectures, quelques sous-préfectures et districts en Forêt, et je suis rentré.

Beaucoup pensent que la population de la Forêt et les autorités locales ne sont pas tout à fait en bons termes. Quel est votre avis ?
Vous savez, il y a un problème récurrent en Guinée, c’est que l’Etat n’a jamais pensé à spécialiser son outil de travail, qui est le personnel du commandement. On a pris le chemin de faciliter d’employer n’importe qui : des infirmiers, des instituteurs, des commerçants, des chômeurs comme représentants de la République dans les différentes structures territoriales, c’est une erreur. Il faut préconiser cela, en créant une École nationale d’administration, qui prépare à la mission de l’Etat un personnel spécialement formé à cet effet. Or, les gens qu’on envoie, ceux qui étaient des petits fonctionnaires, qui deviennent brusquement sans transition des préfets, qui bénéficient d’une mutation importante dans leurs conditions de vie et puisque ça devient un pactole. Il faut tout faire pour le conserver, alors ils agissent souvent fréquemment à contre courant des intérêts de l’Etat et de ceux qui les ont envoyés, parce qu’ils ne savaient pas ce qu’on appelle l’autorité de l’Etat. Ils croient que imposer l’autorité de l’Etat, c’est exercer des violences, des humiliations, provoquer des frustrations entre les populations, non. L’autorité de l’Etat, c’est d’abord que l’agent de l’Etat respecte les lois, dans leurs textes et dans leur esprit. Et en prêchant par exemple, il amène des citoyens à accepter la production réglementaire, légale de l’Etat et tout ce qui est induit par ces règlements et ces lois. C’est ça l’autorité de l’Etat, en ce moment nul ne peut se soustraire à l’obligation de respecter les décisions de l’Etat, même si ce sont des décisions orales. Les citoyens ont confiance aux sous-préfets, les préfets, les gouverneurs et par voie de conséquent dans le gouvernement. Elle pense que c’est bien de faire tel devoir pour la communauté, puisque même le gouverneur de la région respecte ces règlements, mais au lieu de cela, agissant au nom de l’Etat souvent au nom du Président de la République, ils commettent des exactions incroyables.

De quoi par exemple ?
Extorsion de fonds, corruption, la vénalité des actes administratifs notamment chez les juges. Je regrette beaucoup, nous sommes un Etat de droit, nous ne sommes un Etat républicain que lorsque les actes posés à priori qui régissent la vie des citoyens sont affectés par ceux auxquels, il est confié d’assurer ces responsabilités. Mais quand un juge au lieu d’auditionner les gens, en conscience parce que le droit guinéen est une imitation du droit français. Au lieu de juger, selon leur intime conviction, il juge en fonction des billets de banque posés sur la table. Et ça devient la norme du comportement des juges, le citoyen est pris entre le marteau et l’enclume, obéir, se saigner, s’appauvrir pour un fonctionnaire qui est déjà payé par l’Etat ou alors résister et subir la répression. Alors, ceci fait que des franges importantes de la population s’éloignent du gouvernement, parce qu’ils disent, qu’il n’y a pas de changement. Ils disent que nous avons été enthousiastes au début, on nous a trompés. Alors, le gouvernement est surpris de voir la défection des citoyens, souvent
sans chercher à comprendre. Ce sont des gens qui ne comprennent rien, non, ils comprennent tellement qu’ils se méfient du gouvernement parce que l’agent du gouvernement, agis sur ordre du gouvernement. Donc ce sont des choses que nous avons constatées et en républicains, nous sommes en conscience obligés de porter cela à la connaissance des pouvoirs publics. Pour que des mesures correctives soient prises.

Quel constat faites-vous de la situation sécuritaire dans la région de la Guinée Forestière ?
Il y a des problèmes importants, il y a des individus, on ne sait d’où ils viennent qui se pavanent dans des véhicules, dans des motocyclettes non immatriculés, et ce qui m’étonne c’est que les autorités n’appliquent pas les règlements. Comme je le disais, nul ne peut circuler à bord d’une voiture, à bord d’un camion, d’une moto sans immatriculation. Alors, si ces gens circulent un jour, deux jours, deux mois, un an, sans qu’on ne leur demande des comptes, on s’interroge. Est-ce qu’ils sont là avec l’accord des agents de l’Etat ou alors les agents de l’Etat, pour des raisons cachées n’osent pas parler à ces gens là. A la fin, les populations sont exacerbées et souvent il y a des clashs. Je crois, ce qu’il faut éviter, que l’on donne la licence à certains de faire ce qu’ils veulent et à d’autres de subir comme ils peuvent.

En votre absence, on a tenté d’empêcher votre représentant d’accéder à la salle où se tenait le dialogue inter guinéen. Quelle réaction avez-vous face à cette situation ?
Ce sont des imbéciles qui ont voulu l’empêcher de rentrer, parce qu’il s’agissait disait-on de renégocier, d’activer les accords du 3 juillet, or nous étions un des négociateurs de ces accords et comme vous savez ces accords ont été vidés de leur contenu au moment de leur conclusion.

Comment ça ?
Parce qu’on a changé d’objet, l’objet principal des négociations était de mettre de côté l’opérateur technique qui est waymark et de le substituer un opérateur de consensus. Dans la salle certains partis que je ne veux pas nommer, parce que j’en ai déjà dis. Je ne veux pas parler tout le temps de médiocres et depuis ce temps là que l’attitude de groupement oppositionnel s’est affaibli devant le gouvernement. Justement la machine s’est grippée encore une fois.

Selon vous que faut-il pour que les hommes politiques guinéens soient sur la même
longueur d’onde ?

C’est d’être d’abord logiques avec soit même, de ne pas discuter de tout et de rien. Il y a des sujets qui doivent retenir le meilleur de l’attention des partis politiques et de ne pas les prostituer en les mélangeant avec des détails insignifiants parce que dès lors qu’il y a multipartisme, il y a contradiction dans le choix des méthodes. Donc, le fait qu’un gouvernement élu applique  toute sa politique ne devrait pas lui valoir des acrimonies. Si moi, j’étais président de la République j’ai mes choix et c’est la loi qui me donne le droit d’avoir ce choix qui est traduit par mon programme. Je ne vois pas comment quelqu’un peut venir me dire que je ne peux appliquer mon programme sur lequel les citoyens m’ont élu donc  c’est un faux débat. Et souvent quand l’opposition parle avec le gouvernement, elle ne comprend pas ce que le gouvernement veut dire. Est-ce qu’ils le font par ignorance ? Est-ce qu’ils le font par naïveté ou ils le font volontairement. Ce que je craindrai beaucoup. Il  était entendu pour ne parler que de la dernière rencontre. Moi, je n’étais pas là, j’ai entendu dire que, ah on a imposé notre gloire au gouvernement. Le gouvernement et nous on s’est mis d’accord, on a élaboré un nouveau texte et nous allons le signer vendredi. J’ai demandé au représentant de mon parti sur quoi ils se sont entendu, il m’a dit que c’est très grave, il m’a dit que non seulement ce qu’ils ont décidé c’est vague et encore on a donné au gouvernement de le mettre en forme et qu’on viendrait pour le signer tel que le gouvernement l’aura rédigé. Si le gouvernement avait rédigé dans le sens souhaité, puisqu’il faut appeler comme par l’opposition, j’aurais douté de l’intelligence politique de monsieur Alhasane Condé (rire), parce que lui, a un programme appliqué. Le gouvernement auquel il a été nommé est appliqué sur la base de ce programme. On lui dit de rédiger un texte qui concerne son gouvernement, ça vraiment c’est faire une mauvaise querelle à Alhasane Condé, que de demander aux gens de mettre un peu de miel dans le pain et un peu de confiture, non. Il a rédigé tel que c’était convenu. Mais dans des termes textuels mais sans l’esprit. Or un accord, c’est le texte et l’esprit. Leur faute principale c’est d’avoir demandé au gouvernement de rédiger donc ils ont donné, carte blanche au gouvernement, si après coup ils récusent la carte blanche qu’ils ont donnée, alors que le gouvernement a fait le travail pour lequel on lui a donné la carte blanche. C’est pourquoi, je dis, il y a la politique et puis, il y a la naïveté. Quand j’ai vu le document, quand je l’ai lu et quand je l’ai comparé aux discours des négociateurs. Alors je dis mais par quelle niaiserie, (rire), par quelle naïveté byzantine, ces gens ont pu souscrire à un tel accord, parce qu’il faut un grand christianisme intellectuel pour arriver (rire). C’est comme si vous confiez votre mouton au loup qui est resté dans sa tanière tout l’hiver et qui est prêt à manger même les écorces des chênes et puis vous lui confié votre mouton et après vous allez lui demander des comptes, ah non. Toute la jungle devait vous tomber dessus donc voilà les problèmes qui me navrent. Parce que, je ne suis pas d’accord que de la qualité d’hommes de ceux qui prétendent
diriger la Guinée, descendent au-dessous d’un certain seuil. Ce n’est pas une leçon que je donne mais je pense qu’il faut que nous apprenions à être modestes, à être sérieux.

Pour finir, Excellence que pensez-vous des audits qui viennent d’être publiés ?
C’est normal, je ne vois pas où est le problème. Le gouvernement dans sa responsabilité première de la gestion de la destination des biens qui lui sont confiés, ces biens n’appartiennent pas au gouvernement. Ce sont des biens de la communauté nationale. Si le gouvernement a des raisons de penser que vous et moi avons reçu un budget et que la façon dont on l’a dépensé ne lui convient pas, la première des choses c’est de vérifier comment on a dépensé, c’est ça l’audit. Maintenant, ça c’est un acte purement administratif, si au cours du traitement, il s’avère que nous deux nous nous sommes arrangé pour modifier la destination des fonds à des fins personnelles.  Le gouvernement a  le droit de nous poursuivre pénalement. C’est ça, vous m’avez interrogé sur le principe. Les gens pensent que dès qu’on dit audit, c’est qu’on fait un procès, non. L’audit ne conduit pas forcement au procès, c’est s’il y a violation de la loi. Non seulement sur la procédure, on peut corriger de la violation de procédure, mais l’usage de l’Etat à la faveur d’une gestion, parce qu’à tout moment, à toutes les étapes, vous êtes soumis à un contrôle. En cas de contestation, on fait l’audit. Maintenant, si le gouvernement pense qu’il y a des gens qui ont acquis dans des conditions qui frisent la filouterie, le
détournement des biens publics, c’est au gouvernement de démontrer par des experts que ces cas là relèvent du Code pénal,  sont avérés. Si, c’est le cas il est du devoir du gouvernement de poursuivre les coupables devant les tribunaux.

Pour certains, c’est une chasse aux sorcières ?
Pourquoi chasse aux sorcières, les gens dont on parle ne sont pas des sorciers.

Que c’est un acte purement politique ?
Mais non, pourquoi c’est politique, donc ça veut dire qu’en Guinée, il ne doit pas y avoir d’audit. Je vous pose la question vous qui êtes journaliste, parce que vous êtes chargé d’informer correctement la population. Est-ce que le fait pour un Etat, d’entreprendre des audits pour la gestion des agents de l’Etat est en soi illégal. Non dites clairement.

Nous rapportons les propos des observateurs de la scène politique guinéenne.
Non, nous sommes entre intellectuels, l’Etat a oui ou non le droit de vérifier que ces soupçons sont fondés ou pas.

Absolument.
Vous savez, il y a un adage français que je n’aime pas employer : «qui se sent morveux se mouche.» Ce sont ces gens qui réagissent comme ça, qui attirent l’attention sur la possible infraction à la loi. A un moment donné moi aussi, on m’a dit que j’étais sur la liste mais c’est normal qu’on me soupçonne d’avoir pris la maison de l’Etat. Moi, j’ai des papiers, je n’ai jamais eu à faire à l’Etat. J’ai eu à faire à
l’Etat indirectement, je cherchais à acheter un terrain mais vivre à Genève et acheter un terrain à Conakry, c’est hasardeux. Déjà, on vous roule quand vous êtes même ici. A plus forte raison, si vous donnez de l’argent à quelqu’un et que vous êtes en Suisse. Donc, je suis arrivé un jour mon ami Kékoura Camara, paix à son âme, m’a dit, madame Délome, l’épouse d’un architecte français, qui a construit la maison où je suis, plus celle de M. Kaba, Madame Aïssatou Bella et Kéïra, plus la villa qui est au bord de la mer, où est madame Chérif. Donc, madame Délome ne pouvait pas trouver quelqu’un à Conakry pour acheter cache parce qu’il y avait le contrôle de devises en ce moment là. Donc, elle s’est tournée vers Sékou Touré. Et a demandé comment  je vais faire parce que je ne veux plus rester ici après la mort de mon mari, je veux rentrer en France. Sékou Touré a dit : ‘’bon, vous êtes libre de vendre vos maisons  en devises mais à condition que ceux qui veulent acheter les maisons prouvent qu’ils  ont le droit légal de détenir les devises parce  qu’en ce temps là l’Etat était l’Etat. On vérifiait tout, je me suis adressé à mon voisin, Dr Bah Kaba qui a dit, lui
n’est pas en charge. Il faudrait s’informer. Donc, on m’a dit telle personne qui peut acheter à telle condition  pour garantir madame Délome dans ces droits c’est le président de la République. Donc, j’ai pris un ami Camara Damantang, paix à son âme et le général Diané et nous sommes allés voir le président Sékou Touré, j’ai dit président, je voulais acheter un terrain mais c’est trop compliqué. J’ai trouvé la maison de madame Délome, je veux l’acheter. Il dit Doré on n’achète pas ça en syli. Parce que la dame veut rentrer avec le prix de ses maisons en France, si tu peux payer, il reste une semaine à madame Délome pour réaliser la vente de ses maisons et ça ne fait pas parti du contentieux franco-guinéen. Ces maisons ont été construites en 1955. Donc, j’ai dit, est-ce qu’on peut m’accorder la semaine. Ecoute Doré, si dans une semaine tu n’as pas versé l’argent ça sera clos, a dit Sékou Touré. Je suis allé la dernière des villas était occupée par l’ambassade de Suisse par l’intermédiaire de l’ambassade de suisse, on a joint ma banque qui a fait le transfert à la banque guinéenne de commerce extérieur où madame Délome m’avait ouvert son compte. J’ai expliqué il y a des témoins, il y a monsieur Dabo qui était le comptable à la banque guinéenne, j’ai donné son nom aux journalistes, on a commencé à m’expliquer en 1992 sur ma situation immobilière à Conakry. Dans une conférence de presse, quand on veut mener la vie publique d’une façon libre, il faut être honnête, je me suis toujours méfier d’acquérir les biens immobiliers de l’Etat surtout à Conakry parce qu’en importe quel moment on peut vous demander des comptes.  Et moi, je n’aime pas qu’on me demande des comptes avec suspicion. Donc, voilà, je suis  ici chez moi, j’ai acheté avec une personne privée, sous la garantie de l’Etat, qu’elle ne serait pas trichée et que moi aussi je ne serai pas triché. Donc, je ne dis pas que les autres sont des voleurs mais l’Etat a le droit absolu de demander à quiconque. On m’a demandé la moindre explication, je leur ai fourni. J’ai dit d’aller, il  y a des archives à la banque guinéenne de commerce extérieur, ils ont vérifié donc. Donc, le fait de dire qu’il faut auditer monsieur Doré n’est pas en soi une injure. Et encore moins une infamie. C’est si au cours de la vérification on s’aperçoit que monsieur Doré a fait des magouilles  et si ces magouilles tombent sur le couperet de la loi pénale alors la loi s’appliquera à importe qui.

In L’Indépendant, partenaire de Guinee7.com

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