Dans sa chronique de ce  dimanche, le directeur de publication de L’Indépendant-Le Démocrate, Mamadou Dian Baldé se penche sur l’imbroglio qui entoure l’organisation des élections locales, suite au report de la date de clôture des listes de candidatures, par la Ceni.   

Cette chronique est servie tous les dimanches sur City fm, en avant-première de l’émission « A vous de convaincre ». 

Talibé Barry : Bonjour Mamadou Dian. Vous êtes dans l’heure du temps, puisque vous parlez des élections locales 2018, et vous-y voyez « un sac de nœuds » ? 

Mamadou Dian Baldé : Je dirai qu’à mesure que se profile à l’horizon la date des élections locales, la machine électorale semble se gripper, car aux difficultés techniques auxquelles sont confrontées les démembrements de la Ceni déployés sur le terrain, avec des kits d’enrôlement défectueux, se greffent dorénavant celles  liées au dépôt des listes de candidature.

Tout cela a amené la CENI à proroger la date de clôture du dépôt  des  listes de candidature, jusqu’au 26 décembre.

Cette modification exceptionnelle de la date de clôture des listes a été saluée de façon quasi unanime par les acteurs impliqués dans le processus électoral. À juste raison, étant donné qu’à la date du 20 décembre, initialement prévue pour la fermeture des listes de candidature, le serveur central de la Ceni n’avait réceptionné que 25 listes pour seulement 20 circonscriptions sur les 342 que totalise la Guinée.

Quant à l’impact que pourrait avoir cette décision sur le cours normal du chronogramme validé par le décret du président de la République, il revient à la Ceni de fournir une réponse à cette préoccupation de nombreux citoyens.

En tout état de cause, quand on connaît le lourd passif de cette institution en vers les Guinéens, il ne faudrait guère s’étonner qu’elle soit incapable d’organiser le scrutin le 04 février 2018 comme prévu, car après tout, en Guinée, un calendrier électoral n’est jamais gravé dans le marbre.

Donc il faut dire Talibé, qu’avec ces élections locales, qu’on croyait bien parties, c’est finalement le serpent qui se mord la queue.

Et vous de ce pas, vous pensez que le pouvoir « joue à pile ou face » avec l’avenir des guinéens ? 

En plaçant la barre haut,  pour les cautionnements versés, pour faire acte de candidature, à ces élections locales, la mesure avait suscité la controverse. Certains acteurs politiques dont le leader du Bloc libéral, Dr Faya Millimono, avait soupçonné une manœuvre visant à dissuader les petits partis et les listes indépendantes, afin de les contraindre à renoncer à leurs ambitions.

Le pouvoir voulant coûte que coûte rester le maître du jeu. Il faut dire que la conjoncture lui est favorable, avec une Ceni qui a le doigt sur la couture du pantalon. Et certains vont interpréter cette obséquiosité vis-à-vis du palais, par ce proverbe africain qui dit que « la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit. »

Disons que Me Salif Kébé et son équipe ont beau jurer de rompre avec les vieilles habitudes, ils sont loin d’être des sains. Ils sont tenus d’obéir aux oukases du pouvoir, ce pouvoir même, qui est celui qui détient le nerf de la guerre électorale.

À part la communication qui a été faite sur les 90 milliards de francs guinéens, qui avaient été affectés aux caisses de la Ceni, pour démarrer les préparatifs du scrutin, on n’en sait plus trop sur la gestion du circuit financier entre le trésor public et l’institution électorale.

L’État guinéen s’étant engagé à régler, rubis sur l’ongle, la note estimée à plus de 300 milliards de francs guinéens. A cette allure,  comment  s’attendre à la tenue d’élections transparentes ?

L’opposition commence d’ailleurs à dénoncer la lourdeur administrative qui entache la délivrance des documents d’état civil et l’ingérence des administrateurs territoriaux dans les procédures administratives. Ceux-ci agissant avec la bénédiction du MATAP.

Et vous, vous faites la revue des troupes au sein des candidats, et vous vous attardez sur les candidats indépendants, que vous décrivez en trouble faites

Lors du scrutin du 04 février, les partis politiques ne seront pas cette fois les seuls à compétir, le vote étant ouvert à des listes indépendantes.

Parlant du postulat qui dit que dans une élection locale, ‘’la personnalité du candidat compte davantage que l’étiquette politique sous laquelle il évolue’’, il faut s’attendre à ce que les jeux soit serrés, à l’issue de ces joutes électorales.

C’est le lieu de dire que la partie n’est pas gagnée d’avance pour le Rpg et l’Ufdg, qui dominent ces dernières années l’échiquier politique guinéen, pour la simple raison que certains candidats indépendants proviennent des rangs de ces partis. Pour mieux jauger sans doute leur popularité, ces candidats ont cru bon de s’affranchir de toute nuance politique.

Ces listes indépendantes qui viennent troubler le jeu des partis traditionnels, commencent cependant à se heurter à la suspicion et à l’hostilité des partis politiques, et non des moindres.

Tenez-vous bien, Cellou Dalein Diallo a déclaré en personne, que tout ‘’candidat indépendant sera considéré comme un ennemi, et traité comme tel.’’

Un manque de fair-play qui a suscité un tollé au sein d’une partie de l’opinion. Et Bah Oury, vice-président de l’Ufdg, en froid avec son parti, avait condamné avec véhémence les propos du chef de file de l’opposition.

Maintenant du côté du parti au pouvoir, c’est Bantama Sow, un ministre de la République qui agite le chiffon rouge, tout en menaçant tous les cadres qui ne se joindront pas à l’effort de guerre, dans la perspective de ces élections. Message subliminal qui sous-entend que les candidatures indépendantes sont bannies dans les rangs de la majorité présidentielle.

On est là, Talibé,  dans un faux dilemme qui se traduit par la formule « ou vous êtes avec moi ou vous êtes contre moi », empruntée à l’évangile de Mathieu, qui dit que « nul ne peut servir deux maîtres. »

Vous chutez par cette conclusion, qui voit dans ce scrutin des passions qui se déchaînent de part et d’autre? 

Oui Talibé, bien qu’on en soit toujours à la phase de composition des listes de candidature, l’ambiance dans la cité commence à prendre des allures de campagne électorale. Dans les états-majors des partis, la tonalité des discours est de plus en plus martiale, avec des leaders qui battent le rappel des troupes. Les candidats indépendants dont certains  sont perçus comme de simples dilettantes, se préparent toutefois, à tenir la dragée haute aux partis politiques.

Tout ça fait craindre une montée d’adrénaline lors de la campagne électorale qui va durer deux semaines. On a encore en mémoire l’élection communale de 1990, qui fut la plus meurtrière en Guinée, avec une fin de campagne qui avait dégénéré en affrontement entre les militants des deux challengers, qui étaient donc Ibrahima Kalil Keïta, l’actuel préfet de Siguiri et Michel Guely, qui était lui,  proche du pouvoir à l’époque.

Les violences avaient pris une tournure communautaire, et  27 ans après cette tragédie, notre pays reste malheureusement hanté par ses vieux démons.

 

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