Bah Oury, l’ancien premier vice-président de l’UFDG destitué en 2016 et animateur national du mouvement le Renouveau a, dans un entretien, accordé à nos confrères de la radio City fm, passé en revue les faits majeurs de l’actualité nationale, à travers une série de questions. De la grève syndicale aux manifestations des femmes pour réclamer le retour des enfants à l’école en passant par la crise politique, M. Bah Oury s’est aussi exprimé sur le portrait-robot des futurs membres du gouvernement. Lisez.

Ces derniers mois, les Guinéens ont observé, stupéfaits, des situations de crise au sein de certaines institutions de la République et non des moindres. D’abord la cour constitutionnelle a été le théâtre d’un bras de fer entre 8 conseillers maîtres et le président même de cette institution. Et il y a quelques jours une élection contestée qui s’est déroulée à l’INIDH. Quelle lecture faites-vous de cette mauvaise passe que traversent ces institutions qui sont pourtant la meilleure jauge du dynamisme de notre démocratie ?

Bah Oury : Oui, vous aurez pu rallonger la liste en rappelant que le suppléant de M. Baidy Aribot a du mal à prendre le poste qui lui revient de droit à l’assemblée nationale. Vous aurez pu rajouter également la crise de la gouvernance au niveau du syndicat ou le bras de fer entre les dirigeants historiques du SLECG et de l’USTG contre Aboubacar Soumah. J’allais même oublier la crise de gouvernance au sein de l’UFDG également. Il y a des personnes qui ramènent tout à leur propre niveau. Les statuts et les règlements ne jouent aucun rôle à leurs yeux. À partir du moment où ils sont dit chef, ils ont le droit à tout sauf à rendre compte. Et je pense de ce point de vue, c’est une crise de valeur, c’est une crise en terme de qualité de nos ressources humaines. C’est le premier élément.

Le deuxième élément, dès que des questions touchent des intérêts personnels, vous vous rendez compte que les gens perdent pratiquement le sens de la mesure et du bon sens. C’est quelque chose qui est communément constatée dans notre pays et qui fait que, en terme de crédibilité, en terme de confiance, vis-à-vis des hommes et des femmes qui sont appelés à assumer des responsabilités, les Guinéens s’interrogent. En se disant dans un pays où chaque fois le principe de l’autorité de la loi, le principe de l’engagement écrit ne jouent aucun rôle. Tout est au gré des humeurs, des intérêts conjoncturels. Ça pose des questions de fond qui font que notre perception, notre image tant interne que sur le plan externe est perçue négativement.

Vous n’êtes pas de l’avis de ceux qui pensent que ce sont parfois des manœuvres ourdies à partir du palais Sekhoutouréya, dans l’intention de mettre ces institutions sous le boisseau ?

Bah Oury : Non pas du tout. Je pense beaucoup plus à une sous-culture du refus des principes, des statuts, des lois qu’on se donne pour mieux gérer nos organisations.

Par rapport à la cour constitutionnelle, je pense à priori, si mes informations sont exactes, tout est rentré en ordre. Les textes sont clairs, le président de la cour constitutionnelle est élu pour un mandat de 7 ans non renouvelable. Je ne suis pas juriste, je ne suis pas constitutionnaliste mais ceci est clair. On ne peut pas remettre en cause le mandat du président de la cour constitutionnelle.

Quel regard vous portez sur cette zone de turbulence, dans laquelle se trouve le secteur éducatif guinéen sur fond de grève à répétition ?

Bah Oury : je rappelle ce que le doyen Bah Mamadou me disait : l’élite guinéenne ne lit pas. Ce n’est pas le fait de lire. C’est le fait que si vous avez un document, lorsque vous avez un statut, lorsque vous avez des obligations professionnelles, il faut lire et comprendre vos engagements, vos obligations et être toujours en conformité avec cela. C’est cela qu’il voulait dire. Donc y a des failles lorsqu’on est pas au courant  » Ah on devait faire ça. Non ! on ne l’a pas fait. Pourquoi on ne l’a pas fait ? À partir du moment où on se pose la question pourquoi on ne l’avait pas fait, ça devient trop tard parce qu’il y a un autre acte qui c’en est suivi. Donc il faut que les responsables à tous les niveaux prennent le temps de faire en sorte que ce soit les textes édités qui constituent les bréviaires pour voir qu’est-ce qu’ils peuvent faire, qu’est-ce qu’ils ne peuvent pas faire pour ne pas être toujours dans une gouvernance à géométrie variable.

Il y a une crise scolaire qui était latente depuis très longtemps au niveau du système éducatif, qui s’est retrouvée dans une autre gouvernance du milieu syndical. Et l’un dans l’autre a amené un cocktail explosif dans lequel nous avons eu à constater ces derniers mois avec des pertes en vies humaines, en matière de déficit en terme de jours enseignés. Et avec toutes les difficultés que les parents d’élèves de manière générale ont eu à souffrir, sans compter les enfants qui ont perdu de semaines de classe, j’espère qu’ils pourront rattraper ça avant la fin de l’année. Donc, il y a un ensemble de problèmes, de crises qui se sont superposés et qui ont fait que la résolution globale de cette crise nécessite, comme dit Pascal :  » prenez le problème point par point pour pouvoir avancer mais de manière globale comme cela  ».

En plus de cela, vous avez une autre crise qui s’est rajoutée cet ensemble. Les finances publiques sont dans un contexte relativement difficile. Donc, les moyens se font rare et la demande sociale devient de plus en plus exigeante et pressante. Tout cela a rendu la situation très difficile.

Le président a promis, le 8 mars dernier, de choisir des hommes d’abord à l’écoute du peuple et des ministres qu’il a appelé responsables. Pour vous, pourquoi depuis un mois, on ne voit pas encore le bout de ce que pourrait être ce gouvernement ?

Je pense que nous devrions nous en féliciter que cela prenne fin, parce que c’est une question extrêmement importante, pour ne pas se tromper de casting et pour ne pas être dans l’erreur. C’est une bonne chose au lieu de s’en plaindre que ça prend du temps.

Il y a des concertations sans doute à la suite de cette déclaration du président de la République. Il avait décliné son agenda, qu’il serait à l’écoute des forces vives de la nation. Je pense que cet agenda s’est déroulé. (…).

Comme vous le savez, nous avons un partenaire financier extrêmement important. Le contexte où sont nos finances publiques laisse à désirer. Le fonds monétaire international (FMI ) est dans nos murs. Donc, le président de la République doit à la lumière de ses réalités et de ses contraintes se choisir les hommes et les femmes à qui il donne sa confiance, pour continuer dans le cadre du programme qu’il s’est assigné.

Donc vous ne partagez pas l’avis de ceux qui pensent que c’est juste un moyen de se donner du temps pour reprendre la main, après tout ce qui s’est passé avec la crise syndicale et les opposants aussi dans la rue ?

La crise au niveau du système éducatif, avec la revendication salariale, elle a trouvé un dénouement. C’est bien. Mais c’est un dénouement qui doit préparer des actions. Les réformes en profondeur devront s’engager par la suite. La crise politique artificielle que certains ont créé répond à une autre logique. Il y a une situation nouvelle que peut-être certains n’ont pas constaté. Il y a une revendication majeure de la société guinéenne à travers des femmes qui ont demandé que nos enfants reprennent le chemin de l’école. Elles l’ont demandé avec vaillance et avec beaucoup d’engagements. Ça, c’est très important comme réalité. Je pense que c’est une société pour une fois, fait ressortir un engagement fondamental, que les enfants soient sur le chemin de l’école, est quelque chose d’extrêmement important. Et surtout, cela est porté par les femmes qui se soucient de l’avenir de leurs enfants. Certains croient que c’est par rapport simplement au pouvoir. C’est par rapport à tous les acteurs de ce pays, que ce soit d’aujourd’hui ou d’avenir.

Les Guinéens en ont assez de tout ce qui les fait perdre du temps. Les Guinéens veulent que les choses avancent dans le bon sens. Les Guinéens veulent qu’un avenir meilleur soit proposé à leurs enfants. C’est cela qui s’est exprimé.

Il y a des facteurs qui veulent ou qui souhaitent qu’on aille dans le sens de la déstabilisation. Moi, je suis fortement pour qu’il y ait la stabilité parce qu’il y va de l’intérêt de notre pays, de nos populations et de la sous-région. Et dans ce contexte, je me comporte comme un soldat à qui on demande de lutter pour cette cause valable.

Des portraits qui ont fuité par rapport au futur premier ministre qui viendrait toujours de la Basse Côte, notamment de Forécariah. On parle de l’ancien directeur général de la CBG, M. Kémo Touré. Il y a aussi M. Amadou Camara, Fodé Bangoura. Est-ce que quelque part, à votre avis, ça ne sera pas un peu d’alchimie?

Bah Oury : Vous savez que beaucoup de rumeurs circulent. Peu importe les noms qui sont cités. Ce qui est le plus important dans le contexte actuel et ce qu’on peut souhaiter le mieux. Puisque cette décision relève d’un caractère discrétionnaire du président de la République. Et personne ne peut dire aujourd’hui, voilà ce qu’il pense. C’est un droit constitutionnel du président de la République de se choisir le chef du gouvernement avec qui il pourra mettre en place l’équipe gouvernementale. Moi, ce que je peux dire, il y a beaucoup de choses qui se disent, mais nul ne sait ce qui se fera. En tant que croyant, ce que je souhaite est que le président de la République soit inspiré par Dieu pour choisir l’homme ou la femme la mieux indiquée pour occuper une responsabilité qui contribuera à faire avancer la Guinée.

Et si le président venait à vous consulter pour que vous lui fassiez un portrait-robot d’un Premier ministre qu’il faut en ce moment. Vous, le soldat prêt à se mettre au service de la nation, quel Premier ministre vous lui proposeriez ?

Il a déjà décliné le profil des hommes et des femmes qu’il souhaiterait voir travailler à ses côtés. Il l’a déjà dit dans ses messages à la nation. Il n’y a pas d’autre chose à rajouter.

Dans quelques jours on saura qui sont ces hommes et ces femmes qui seront appelés à travailler autour du président de la République.

Est-ce que vous souhaiteriez qu’il y ait une ouverture à la classe politique opposante ?

Vous me posez une question, au point de vue de nos institutions et de la Constitution de la République de Guinée. De ma responsabilité actuelle, je ne peux pas dire grand-chose parce que ce n’est pas de mon ressort. Tout ce que je souhaite, est que la Guinée soit dotée d’une équipe capable de faire avancer ce pays, de donner confiance à la population surtout aux plus jeunes et aux femmes. Ensuite de permettre de redonner une crédibilité à la Guinée sur la scène internationale et dans les milieux des investisseurs parce que nous avons besoin de tout cela pour construire une économie performante qui nous permettra de créer plus de richesses que les Guinéens pourront se partager.

Et justement aujourd’hui, quel ministère vous intéresserait, où vous vous sentez capable de renverser la table et de remettre les choses en ordre ?

D’ailleurs, vous savez dans le contexte actuel, bien sûr, j’ai mes choix, j’ai un engagement pour un pays. Mais à chaque occasion, quelles que soient les difficultés et les épreuves que j’apprends, je dis toujours que je me remets à la volonté de Dieu. Que Dieu choisisse pour moi, ce qui est meilleur aussi bien pour moi que pour mon pays.

On sait que malgré votre éloignement des structures de votre parti dans ses projets politiques à travers ces élections communales, vous avez soutenu des listes indépendantes par des jeunes sous la bannière le Renouveau. Est-ce qu’avec ce recul, au lendemain des élections locales, vous avez eu l’impression que cela a porté fruit ?

Ça a porté fruit. On a des éléments très engagés dans l’équipe. Et nous aurons des éléments dans les conseils de quartiers qui constitueront des bases pour motiver les jeunes, pour les encourager, pour leur dire votre avenir est en jeu. Ne restez pas en marge. Ne soyez pas défaitistes et qu’on vous instrumentalise dans quelque chose qui détruit votre propre avenir.

 Mamadou Alpha Baldé (L’Indépendant)

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