Le directeur de publication de L’Indépendant-Le Démocrate, Mamadou Dian Baldé a consacré sa chronique de ce  dimanche au durcissement du mouvement social, face à l’inflexibilité du pouvoir exécutif, qui reste sourd à toute revendication relative à la hausse des prix des carburants. La nouvelle semaine s’annonce donc agitée avec le réveil de l’opposition qui, faute de solution à la crise post-électorale, veut aussi joindre sa  voix à ce cri de colère.

Cette chronique vous est  servie tous les dimanches sur City fm, en avant-première de l’émission « A vous de convaincre ».    

Talibé Barry : Bonjour Mamadou Dian, dans votre chronique de ce dimanche, qui s’intitule « le gouvernement face à plusieurs fronts », vous déplorez le fait que le pouvoir exécutif reste droit dans ses bottes, face à la coagulation des mécontentements, enregistrée  suite à la hausse des prix des carburants à la pompe. Et comme pour ne rien arranger, il y a le réveil de l’opposition qui, elle aussi, annonce des manifestations à compter de ce jeudi ?  

Mamadou Dian Baldé : L’annonce faite par l’opposition républicaine, de démarrer ses manifestations de rue à partir du 19 juillet, après que l’ultimatum, qu’elle a lancé auparavant soit arrivé à son terme, doit sans doute faire l’effet d’une douche froide pour l’exécutif. Qui devra désormais se battre sur plusieurs fronts. Car dans la coagulation de la grogne sociale, les mouvements de la société civile ont cessé de se tirer dans les pattes pour constituer un front commun contre la hausse des prix des carburants.

Une synergie d’actions à laquelle  adhèrent les syndicats, qui se sont montrés intraitables sur toute la ligne, depuis le début de la fronde.

Ainsi après une grève « perlée », qui a paralysé les activités dans la cité, durant plusieurs jours, l’intercentrale (Cntg-Ustg) compte passer à la vitesse supérieure, dans leurs revendications, dès ce lundi, avec le déclenchement d’une grève générale illimitée.

Ce durcissement de la position des syndicats est la résultante de l’échec des négociations engagées avec le gouvernement.

Les mesures d’accompagnement proposées par le gouvernement (relance des activités du train de banlieue, suppression des barrages non conventionnels sur les routes), n’ayant pas d’incidence directe sur la vie des citoyens, les syndicats ne se sont pas laissé emberlificoter par les belles promesses de l’exécutif.

Tout comme le mouvement syndical, la société civile ne démord pas, dans cette grogne contre la hausse des tarifs des carburants à la pompe. Après avoir tiré les leçons de la marche pacifique qu’elle a organisée mardi dernier, dans la capitale et dans certaines préfectures intérieures, la société civile veut remettre ça. Des actes de désobéissance civile sont donc prévus de ce côté aussi, à partir de ce lundi.

Les leaders du mouvement parlent d’une marche verte dont l’itinéraire devait être  communiqué, incessamment aux citoyens.

Convenons-en que les populations ont commencé à essuyer les plâtres, suite à cette hausse des prix à la pompe. Car comme il fallait s’y attendre, cela a eu un effet domino sur les autres produits de consommation. Les commerçants ayant fait répercuter les coûts sur leurs marchandises. Dans l’anarchie la plus totale.

C’est le cas au niveau des transports urbains et interurbains, où les prix des tickets ont bondi.

Dans un pays où le pouvoir d’achat des populations est très faible voire quasi inexistant, brandir le fallacieux prétexte, comme quoi, l’état perdrait par semestre 765 milliards de francs guinéens sur la Tspp (taxe sur les produits pétroliers), pour justifier cette augmentation du prix du litre à la pompe, relève d’un mépris pour les couches vulnérables.

Quand on sait que  d’énormes déperditions budgétaires sont enregistrées dans nos finances, par le fait de la corruption.

C’est partant d’ailleurs de tous ces constats de mauvaise gouvernance que les syndicats et la société civile se sont ligués contre le gouvernement, pour exiger que le litre d’essence soit vendu à 8000 francs guinéens à la pompe au lieu de 10 000.

Il risque donc d’avoir de l’orage dans l’air, à l’allure où vont les choses, avec le nouveau front ouvert par l’opposition républicaine. Cette dernière dit ne plus être à même de ronger son frein. Elle entend donc déclencher les hostilités à compter du 19 juillet. Si jamais les lignes ne bougeaient pas.

L’opposition républicaine, il faut le rappeler, exige que lui soit restituée les voix qui lui ont été « volées », lors du scrutin du 4 février dernier. Au total 12 circonscriptions électorales font l’objet de litige, dans ce contentieux électoral qui perdure. C’est devenu en quelque sorte la  bouteille à l’encre.

Un Premier ministre inflexible

Le Premier ministre reste droit dans ses bottes, ce malgré les grèves et les marches pacifiques qui prennent de l’ampleur, dans le pays. Une posture qui ne fera que raviver la tension, selon vous?

Le Premier ministre Kassory Fofana n’aura pas bénéficié de la trêve sociale, tant souhaitée avec les forces sociales, et l’opposition. La mesure relative à la hausse unilatérale des produits pétroliers à la pompe, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Du moins pour l’épreuve de force engagée avec les forces sociales.

Quant à l’opposition républicaine, la querelle qui l’oppose au gouvernement tire sa source de la crise post-électorale. Cellou Dalein Diallo et ses pairs viennent en effet, de déclarer que leur patience avait des limites. Et que sans la restitution de leurs voix « volées », qui demeure à leurs yeux comme l’ultime solution à la crise, les manifestations de rue vont démarrer jeudi.

Il faut toutefois déplorer que face à toutes ces revendications, Kassory Fofana fasse preuve d’autisme. Il n’est même pas gêné aux entournures par les scandales qui se multiplient sur le compte des membres de son gouvernement. Il y a entre autres cas, celui du ministre de l’Énergie et de l’hydraulique, Cheick Taliby Sylla, qui continue de percevoir son salaire de directeur général de la Seg, après avoir quitté cette fonction depuis environ trois ans.

A cela, il faut ajouter la récente condamnation de Mariama Camara, ministre de l’Agriculture par la justice belge pour des faits de corruption. Une affaire dans laquelle aurait trempé le Premier ministre, qui au moment des faits en 2000, était le ministre guinéen des finances.

Le gouvernement est resté muet comme une carpe, face à tous ces dossiers. Preuve que le discours servi par Dr Kassory, qui se met dans la peau d’un chantre de la lutte contre la corruption n’est que de l’enfumage.

Le Premier ministre, au lieu de consentir à des concessions, afin de sortir de cette crise par le haut, tient des discours plutôt au ton comminatoire. Menaçant d’en découdre avec ‘’les délinquants’’, les ‘’agitateurs.’’

Le ministre du Budget tente de brouiller les pistes

Vous trouvez que le ministre du Budget, M. Ismaël Diabaté n’a pas du tout été convaincant lors de sa tentative de justifier la hausse des prix des tarifs à la pompe, sur radio espace. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

La prestation du ministre du Budget, Ismaël Diabaté chez nos confrères de radio espace, vendredi, où il était censé éclairer l’opinion sur cette mesure impopulaire, a  été en dessous de la moyenne. A en juger par la réaction des auditeurs qui, presqu’à l’unisson, ont dit être restés sur leur faim, face à cette sortie laborieuse.

C’est comme s’ils n’avaient pas du tout tort. Car on a bien l’impression que le ministre du Budget était juste venu dans l’émission « espace expression », pour brouiller les cartes. On était à l’écoute d’un ministre langue de bois. Il faut vraiment être « bonne tête » pour se laisser duper par de tels louvoiements.

Il a juste affirmé que l’état guinéen ne pouvait plus continuer à perdre le double de 765 milliards sur l’année, dans la perception de la TSPP. Et qu’il fallait donc se payer sur la bête.

C’est donc le contribuable qui va encore trinquer, et ce pour longtemps.

L’État doit réduire la voilure

Pour terminer, vous invitez le gouvernement à « réduire la voilure budgétaire », pour que l’argent des Guinéens soit dépensé à bon escient ?

Les dirigeants doivent prêcher par le bon exemple, notamment en faisant preuve de vertu dans la gestion des deniers publics. Pour cela, le gouvernement guinéen se doit de réduire la voilure budgétaire.  Procéder à un resserrement des dépenses.

Quant au combat contre la corruption, il  ne doit pas se limiter au discours, il faut des actes forts.

Ne surtout pas se limiter à l’interpellation de menus fretins, comme Paul Moussa Diawara et Sékou Camara, respectivement ancien directeur général de l’Office guinéen de publicité (Ogp) et l’Officier guinéen des chargeurs (Ogc). Tous deux sont jugés en ce moment par le Tribunal de première instance de Kaloum pour « détournements de fonds publics.»

Mais ces présumés « voleurs », trahis par leur train de vie cliquant, ont le toupet de dire qu’il s’agit d’un procès politique. Parce que le fric pompé dans les caisses de leurs sociétés servait certainement à arroser des pontes du régime. Ce que certains opposants qualifient parfois de « mafia » au sommet de l’état. Ils n’ont peut-être pas tort.

Mamadou Dian Baldé

622269599

Mamadian2012@gmail.com

 

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