Le ministre de la Fonction Publique, de la Réforme de l’Etat et de la Modernisation de l’Administration, Sékou Kourouma, a accordé un entretien à notre reporter dans lequel il aborde les sujets liés aux innovations apportées dans le contrôle des présences des travailleurs, avec l’expérimentation du pointage électronique. Le ministre  a aussi levé un coin du voile sur le niveau de recensement  des travailleurs et la radiation des fonctionnaires fictifs répertoriés dans le fichier de l’administration publique. 

Bonjour Monsieur le ministre. Pourquoi avez-vous instaurez le système de contrôle permanent dans l’administration, et quels sont les objectifs visés par cette opération ? 

Sékou Kouroumah : Comme vous l’avez si bien dit, le gouvernement du professeur Alpha Condé, à travers le ministère de la Fonction publique, la réforme de l’Etat et la modernisation de l’administration entend mettre en place une administration publique assainie, allégée, une administration intègre.

Les ressources humaines font la première valeur d’une administration. Si les ressources humaines ne sont pas gérées, cela peut se faire ressentir sur la mise en place des politiques publiques. Comme vous le savez, nous avons entrepris depuis l’année dernière le recensement biométrique des fonctionnaires. Ce recensement a produit un certain nombre de résultats. Aujourd’hui, nous voulons en venir au contrôle permanent. Qui est une activité qui est intégrée dans les fonctions de gestionnaire. Justement, ce qui échappe à notre administration c’est le contrôle, c’est le laisser-aller, c’est le laxisme.

Nous voulons donc combattre ce laxisme-là dans la gestion des ressources humaines, entendue que la ressource humaine constitue le premier capital de notre pays. Alors, on assiste aujourd’hui à la banalisation de l’absentéisme dans les postes de travail. Les fonctionnaires s’absentent comme ils veulent, vous avez encore des fictifs dans nos administrations, vous avez encore des gens qui sont venus de l’étranger pour se faire recenser et repartir avec la complicité ambiante que personne ne dénonce. Donc, il faut mettre en place un système de gestion des ressources humaines très fiable qui nous permet de connaître la situation réelle et exacte de chacun des fonctionnaires en temps réel et son positionnement géographique.

Nous allons lancer à partir de ce mois de novembre, cette grande opération de contrôle permanent pour identifier chaque fonctionnaire à son poste de travail. Nous prenons soins de recruter des agents contrôleurs parmi les jeunes diplômés de nos différentes universités pour faire le contrôle permanent dans nos différents services de l’administration dans tout le pays. 

Comment se fera le contrôle permanent et quels sont les résultats attendus ?

La méthodologie, c’est que nous avons deux outils : nous recrêtons les jeunes et nous les redéployons dans les différents services publics. Ils ont les pointeuses électroniques qui permettront d’identifier chaque fonctionnaire. Le deuxième outil ; il y a également les registres de contrôle parce que nous constatons que les pointeuses ne sont pas en nombre suffisant pour couvrir les besoins de tous les services à la base. Mais chaque préfecture, chaque ministère aura sa pointeuse électronique. Et chaque fonctionnaire aura l’obligation à se faire pointer par la pointeuse électronique ou dans le registre ; parce qu’à la fin du mois ; les états de salaire seront établis à la base du contrôle du mois. Donc, disons dans ces trois mois ; il y aura cette opération et l’opération va continuer au-delà des trois autres mois. 

Monsieur le ministre, vous venez de faire parler du recrutement des jeunes, alors qu’en est-il de la situation des fonctionnaires qui ont été pris en charge ?

Ah là, vous parlez encore d’un héritage lourd que le gouvernement du professeur Alpha Condé a hérité durant ces dix dernières années. Il y a des recrutements anarchiques et incontrôlés dans l’administration publique, ce qui nous a amené à doubler les effectifs de cinquante mille à cent mille et aujourd’hui, nous avons hérité de cette fâcheuse situation des jeunes diplômés qui sont  au nombre de plus de sept mille, et qui ont des arrêtés dignement signés, et qui revendiquent aujourd’hui depuis longtemps leur droit d’insertion à la vie de l’administration. Alors, le gouvernement s’est retrouvé récemment, et  nous avons décidé de regrouper tous les dossiers. Une commission de travail a été mise en place qui a abouti à des résultats, et ces résultats ont fait l’objet de présentation. Si bien qu’au cours des deux derniers conseils interministériels, le gouvernement a retenu le principe de régulariser la situation de ces milliers de jeunes titulaires par un arrêté d’engagement avec une prise en charge sous réserve de certaines conditions. Et pour la première condition, nous allons procéder à la vérification des diplômes ; la deuxième condition, c’est qu’ils vont être soumis à un test d’évaluation des connaissances et d’orientation. Nous allons ensuite les envoyer dans les départements qui sont demandeurs en fonction des besoins en personnel. Et aujourd’hui, dans notre administration, les départements qui sont en besoin de personne, c’est la police, l’éducation, l’environnement et la santé. Ils vont être orientés dans ces différents départements suite à la vérification des diplômes et au test orientation. Il serait inadmissible de recruter quelqu’un qui ne sait pas écrire son nom, qui ne peut pas rédiger une lettre dans un bureau, ce n’est pas possible. Le principe est acquis, la situation de tous ces jeunes là va être régularisée. 

Monsieur le ministre, est-ce que vous avez un autre moyen de contrôle des fonctionnaires à part des pointages électroniques ?

C’est vrai que, à titre expérimental, nous avons installé 5 pointeuses dans cinq départements. Il y a de cela deux (2) mois, tous les ministères sont dotés des pointeuses électroniques. Nous avons tenu une réunion avec les directeurs des ressources humaines ‘’DRH’’ pour le mode d’utilisation des pointeuses électroniques.

Pour le ministre, les préfectures et les régions sont prévues pour les doter de pointeuses électroniques, donc tous les services publics seront dotés, tous les fonctionnaires feront également l’objet de pointage électronique avec ses machines-là. Si vous n’êtes pas identifiés par ses machines, c’est que vous n’êtes pas un fonctionnaire.

Pour la suite de ce contrôle, la Banque mondiale s’est prêtée à soutenir le gouvernement guinéen dans son effort de maîtriser des effectifs et de la masse salariale pour nous doter encore d’un nombre suffisant de pointeuses électroniques. 

Quelle sont les mesures prises contre les fonctionnaires fictifs ?         

Nous allons les radier systématiquement de l’effectif de la Fonction publique et dans un deuxième temps, situer les responsabilités. Mais pour le moment, nous sommes dans la phase d’assainissement.

Interview réalisée par Moussa Traoré/ L’Indépendant

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