La démocratie a fortement influencé le monde contemporain à tel point qu’elle est définie comme indispensable à tout développement véritable. Elle progresse au rythme du Bio dans l’agriculture ou le développement durable dans la protection de l’environnement.

Le pouvoir du peuple par lui-même et pour lui est sa version politique. Pour moi, elle doit aussi, et surtout, être sociale. Je rejoins la conception classique selon laquelle, « il y a proprement démocratie lorsque l’individu devient capable de penser par lui-même d’adhérer à l’idéal commun de la société par un choix volontaire et réfléchi en s’acquittant de ses devoirs et en jouissant de ses droits ». De cette démocratie sociale dépend toutes les autres.

En Guinée, elle semblerait relever du miracle. Un pays qui trotte à trouver sa voie, rongé par les divisions internes aux services des causes externes. Pourquoi ? parce que la démocratie sociale est fragile voire inexistante. La première cause est attribuée aux dirigeants. Je ne partage pas cet avis. C’est mon opinion. Je classe « l’inefficacité » des dirigeants en deuxième position. Parce que, pour vraiment agir, il faut soit l’incitation (interne ou externe) soit la contrainte qui crée un motif à l’action. Dans le cas contraire, on bascule dans le semblant ou l’instrumentalisation. Attribuer la responsabilité première aux dirigeants politiques peut trouver son fondement sur un manque de volonté. Miser le sort de tout un pays sur la simple volonté d’une personne ou d’une infime partie de toute une population est si incertain que défaillant à coup sûr. La preuve, voilà où nous en sommes depuis 1958.

La protection sociale peut à la fois être une incitation et une contrainte d’agir dans le bon sens. Et elle concernerait, à la fois, les citoyens et les dirigeants. En quoi consiste-elle ? Selon le dictionnaire la Toupie, la protection sociale « c’est l’ensemble des dispositifs de prévoyance collective et de protection qu’une société accorde à ses membres pour les assurer et les aider à faire face aux principaux risques de l’existence, notamment sur le plan financier ».

La protection sociale est une politique de redistribution de ressources, surtout, pour les personnes vulnérables ou en situation de faiblesse. Elle est financée, en principe, par un budget voté par le Parlement en des programmes, missions, pour les prises en charges des frais de santé, logement, transport, accidents, handicap, vieillesse…

I. La protection sociale ou la responsabilisation politique

L’Etat est le garant de l’organisation sociale. Un Etat ne doit pas être une entité mystique. Son fondement est la satisfaction de l’intérêt général, c’est en cela qu’il se distingue d’une entreprise privée et dispose d’un ensemble d’institutions. Un Parlement qui constate les nécessités du peuple en des actes juridiques supérieurs à la charge du Gouvernement de les exécuter par l’entremise d’une Administration sous contrôle juridictionnelle pour sanctionner les dérives à ses missions.

Quel est le fondement de l’Etat guinéen ? je ne sais pas. Car, organiquement existant, et fonctionnellement très laconique.

La Guinée n’a pas, forcement, besoin de chinois ou autres pour se développer. Voici pourquoi nous trainons, on attend la bonne volonté humaniste d’une communité internationale qui n’existe que pour bercer les listes d’attentes. C’est comme une lettre d’emploi qui termine par « Madame/Monsieur, je vous prie de bien vouloir m’employer, je suis dans le pétrin ». Soit il/elle utilise ton pétrin pour gagner plus, soit il fait usage du langage vulgaire pour dire dans son petit coin « rien à branler » (m’en fiche). Je ne suis pas garant de votre vie ; une entreprise ne fait pas des aumônes.

L’Etat guinéen se doit de retrouver son fondement. Pour cela, il ne suffit pas simplement de poser des dictons légaux, règlementaires ou constitutionnels. La réglementation doit même être suffisamment imprécise pour régir différentes situations actuelles et futures. Elle doit être rare. Il est normal, contrairement à ce qu’on nous fait croire, que nous ayons des lois qui sembles absurdes ou mauvaises. Parce que, comme disait Platon dès le Ve siècle « avec des bons magistrats les mauvaises lois peuvent encore être supportables ».
Vouloir construire un système infaillible peut relever de la folie mais vouloir pérenniser le fondement de l’Etat à un moment donné est la maman du possible. Pour s’y prendre, il faut une démocratie sociale véritable. C’est elle qui définit la démocratie politique. Si les citoyens veulent du riz, le politique se débrouillera avec les multinationales pour leur en fournir, un peu, et les détruire à long terme. Il semblerait que le droit de vote des femmes reconnu par De Gaule en 1944 résultait d’un constat que les femmes étaient plus gaullistes que les hommes. Et oui, la politique, aussi, c’est du gagnant-gagnant.

La protection sociale nécessite de fonds énormes. L’Etat trouve alors une contrainte à bien gérer les fonds publics et à créer des sources de revenus pour sauver la réputation à la prochaine élection. Il y aura de quoi vendre de la bauxite mais le personnel gestionnaire de ce système devra être qualifié. Parce que, le système de la protection sociale est complexe et technique. Une brèche de privilège des compétences (l’éducation retrouve sa santé). Un bon lotissement, général, pour attribuer une adresse à tout citoyen, le développement des télécommunications, les routes, un fort système informatique pour la gestion et le traitement des données personnelles…le tout alimenté par une énergie ininterrompue.

II. Le contrôle de l’action politique par les citoyens

Tout homme peut être intelligent et productif, mais pour qu’il le soit vraiment, il doit être poussé volontairement, ou par obligation, pour atteindre, satisfaire ou maintenir une chose. En Guinée, voici en général, l’incitation : « être un criminel en liberté ». C’est-à-dire, amasser sans limite l’argent public, parfois même, sous l’éclat d’encouragement de toute une famille. Et, le plus grave, en reprochant les autres d’être des poltrons. La criminalité est une partie intégrante de notre tradition.

Toutefois, la politique est au fin fond de notre sang, vouloir s’en débarrasser, c’est s’évanouir. L’intéressement n’est pas, forcement, occuper une fonction politique. Mais plutôt, s’investir dans les actions pour définir (ou contribuer à) une politique qui reflète l’aspiration sociale (voter, payer les taxes, soutenir les bonnes initiatives, faire grèves, initier des propagandes, véhiculer des boycottes, signer des pétitions, s’abstenir …)
Mais avant, vous devez, humainement, trouvez votre compte (intérêt). La protection sociale inclut, naturellement, une stratégie d’accompagnement de personnes sans emploi, de faible revenu, des élèves et/ou étudiants, handicap, malades, accidentés…
Etant dans l’un ou l’autre des cas, vous aurez une raison de trier les programmes politiques sans considération de l’ethnie mais de votre « intérêt ». La citoyenneté implique des fonctions. Si « l’homme est un animal politique » (Aristote), c’est-à-dire, censé vivre dans la cité ; il se doit d’œuvrer pour la prospérité de cette cité (pays), (même sans intérêt). Dans le cas contraire, il est nuisible et inutile, comparable en infériorité aux fourmis destructrices des récoltes et inférieur en grandeur à une abeille faisant partie d’un clan d’une ruche, solidaire, de production de miel.

Le citoyen doit être, pour l’Etat, un soldat en mission permanente. Il doit avoir un esprit critique (faculté de discerner les promesses trompeuses du vrai discours). Tout peut commencer pendant les périodes électorales, accepter un sac de riz en contrepartie d’une voix est un infanticide, un homicide volontaire « non récriminé », une inhumanité hors norme.

Un ministre non démissionnaire d’un régime défaillant et nocif est à rejeter. Parce que c’est un récalcitrant aguerri. Un candidat soutenu par des multinationales ou groupes non identifiés (sans raison valable et légitime) surtout étrangères, est un escroc inhumain à humilier à tout prix. Un président distributeur de liasses est un traitre à chasser. En le faisant, nous n’aurons plus à tuer des caméléons innocents ou à casser des œufs dans des carrefours, les nuits, pour le bonheur ou pour que nos fils aillent en Europe, car, nous aurons une Europe à la nôtre, surtout, chez nous. Un bon citoyen est tout marabout à lui seul, parce qu’il voit et prévoit pour pouvoir savoir.

Le contrôle politique citoyen n’exige pas forcement des disputes stériles par ci, par-là, au contraire, une réservation dans sa fonction socio-professionnelle afin de prendre la bonne décision. Le contrôle citoyen n’exige pas, non plus, un quelconque diplôme, car l’intelligence n’est pas liée à un classeur de certifications progressives, encore moins une réputation sociale digne. Je suis d’avis avec ceux qui pense que l’intelligence, c’est de savoir prendre la bonne décision, qui plus est, au bon moment. Le politique non plus ne doit pas se détourner de l’action citoyenne.

III. Le contrôle de l’action citoyenne par les politiques

Un Etat doit maitriser ses éléments constitutifs ; son territoire, sa population par le biais d’un Gouvernement politique, normalement, responsable. Il en va de la sécurité nationale, de la stratégie de développement, de la crédibilité citoyenne et des documents d’identités ou de la certification des mérites, que l’Etat puisse dénombrer, de manière suffisamment claire et individuelle, les Hommes qui vivent sur son territoire.
Pourquoi la protection sociale est un remède à tout cela ?

D’abord, elle est multisectorielle. C’est-à-dire, selon votre âge, situation socio-professionnelle, vous appartiendrez à un secteur de celle-là. Les chômeurs et/ou sans emploi, les vieux ou autres, ne relèverons pas de la même catégorie. En principe, dans ces cas-là, on est en présence des actifs et des inactifs. Il y a des manœuvres récurrentes qui consistent à diminuer son âge, si cela n’augmente guère l’espérance de vie, les avides de jeunesses n’auront plus une raison, voire une possibilité, à le faire. Parce qu’un inactif sera accompagné pour vivre alors que l’actif le sera pour travailler. Basculer dans l’une ou l’autre des situations, sans y avoir les qualités, causerait plus d’inconvénients que d’avantages.
Ensuite, la protection sociale est impossible sans l’identification de la situation de tous et de chacun. Les fraudes massives s’estomperons. Elle peut servir, à une sorte, de preuve irréfutable de la situation de tous. Matérialisons pour mieux comprendre :

M. A est né en 1990 d’une famille pauvre. Sa mère avait bénéficié de la protection sociale dédiée aux femmes enceintes. En 1996, il s’était inscrit en 1ère année avec assistance scolaire de celle-là. Après des études de succès, M. A obtient le bac en 2009. Mais, il préféra anticiper son bonheur en abandonnant les études pour partir au Sénégal à la recherche du FCFA. En 2012, l’Etat ouvre un recrutement sur dossier pour accéder à la fonction publique. M.A, fortuné maintenant, s’arrange avec une université guinéenne pour lui délivrer un document certifiant qu’il est titulaire d’un Bac + 3 tout neuf et diminue son âge. Lors du traitement des dossiers, l’examinateur (aura une source d’information fiable et) consulte les données de M.A. Voilà qu’il découvre deux sources de revenu pour l’Etat. Une personne fortunée, une université passible d’amendes (par décision de justice, normalement) exemplaires et la protection des fonctions étatiques d’un imposteur. Même un piratage des données informatiques ne pourrait pas fiabiliser cette fraude. Parce que, le système de la protection sociale fonctionne, le plus souvent, par courriels et/ou courriers que l’on peut rapidement retrouver pour réfuter, une prétention. Même si M.A échappe aux contrôles, il se crée une faiblesse qui lui sera fatale éventuellement.

Beaucoup de personnes s’interrogent, également, pourquoi les procédures Campus sont un parcours de combattant en Guinée. La réponse est si évidente. Au niveau international, nos documents justificatifs ne sont pas crédibles. Comment voulez-vous qu’on nous prennent au sérieux, pendant qu’au même moment, à l’intérieur de l’Ambassade de Guinée en France (ou du moins à son nom), on délivre de faux documents sous format officiel ? Ces enfantillages officialisés par des adultes et élevés au haut niveau de l’Etat, au nom de l’Etat guinéen. Il faut en témoigner pour y croire. Alors que, depuis longtemps, on sait que, c’est en nous même qu’on définit la facette cachée de l’autre envers nous-mêmes.
S’il vous plait, ne vous en prenez pas à la France, comme responsable, car les enfantillages n’inspirent personne sauf, peut-être, l’esprit amoindri, trahi, des bénéficiaires. Ceux qui en appellent à la clairvoyance, devront « revoir » les « voyants africains » pour y voir clair. Cela n’est guère une bonne solution. Voici celle que je propose. Créer un rapport de force pérenne entre citoyens et dirigeants, en appui d’une démocratie sociale, pour dompter celui déjà muri au niveau international.

IV. La naissance d’un rapport de force indispensable et légitime

Un Etat qui maitrise simplement ses éléments constitutifs (territoire, population, Gouvernement politique) est un Etat qui survit. S’il veut réellement se développer, il doit aussi, et obligatoirement, dans ce monde si éclaté que le nôtre, s’interroger et intégrer des facteurs externes pour consolider ceux internes (développement de la science et de la technologie, le commerce international, les enjeux de la coopération/intégration… )
Alors qu’un Etat qui ne maitrise même pas ses éléments constitutifs est, inévitablement, un serviteur loyal des autres Etat pour leur développement en termes de matières premières et ressources humaines : l’exemple c’est la Guinée.

Pour ne prendre qu’un exemple, la France. En 1789, le peuple français créa un rapport de force libératoire d’une monarchie marquée par l’esprit de classes (nobles, clergé, tiers état), la vénalité des offices (achat et/ou vente des emplois), l’inégalité ou la corruption. Une révolution, un point de départ, bien que largement bourgeoise, marqua une rupture forte dans les relations entre gouvernants et gouvernés. Nous avons les mêmes caractéristiques en Guinée. La comparaison n’implique pas, une référence ou une fidèle transposition, déjà impossible mais, simplement, démontrer que le citoyen doit être l’acteur principal d’un Etat. La Guinée, aussi, a besoin d’une révolution. Une révolution que je voie dans la démocratie sociale « révolutionnaire ». Je préfère une royauté bien murie qu’un vassal ou une monarchie déguisée, constitutionnellement, en République.
Un Etat où il n’y a pas de rapport de force institutionnelle est autre qu’une République. En revanche, le présidentialisme (président aux pouvoirs étendus) n’est pas, forcement, une mauvaise chose. Simplement, son pouvoir doit trouver une limite autre que théorique. Cette limite ne peut véritablement être que citoyenne (selon moi). Pourquoi ?
D’abord, le Parlement n’est pas investi d’un mandat impératif (faire obligatoirement ce que son peuple lui dit) même s’il remplissait ses missions (tel n’étant pas le cas en Guinée), de nos jours, la naissance du fait majoritaire (majorité parlementaire et président issus de la même couleur politique) fragilise un réel contrepouvoir parlementaire à la montesquivienne. Il doit tout de même remplir ses missions, autrement, elle n’est plus légitime et le peuple souverain se doit de s’en « débarrasser ».
Ensuite, abstraction faites qu’elle est issue, normalement, du Parlement impuissant, la loi est une œuvre humaine toujours faillible et sujette à interprétation. Elle est incomplète et imprécise. Si elle est suffisamment précise, on en trouvera des circonstances exceptionnelles pour justifier les dérogations/exceptions qui peuvent emporter des innocents. C’est pourquoi, je crois, que la loi ne doit pas rester indépassable à toute situation.

Enfin, se contenter de l’humanité des autres Etats relèvent de naïveté brute. Quelle solution ? la démocratie sociale suscitée, en Guinée, par la protection sociale. Parce qu’elle est normalement indestructible, incontrôlable et inaliénable. Ses éléments constitutifs sont inséparables de la nature humaine, de la tradition. Les dirigeants trouvent une véritable limite à leur pouvoir dans la mentalité citoyenne. Cette démocratie sociale, est si effrayante pour les pouvoirs qu’on essayera de la contrôler (l’œuvre des discours manipulateurs, fake news…).

Un bon citoyen se doit de résister à la tentation. Comme disait l’ancien président F.D.Roosevelt, « En politique, rien n’arrive par hasard[…] ». Il doit également être dubitatif, cancre face aux discours haineux, divisionnaires. En le faisant, il crée un contrepouvoir, vecteur d’insomnie aux dirigeants et, porteur d’emplois pour les autres. Par-là, il préserve son Etat et remplit sa fonction de citoyen. Sans les citoyens, l’Etat n’est qu’un conte de fée.

Mais, comme l’homme est animé, naturellement, par la satisfaction de son vouloir personnel avant de penser à celui des autres, il le trouvera dans le souci de préserver ou d’améliorer le secteur de la protection sociale dans lequel il se trouve. Et comme tout accompagnement exige des résultats, il verra vite qu’il est criminel de rester moyen quand on a, en fin, tous les moyens pour devenir meilleur. Et c’est là, et seulement là, qu’on promeuve la culture de l’excellence fiable et durable.

Pour finir, précisons, que le problème de la Guinée est plus compliqué qu’un seul cerveau. Cette réflexion sur la démocratie sociale basée sur la protection sociale ne peut réussir sans l’implication de la majorité citoyenne. Alors, le citoyen guinéen doit aimer son compatriote plus que tout autre afin de construire un patriotisme permanent et efficace. Ibrahima Baba Kaké affirmait, pour répondre aux détracteurs de la culture africaine, qui venait tout de même, nourrir leur curiosité intellectuelle en Egypte, « qu’il n’est pas possible d’admettre qu’une civilisation aussi élevée que celle des Egyptiens ait rayonné avec un pareil éclat sans que quelques étincelles en jaillissent sur les peuples primitifs qui l’entourait […]. Tout cela pour dire que, si l’un de vôtre arrive à avoir une chose bénéfique, si avare qu’il soit, vous en profiterez aussi. Le soutenir et plus avantage, pour vous-même, que de chercher, à tout prix, à le détruire.

J’aime la Guinée et les Guinéens plus que tout autre.

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