Avec le président du Groupe organisé des hommes affaires (Goha), Mohamed Chérif Abdallah, nous avons abordé la question  de « dédommagement sélective » supposée de certains commerçants victimes de pillage lors des derniers jours de campagne électorale. Ainsi que du dossier portant sur les incidents de juillet 2013, lors desquels des opérateurs économiques avaient également été la cible d’attaques.

A la veille de l’élection présidentielle du 11 octobre dernier, certains commerçants ont été victimes de pillage. Quelle est votre réaction suite à ces actes de vandalisme?

Nous condamnons d’abord les attaques des commerçants et de leurs biens, et nous demandons aux forces de sécurité de mieux protéger les opérateurs économiques et  leurs biens. Nous déplorons ce qui est arrivé parce que nous avons auparavant alerté les autorités de la place pour que les opérateurs économiques soient protégés. Pour se faire, nous avons fait plusieurs déclarations pour attirer l’attention des uns et autres sur le danger qui guettait les opérateurs économiques. Très malheureusement cela est arrivé. Donc nous déplorons cela et nous condamnons. C‘est pourquoi, nous demandons à tous les opérateurs économiques victimes de pillage de venir au bureau du Goha pour se faire recenser.

A ce jour, est-ce que certains commerçants victimes se sont déjà fait recenser auprès du Goha?

On a bel et bien commencé, parce que nos missions sont parties sur le terrain pour faire le constat. Et les gens viennent régulièrement au siège pour se faire recenser. Il faut dire que beaucoup d’opérateurs économiques ont été victimes de pillages, notamment au niveau de la « Casse », au niveau de Madina. Il ya eu aussi des victimes au marché Matoto, de Kissosso et de Enta.

Est-ce que le Goha peut estimer les pertes subies lors de ces récents évènements ?

C’est encore tôt, parce que le Goha continue le recensement des victimes. C’est après cela qu’on pourra estimer les pertes.

Selon vous qu’est-ce qui explique ces récurrentes attaques dont sont souvent victimes les commerçants guinéens, après chaque manifestation ?

C’est parce que les opérateurs économiques n’ont jamais été protégés. C’est aussi parce qu’il ya eu des failles au sein des forces de sécurité. Cela ne devrait pas arriver, parce que tout le monde sait quand il ya mouvement politique, il ya toujours des tensions et s’il ya tension, qui doit protéger les opérateurs économiques. Je pense  c’est l’Etat, à travers les forces de sécurité. Les forces de sécurité  doivent être présentes pour protéger les citoyens et leurs biens. C’est ainsi que quand quelque chose est envisagé par rapport à des manifestations publiques, à chaque fois, nous attirons l’attention des autorités mais très malheureusement nous ne sommes pas écoutés.

Pour certains quand il ya manifestation, les forces de l’ordre sont souvent présentes, mais qu’à cela tienne les magasins et boutiques sont pillés. Comment trouvez-vous cet état de fait?

Nous aussi, nous ne comprenons pas cet état de fait, parce que si les forces de sécurité sont là et qu’il ya pillage, cela vraiment, nous,  nous ne comprenons pas. Nous nous posons la question de savoir pourquoi cela est arrivé pendant que les forces de l’ordre sont présentes.

Selon certaines sources, on aurait appris que les autorités de la place auraient envisagé des mesures d’indemnisation des victimes des récents évènements. Est-ce que le Goha a été contacté dans ce sens?

Nous n’avons pas été saisis pour le moment par l’Etat.

Qu’envisagez-vous par rapport à ces pillages ?

Nous envisageons de continuer de recenser les opérateurs économiques victimes de pillage. Et par la suite, faire maintenant des estimations des dégâts.

M. Chérif, déjà le bureau du Goha sollicite l’aide de l’Etat, afin d’indemniser les commerçants victimes de pillages des années antérieures. Aujourd’hui, qu’en est-il par rapport à ce dossier?

Jusqu’à présent rien. Vous savez avec ce dossier des victimes de juillet 2013, à chaque fois, on nous dit que les commerçants allaient être dédommagés. Nous avons espéré avec la mise de l’Assemblée nationale, que ce dossier allait aboutir. Mais très malheureusement en Guinée les promesses ne sont pas prises en compte. Et depuis lors, jusqu’à présent, les députés n’ont encore examiné les dossiers des opérateurs économiques victimes de pillage lors des manifestations.

Que répondez-vous aux observateurs qui disent que les opérateurs économiques sont victimes de leur  imprudence. Ces derniers estiment qu’en période électorale, ils devraient normalement limiter les importations ?

Je pense qu’ils ont compris, personne ne va désormais accepter  d’importer quoique que ce soit en période de vive tension.

Aujourd’hui, quel est le regret que le président du Groupe organisé des hommes d’affaires (Goha) ?

Le regret est qu’à chaque fois que nous alertons les autorités de la place pour nous protéger, cela n’est pas pris en compte.

Que diriez-vous pour finir à l’Etat mais aussi aux opérateurs économiques pour que ce genre de comportement déplorable ne se répète plus?

Nous demandons à tous les opérateurs économiques d’être sereins au niveau national et international. Et nous disons aux autorités politiques de notre pays de prêter attention aux  opérateurs économiques et leurs biens. En s’attaquant aux commerçants, c’est comme si on s’est attaqué à tous les autres investisseurs à travers le monde, cela est extrêmement important de comprendre. Parce que ces commerçants guinéens font des transactions avec plusieurs opérateurs économiques : américains, européens, asiatiques. Donc toucher aux intérêts d’un commerçant ici, cela peut avoir des répercussions de par le monde, et cela aussi peut impacter sur l’économie du pays. C’est dans ce sens qu’à chaque fois nous demandons à l’Etat de protéger les opérateurs économiques.

Interview réalisée par Richard TAMONE, L’Indépendant

 

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