Aujourd’hui, tout le monde parle argent. C’est l’argent et lui seul qui guide nos vies. Il faudrait demander aux astronautes si la bonne vieille planète bleue, vue du ciel, ne ressemble pas à une pièce de monnaie. Car en 2017, plus que jamais, le monde semble être mené par les sous, le fric, le brouzouffe, le pognon, les ronds, les pépètes, le pèze, le blé, le flouze, la thune, le grisbi, les kopecks, les bakchichs, les radis, l’oseille, le gombo frais, les feuilles, le nem-nem, bref, « les histoires ». Au siècle passé, il arrivait qu’on fasse quelque chose pour rien, mais maintenant on cherche avec torche ce qui pourrait nous rapporter ce que Dire Straits chantait: « money for nothing ».

Quand votre meilleur ami dédaigne votre invitation à partager amicalement une bonne petite bière, il n’hésite plus à réclamer quand même « l’argent de la bière ». Et quand il vous demande l’essence, c’est bien de liquide dont il parle. Le moindre service à rendre devient un deal et le moindre samaritain un démarcheur. A l’hôpital, un petit billet permet d’avoir accès aux compresses. Dans l’administration, quelques bon billets peuvent laisser espérer qu’un dossier se déplacera de quelques centimètres.

On finit par croire – la culture du « cadeau » aidant – que c’est le fonctionnement normal des choses, qu’il faut savoir dédommager la bonne volonté qui consiste à faire son travail. La Commission électorale râle? Ce sont les commissionnaires qui réclament des « commissions » sous forme d’avantages divers.

Tout cela a le mérite d’être clair. Une bonne fois pour toutes, dans la presse, on tolère que soit violée la frontière entre « publi reportage » et journalisme indépendant des pouvoirs économiques. Une bonne fois pour toutes, on admet qu’un vendeur de lubrifiant distribue des capotes lubrifiées pour repasser une image de marque froissée sous des régimes dictatoriaux. Une bonne fois pour toutes, on passe sur l’indécence des soirées de gala qui étalent leurs richesses sur petit écran et condescendent à s’acheter une bonne conscience par des actes de charité. Une bonne foi pour toutes, on fait le silence sur les sommes empochées sur le dos de causes comme la lutte contre Ebola ou le sida.

Qu’importe, si l’argent tourne et si quelques « manants » peuvent, au passage, ramasser de quoi survivre ; si « gaspiller » pour les uns signifie « grapiller » pour les autres. Car il y a de l’argent dans cette pauvrissime Guinée. Et des gens qui émergent dans ce « pays prochainement émergent ». Les villas les plus extravagantes sortent de terre. Les bagnoles les plus rutilantes sortent de ces villas. Les boubous les plus brodés sortent de ces bagnoles. Les liasses les plus épaisses sortent de ces boubous. Et la notoriété sort de ces liasses. Le jeu consiste à en tirer son épingle et à être, dans son environnement, le riche de quelqu’un. Dis-moi combien tu vaux et je te dirai qui tu es. Mais ne croyez surtout pas à Mathieu 7 : 7 (demandez, on vous donnera, in La Bible).

Abou Maco

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